Un mode de vie qui dérange

Mésentente sur l'abri forestier de citoyens

Claudia Fortier claudia.fortier@tc.tc Publié le 7 octobre 2015

Vivant sur une terre agroforestière de 20 acres à Saint-Joseph-de-Coleraine depuis trois ans, Sylvain Pilon et Bonnie Kerr de Québec terre à terre sont actuellement en mésentente avec la Municipalité au sujet de leur droit ou non d'y vivre à l'année.

«L'administration de Saint-Joseph-de-Coleraine a décidé d'utiliser toutes ses ressources, ainsi que le poids de l'appareil bureaucratique, administratif et légal de la Municipalité et de la province contre deux environnementalistes qui tentent de faire de l'agriculture biologique, de l'herboristerie et de vivre de façon plus écologique sur le sommet d'une montagne», peut-on lire dans une lettre envoyée par le couple aux médias de la région.

Selon eux, la Municipalité utilise tous les moyens imaginables pour les empêcher de vivre sur son territoire au lieu de les aider. «Notre mode de vie les dérange, croient-ils. Nous vivons depuis plus de vingt ans de façon alternative, sans électricité du réseau, avec de l'énergie solaire, produisant la plupart de notre nourriture et dans des abris alternatifs. En fait, c'est ce qui dérange le plus l'administration municipale. Ils ne peuvent concevoir que l'on puisse vivre de la façon dont nous vivons, tout en respectant les règlements municipaux. Ainsi, ils essaient de prouver que nous enfreignons plusieurs règlements alors que nous nous y conformons.»

En entretien avec le COURRIER FRONTENAC, M. Pilon a affirmé que lui et sa conjointe étaient conscients qu'ils ne pouvaient pas habiter dans un abri forestier à l'année. Cependant, il précise pouvoir trouver une solution afin de respecter la règle.

«Nous connaissions ces règlements au moment de l'achat de notre terre et avons accepté de nous y conformer, ce qui nous oblige à vivre de façon encore plus inhabituelle. Le zonage ne nous permet pas de bâtir une maison sur notre propriété. Il est cependant permis de construire un abri forestier, ce que nous avons fait», a-t-il expliqué, ajoutant qu'il pourrait toujours vivre dans une tente sur sa terre pendant quelques mois s'il le faut.

Un inspecteur municipal a rendu visite au couple. «Au lieu d'inspecter les lieux et les bâtiments pour voir si nous nous conformions à la règlementation, il a plutôt tenté de prouver que nous enfreignons certains règlements pour soutenir son point», a raconté M. Pilon.

Deux règlements non respectés

Selon le directeur général de Coleraine, Martin Cadorette, le couple contrevient à deux règlements de zonage en raison de la présence de leur abri forestier sur leur terre. Dans le document accessible via le site Web de la Municipalité, on peut y lire que «l'habitation doit être érigée sur un emplacement adjacent à une rue, une route ou un chemin public existants à l'entrée en vigueur du schéma d'aménagement». L'abri dans lequel résident Sylvain et Bonnie est toutefois situé très loin d'un chemin public. Cette règle vise principalement à assurer l'accès aux unités d'urgence en cas d'incendie.

Le règlement mentionne aussi le nombre d'étages permis puisqu'«un seul bâtiment, devant servir d'abri sur un lot boisé vacant ou un ensemble de lots boisés vacants d'une superficie minimale de dix hectares, est autorisé. Ce bâtiment sommaire ne doit pas être pourvu d'eau courante et doit être constitué d'un seul plancher d'une superficie au sol n'excédant pas 20 mètres carrés». L'habitation du couple contient deux étages.

«Ils pouvaient très bien construire un abri forestier à l'endroit où ils sont installés et c'est ce qu'ils ont fait. Il y a cependant ces deux éléments du règlement qui contreviennent à l'émission de permis. Ils nous ont déclaré qu'ils demeuraient là et en visitant les lieux, c'est ce que nous avons pu constater», a soutenu M. Cadorette.

Un dossier épineux

Cette situation est plutôt compliquée pour la Municipalité de Saint-Joseph-de-Coleraine, puisque les propriétaires ne semblent pas vouloir broncher. Dans les prochains jours, l'administration devrait d'ailleurs envoyer un avis pour les informer de leur non-conformité. Si rien ne change, la Municipalité pourrait par la suite émettre des avis d'infraction, soit des amendes. Enfin, si cela ne fonctionne pas non plus, le conseil municipal devra ensuite décider de la marche à suivre.

Questionné à savoir si un avis d'expulsion pourrait venir, M. Cadorette a déclaré qu'il était trop tôt pour parler de cette avenue. «Nous aurions en effet le droit de nous rendre jusque-là, mais je ne peux pas confirmer si la Municipalité choisira cette alternative», a-t-il admis.

Si le couple croit que l'administration de Saint-Joseph-de-Coleraine est contre eux et leur mode de vie, il en est tout autrement selon M. Cadorette. «Contrairement à ce qu'ils disent, nous ne sommes pas contre leur mode de vie. S'ils veulent continuer à cultiver, l'endroit est parfait pour ça. Ce sont seulement sur ces deux éléments là (les règlements) que ça ne fonctionne pas», a-t-il conclu. 

Vivre autrement

Vivre sur une terre, dans la nature et cultiver leur propre nourriture était un rêve pour Sylvain Pilon et Bonnie Kerr. Ils ont beaucoup cherché l'endroit qui pourrait devenir leur nouveau nid après avoir vécu un peu partout dans le monde. C'est finalement Saint-Joseph-de-Coleraine que cet homme originaire des Laurentides et cette Américaine ont choisi comme terre d'accueil il y a trois ans.

Sur leur site Web quebecterreaterre.com, ils expliquent leur mode de vie de cette manière : «Nous croyons que les deux plus grandes questions éthiques et morales de notre époque sont la surexploitation des ressources naturelles et ses conséquences dramatiques sur la planète et la santé de tous ses habitants, incluant les plantes, les animaux et les humains. Nous avons développé un mode de vie qui tente d’être une alternative au mode de vie actuel et prenons plaisir à le partager avec tous ceux qui se sentent concernés par leur empreinte écologique et qui veulent passer à l’action».

Le couple offre d'ailleurs l'opportunité à tout le monde de découvrir leur mode de vie, par des repas ou des nuitées sur leur terre. Ils proposent également des cours et ateliers dans leur expertise.

Un mode de vie qui dérange

Mésentente sur l'abri forestier de citoyens

Claudia Fortier claudia.fortier@tc.tc Publié le 7 octobre 2015

Vivant sur une terre agroforestière de 20 acres à Saint-Joseph-de-Coleraine depuis trois ans, Sylvain Pilon et Bonnie Kerr de Québec terre à terre sont actuellement en mésentente avec la Municipalité au sujet de leur droit ou non d'y vivre à l'année.

«L'administration de Saint-Joseph-de-Coleraine a décidé d'utiliser toutes ses ressources, ainsi que le poids de l'appareil bureaucratique, administratif et légal de la Municipalité et de la province contre deux environnementalistes qui tentent de faire de l'agriculture biologique, de l'herboristerie et de vivre de façon plus écologique sur le sommet d'une montagne», peut-on lire dans une lettre envoyée par le couple aux médias de la région.

Selon eux, la Municipalité utilise tous les moyens imaginables pour les empêcher de vivre sur son territoire au lieu de les aider. «Notre mode de vie les dérange, croient-ils. Nous vivons depuis plus de vingt ans de façon alternative, sans électricité du réseau, avec de l'énergie solaire, produisant la plupart de notre nourriture et dans des abris alternatifs. En fait, c'est ce qui dérange le plus l'administration municipale. Ils ne peuvent concevoir que l'on puisse vivre de la façon dont nous vivons, tout en respectant les règlements municipaux. Ainsi, ils essaient de prouver que nous enfreignons plusieurs règlements alors que nous nous y conformons.»

En entretien avec le COURRIER FRONTENAC, M. Pilon a affirmé que lui et sa conjointe étaient conscients qu'ils ne pouvaient pas habiter dans un abri forestier à l'année. Cependant, il précise pouvoir trouver une solution afin de respecter la règle.

«Nous connaissions ces règlements au moment de l'achat de notre terre et avons accepté de nous y conformer, ce qui nous oblige à vivre de façon encore plus inhabituelle. Le zonage ne nous permet pas de bâtir une maison sur notre propriété. Il est cependant permis de construire un abri forestier, ce que nous avons fait», a-t-il expliqué, ajoutant qu'il pourrait toujours vivre dans une tente sur sa terre pendant quelques mois s'il le faut.

Un inspecteur municipal a rendu visite au couple. «Au lieu d'inspecter les lieux et les bâtiments pour voir si nous nous conformions à la règlementation, il a plutôt tenté de prouver que nous enfreignons certains règlements pour soutenir son point», a raconté M. Pilon.

Deux règlements non respectés

Selon le directeur général de Coleraine, Martin Cadorette, le couple contrevient à deux règlements de zonage en raison de la présence de leur abri forestier sur leur terre. Dans le document accessible via le site Web de la Municipalité, on peut y lire que «l'habitation doit être érigée sur un emplacement adjacent à une rue, une route ou un chemin public existants à l'entrée en vigueur du schéma d'aménagement». L'abri dans lequel résident Sylvain et Bonnie est toutefois situé très loin d'un chemin public. Cette règle vise principalement à assurer l'accès aux unités d'urgence en cas d'incendie.

Le règlement mentionne aussi le nombre d'étages permis puisqu'«un seul bâtiment, devant servir d'abri sur un lot boisé vacant ou un ensemble de lots boisés vacants d'une superficie minimale de dix hectares, est autorisé. Ce bâtiment sommaire ne doit pas être pourvu d'eau courante et doit être constitué d'un seul plancher d'une superficie au sol n'excédant pas 20 mètres carrés». L'habitation du couple contient deux étages.

«Ils pouvaient très bien construire un abri forestier à l'endroit où ils sont installés et c'est ce qu'ils ont fait. Il y a cependant ces deux éléments du règlement qui contreviennent à l'émission de permis. Ils nous ont déclaré qu'ils demeuraient là et en visitant les lieux, c'est ce que nous avons pu constater», a soutenu M. Cadorette.

Un dossier épineux

Cette situation est plutôt compliquée pour la Municipalité de Saint-Joseph-de-Coleraine, puisque les propriétaires ne semblent pas vouloir broncher. Dans les prochains jours, l'administration devrait d'ailleurs envoyer un avis pour les informer de leur non-conformité. Si rien ne change, la Municipalité pourrait par la suite émettre des avis d'infraction, soit des amendes. Enfin, si cela ne fonctionne pas non plus, le conseil municipal devra ensuite décider de la marche à suivre.

Questionné à savoir si un avis d'expulsion pourrait venir, M. Cadorette a déclaré qu'il était trop tôt pour parler de cette avenue. «Nous aurions en effet le droit de nous rendre jusque-là, mais je ne peux pas confirmer si la Municipalité choisira cette alternative», a-t-il admis.

Si le couple croit que l'administration de Saint-Joseph-de-Coleraine est contre eux et leur mode de vie, il en est tout autrement selon M. Cadorette. «Contrairement à ce qu'ils disent, nous ne sommes pas contre leur mode de vie. S'ils veulent continuer à cultiver, l'endroit est parfait pour ça. Ce sont seulement sur ces deux éléments là (les règlements) que ça ne fonctionne pas», a-t-il conclu. 

Vivre autrement

Vivre sur une terre, dans la nature et cultiver leur propre nourriture était un rêve pour Sylvain Pilon et Bonnie Kerr. Ils ont beaucoup cherché l'endroit qui pourrait devenir leur nouveau nid après avoir vécu un peu partout dans le monde. C'est finalement Saint-Joseph-de-Coleraine que cet homme originaire des Laurentides et cette Américaine ont choisi comme terre d'accueil il y a trois ans.

Sur leur site Web quebecterreaterre.com, ils expliquent leur mode de vie de cette manière : «Nous croyons que les deux plus grandes questions éthiques et morales de notre époque sont la surexploitation des ressources naturelles et ses conséquences dramatiques sur la planète et la santé de tous ses habitants, incluant les plantes, les animaux et les humains. Nous avons développé un mode de vie qui tente d’être une alternative au mode de vie actuel et prenons plaisir à le partager avec tous ceux qui se sentent concernés par leur empreinte écologique et qui veulent passer à l’action».

Le couple offre d'ailleurs l'opportunité à tout le monde de découvrir leur mode de vie, par des repas ou des nuitées sur leur terre. Ils proposent également des cours et ateliers dans leur expertise.