Temps supplémentaire obligatoire : les infirmières se sentent prises en otage

Temps supplémentaire obligatoire : les infirmières se sentent prises en otage
Les infirmières tenaient, le lundi 8 avril, une journée nationale sans temps supplémentaire obligatoire. (Photo : depositphotos.com)

Les infirmières en ont ras-le-bol du temps supplémentaire obligatoire (TSO). Voilà plusieurs mois qu’elles déplorent cette situation un peu partout à travers la province. Le Centre intégré de santé et de services sociaux de Chaudière-Appalaches (CISSS-CA) ne fait pas non plus exception.

Lundi, la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) organisait d’ailleurs une première journée nationale sans TSO afin de dénoncer cette pratique. Même si le Tribunal administratif du travail avait ordonné à la FIQ, vendredi, «d’informer ses membres qu’ils doivent accepter toutes demandes de temps supplémentaire», cette imposition ne concernait que les «situations urgentes et exceptionnelles». En bref, ils pouvaient toujours refuser dans les autres cas.

Selon Laurier Ouellet, président du Syndicat FIQ dans Chaudière-Appalaches, le TSO est devenu une manière de gérer. «En réalité, ça doit être utilisé dans des occasions exceptionnelles. Par exemple, un autobus se renverse et il y a 15 patients en même temps. Toutefois, présentement ils (les gestionnaires) l’utilisent tout le temps pour combler les quarts de travail. Tout est une question de budget, c’est plus avantageux donner du temps supplémentaire que d’engager plus de personnel à temps plein et risquer d’en avoir trop sur le plancher.»

«Il faut qu’ils comprennent que ce n’est plus une façon de vivre. Les gens vont continuer de démissionner un à un si ça perdure.» – Laurier Ouellet

Le TSO, qui touche aussi les préposés aux bénéficiaires, amène de la pression supplémentaire sur le personnel qui se sent pris en otage. «Actuellement, nous avons au-dessus de 600 griefs en lien avec ça. Puis, il y a peut-être environ une personne sur cinq qui est tannée et qui va vraiment faire un grief. Ça vient mettre en péril la santé mentale et physique des travailleurs, en plus de leur vie familiale. Des membres m’appellent et me disent qu’elles feraient encore quatre ou cinq ans, mais elles ne veulent plus se faire obliger et partent en retraite devancée, tandis que les plus jeunes changent de domaine», affirme Laurier Ouellet.

Lundi, lors d’un passage au CHU Sainte-Justine, la ministre de la Santé Danielle McCann a dit comprendre l’impatience des infirmières et elle a indiqué qu’il s’agissait de son dossier le plus urgent à régler.

Un problème de main-d’œuvre

Consciente des impacts malheureux que vivent les employés sur le terrain, Julie Gauthier, coordonnatrice des services de dotation, activité de remplacement et formation par intérim au CISSS-CA, souligne néanmoins que cette situation est principalement due à la pénurie de main-d’œuvre qui subsiste dans presque tous les secteurs.

«Elle est réelle, elle nous frappe vraiment de plein fouet et ce n’est que le début. Ce que nous observons est inquiétant. D’abord, Chaudière-Appalaches a l’un des plus bas taux de chômage. Les chercheurs actifs d’emploi sont peu nombreux. Aussi, les inscriptions pour les formations reliées à la santé sont constamment en baisse. Tout ça en plus du fait que la population est vieillissante et qu’elle a davantage de besoins. Les impacts, nous les vivons cette année, mais nous les vivrons aussi dans le futur», explique-t-elle.

De son côté, Joannie Gagné, chef de service des activités de remplacement, indique que le TSO n’est pas une manière de gérer. «Si nous pouvions tout régler en temps régulier, nous le ferions. Malheureusement, la pénurie de main-d’œuvre fait que nous sommes obligés d’aller en temps supplémentaire.»

Julie Gauthier soutient toutefois que le CISSS-CA travaille activement à contrer ce problème, par exemple, avec l’immigration ou des formations à l’interne. «Ce sont les défis auxquels nous faisons face et nous devons trouver des solutions.»

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