Agressions sexuelles : des victimes peuvent enfin briser le silence

Trois des quatre victimes reconnues de l’agresseur sexuel broughtonnais, Jeannot Doyon, ont enfin pu briser le silence et partager leur histoire avec les médias, huit ans après le début de pénibles procédures judiciaires. 

À la demande des trois victimes, Sylvie Doyon (29 ans), Samantha Lachance (21 ans) et Suzanne Tardif (40 ans), le juge Pierre Rousseau a en effet consenti à lever l’interdiction de publication et d’anonymat concernant cette affaire, lundi, pour que les faits et témoignages puissent être véhiculés par la presse.

« Nous voulons nous confier pour retrouver une vie sereine et favoriser l’avancement de notre cause. Nous en avons assez de patienter après le jugement. Nous confier au grand public est notre seul droit », ont tour à tour exprimé les trois femmes représentées par Me Yvan Corriveau devant la cour du Palais de justice de Thetford Mines.

Cette décision du magistrat s’est avérée une réelle victoire pour les victimes. Elle leur permettra de tourner la page plus facilement.

 

Plaidoyer de culpabilité

Précisons d’entrée de jeu que c’est en 2010 que Jeannot Doyon, représenté par Me Luc Ouellet, a plaidé coupable à cinq des huit chefs d’accusation auxquels il faisait face, dont agression sexuelle et attentat à la pudeur. Quant aux trois autres chefs, ils ont été mis sur la glace en raison de l’arrêt des procédures.

Les victimes ont choisi de faire front commun et de se supporter. Cette « force » était d’ailleurs palpable lors de l’entrevue. (Cliquez ici pour visionner la vidéo)

Leur intention : avertir la population du danger que comporte cet individu, faire comprendre aux parents qu’il est important de protéger leurs enfants et, ultimement, réduire le risque d’agression. À ce sujet, elles n’hésitent pas à qualifier Doyon de manipulateur. Elles s’interrogent aussi, des années plus tard, à savoir si Doyon a pu faire d’autres victimes.

 

Des révélations choquantes

Sylvie est la fille de Doyon. Il l’a agressée sexuellement alors qu’elle avait environ 15 ans. Son père en profitait pour porter des gestes dégradants à son endroit lorsqu’ils se retrouvaient seuls.

Pour elle, la levée d’interdiction de publication ne réfère pas une question de vengeance. « C’est un soulagement de savoir que son visage sera connu. On veut que les gens sachent qu’il faut lui faire attention, car son nom et ses gestes ont été cachés. Personne n’en a parlé. On n’avait même pas le droit de le faire », dit-elle.

Elle raconte aussi que leur cause a été reportée à plusieurs reprises, ce qui leur a causé bien du tort. « Avant chaque report, on se préparait mentalement, on revivait en quelque sorte le drame. On chambardait notre entourage, nos emplois et nos occupations… pour rien en fait », indique-t-elle.

Suzanne Tardif est la nièce de Doyon. Il la gardait à l’occasion et l’a agressée sexuellement quand elle avait 12 ans. Elle raconte qu’elle ne pouvait pas être une minute avec lui sans qu’il ne pose des actes indécents.

Elle déplore entre autres le fait que l’homme soit encore en liberté. Mais Suzanne éprouve aussi par ailleurs un certain sentiment de responsabilité. « Je crois avoir été la première victime et je me sens responsable de ce qui s’est passé après moi. Le fait d’avoir ma photo et la sienne dans les médias va me libérer de cette culpabilité », estime-t-elle.

Elle expose aussi brièvement comment les événements l’ont atteint. « J’ai été manipulée psychologiquement. J’ai dû rencontrer des psychiatres. Et je me suis rendu à quel point j’étais affectée. Depuis les premiers actes, je suis devenue une personne renfermée », a-t-elle révélé.

Samantha Lachance est l’ex-belle-fille de Doyon. Sa mère était la conjointe de celui-ci au moment où il l’a agressée sexuellement. Quand sa mère quittait la maison, il sautait sur l’occasion. Samantha était alors âgée de 15 ans.

« Quand il avait l’opportunité, il la prenait. Il m’a carrément détruite. On peut même dire qu’il m’a tuée. J’ai perdu toute ma confiance. Je n’appelle pas juste ça un agresseur, j’appelle ça aussi un tueur », insiste-t-elle.

Samantha révèle également qu’elle est troublée par la lenteur de la justice. « Il habite encore dans mon village (East Broughton) et il passe très souvent devant chez moi. Ça me donne un choc chaque fois, s’est-elle émue. Je veux que ça finisse. Je ne suis plus capable de le voir avec son sourire. »

 

Verdict à venir

Le Tribunal se réunira à nouveau le 25 novembre afin de statuer sur la sentence que recevra Jeannot Doyon. Cet événement donne espoir aux victimes qui pourront enfin passer à une prochaine étape de leur vie.

Les développements récents de cette affaire sont à leurs yeux plus importants que le moment où elles entendront la peine qui sera imposée à Doyon.

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