Le lac à la Truite à l’agonie

Le premier lac en aval de la ville de Thetford Mines est menacé de disparition, selon l’Association de protection du lac à la Truite d’Irlande. Autrefois, sa profondeur était estimée à une dizaine de mètres et, comme son nom l’indique, il abondait en truites. En 2013, on n’y retrouve plus de truite et l’on peut même le traverser à pied en certains endroits l’été.

« La principale problématique chez nous est celle de l’ensablement. Le lac est littéralement en voie de disparition. C’est incroyable d’avoir un si grand lac avec si peu de profondeur », dénonce François Décary-Gilardeau, président de Verte Irlande. L’an dernier, le ministère de l’Environnement a réalisé une étude sur l’état général du lac. « On a remarqué une dégradation très rapide depuis les trois dernières années. Il n’y a pas si longtemps, on pouvait aller sur la rivière Bécancour en canot à l’entrée du lac. Aujourd’hui, ça ne passe plus, c’est complètement envasé », rapporte Benoît Lemay, porte-parole de l’Association du lac à la Truite.

Une des sources principales d’ensablement proviendrait, selon l’Association, de l’érosion des haldes minière. Ensuite, la dégradation des rives du lac est également citée comme facteur important. Pour déterminer la provenance exacte de ce sable, Verte Irlande compte prélever des échantillons du sous-sol. « Est-ce que ça provient des mines ou est-ce du lixiviat d’un peu partout? », se demande M. Décary-Gilardeau. Ces segments stratigraphiques pourront ainsi identifier la source du problème.

La situation ne date pas d’hier. En effet, de 1955 à 1959, on vide lac Noir à l’aide d’une drague pour y exploiter l’amiante. D’après les données amassées par Clément Fortier, cette opération coûte plus de 35 M$ et on y extrait 23 millions de mètres cubes de boue que l’on déplace le long de la rivière Bécancour, vers l’étang Stater. Ce dernier n’est pas en mesure de retenir toute cette boue, donc une grande quantité poursuit son chemin vers le lac à la Truite et le lac William.

Selon les principaux intervenants au dossier, il ne fait pas de doute que l’ensablement du lac et la mauvaise qualité de l’eau ont contribué à la disparition des populations de truites. « Quand j’avais cinq ou six ans et mon père décidait que l’on mangeait de la truite, on partait une heure sur le lac et on en avait pour toute la famille », explique M. Lemay, un citoyen de 66 ans. Aujourd’hui, on y trouve principalement du brochet, du maskinongé, de la perchaude et du doré.

Une lutte difficile

L’Association pour la protection du lac à la Truite et Verte Irlande se battent pour la protection de leur milieu de vie, mais l’ampleur du dossier dépasse leurs ressources. « Ce sont tous des gens préoccupés par la santé de leur lac, mais on n’est pas beaucoup. Nous sommes une petite gang de bénévoles qui veulent faire avancer leur cause, mais c’est un immense dossier pour si peu de monde », explique François Décary-Gilardeau.

Le président de Verte Irlande en convient, il n’y a pas de réponse facile. « Si au moins nous étions capables de stopper l’hémorragie, soit l’ensablement du lac, ralentir le processus, bien ce serait toujours ça de gagné ». Bien que le dragage puisse être une solution, le coût de l’opération s’élèverait à plusieurs millions de dollars et l’avenir du plan d’eau à long terme ne serait pas nécessairement assuré.

Plusieurs digues ont été installées dans le passé, mais elles seraient désuètes. « Elles ne retiennent plus grand-chose, elles datent des années 60 et elles n’ont pas nécessairement été entretenues. Pour vous dire à quel point c’est complexe, on ne sait même pas à qui elles appartiennent, un peu comme les mines. On ne sait pas qui est responsable. Personne ne veut être responsable. Même au ministère de l’Environnement, il donne l’impression qu’on ne veut pas déterrer ces problèmes », affirme Décary-Gilardeau.

« Avant que l’on commence à vider le lac Noir dans la rivière Bécancour. Des témoins nous confirment que le lac à la Truite avait une profondeur de 25 à 30 pieds au début des années 50, alors qu’aujourd’hui, il a à peine 6 pieds dans le plus profond. Le problème est que nous sommes toujours à la phase d’études depuis 10 ou 15 ans. Il faut toujours constater, étudier, vérifier, puis on n’arrive jamais à l’action concrète », conclut M. Lemay.

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