Un voyage de pêche qui aurait pu tourner au drame

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Par Jean-Hugo Savard
Un voyage de pêche qui aurait pu tourner au drame
Claude Gagnon tenait à remercier d'une façon tangible son ami Serge Larouche de lui avoir sauvé la vie. (Photo : Courrier Frontenac - Jean-Hugo Savard)

La journée du 7 juillet 2018 restera à jamais gravée dans la mémoire du Thetfordois Serge Larouche et du Disraelois Claude Gagnon. Leur voyage de pêche au saumon sur la rivière Patapédia près de Causapscal, qui avait pourtant bien commencé, a soudainement pris une tout autre tournure.

« Nous étions un groupe de quatre personnes. Nos deux compagnons nous précédaient. Il s’agissait d’un secteur où nous pouvions descendre la rivière sur à peu près 11 kilomètres et pêcher de fosse en fosse », mentionne d’abord Serge Larouche.

Tout allait bien jusqu’au début de l’après-midi, alors qu’à la sortie d’un petit rapide, leur embarcation a été déportée dans une fosse où se trouvait un gros arbre qui était tombé. « Il nous était impossible de l’éviter et nous avons piqué dedans, puis chaviré. La force du courant a finalement libéré le canot et nous avons dévalé la rivière un certain temps jusqu’à ce que nous frappions un autre arbre », ajoute-t-il.

Serge, qui se trouvait alors sous le canot, est parvenu à revenir à la surface. Il a aperçu un peu plus loin son ami Claude qui éprouvait des difficultés, car ses bottes de pêche prenaient l’eau. « Je ne sais pas nager. J’avais une ceinture de flottaison, mais le problème c’est que dans la panique, je n’ai pas trouvé la clenche pour l’activer », explique M. Gagnon.

Son partenaire de pêche, dont la veste de flottaison était demeurée dans le canot, s’est dirigé dans sa direction pour lui porter secours. « Nous en avions tous les deux par-dessus la tête et, du mieux que j’ai pu, je l’ai agrippé afin qu’il puisse se tenir sur l’arbre. Après, il a fallu nous déprendre, déplacer le canot et le vider. Claude était vraiment en panique et en état de choc. Je m’assurais qu’il bouge le moins possible. »

Les deux hommes sont parvenus à se sortir de leur fâcheuse position, mais il leur restait tout de même entre quatre et cinq kilomètres à parcourir afin de rejoindre le camp de base. « Lorsque le temps est venu de repartir, je me suis rendu compte que nous n’avions plus d’avirons. Nous avons donc pris une branche de bouleau, nous nous sommes aidés du mieux que nous pouvions, et nous les avons retrouvés environ un kilomètre plus loin. Le reste de la descente s’est bien passée », souligne M. Larouche.

Pour Claude Gagnon, il en fut toutefois tout autrement. « Ça s’est bien passé pour lui, mais pour moi il y a de grands bouts dont je ne me rappelle pas. Il m’a vraiment sauvé la vie. Quelques secondes de plus et vous auriez vu ma photo dans les avis de décès. »

Serge Larouche affirme avoir réagi instinctivement. « C’est sûr qu’il y avait également un danger pour moi, mais en même temps lorsque tu es dans le feu de l’action, tu ne penses pas à cela. L’adrénaline embarque et tu fais des choses surprenantes. Ma vraie récompense est de voir Claude encore en vie. C’est un soulagement parce que ça aurait été terrible pour lui, pour moi et pour sa famille. Nous sommes contents qu’il y ait une fin heureuse. »

La médaille du civisme a été remise à Serge Larouche le 9 mars dernier. (Courrier Frontenac – Jean-Hugo Savard)


Hommage au civisme

Pour Claude Gagnon, il était important de souligner le geste posé par son compagnon de voyage. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il a soumis la candidature de son ami à l’Hommage au civisme, une cérémonie qui récompense des gens ayant fait preuve de courage et d’héroïsme. La 34e édition avait lieu le lundi 9 mars dernier à l’hôtel du Parlement de Québec.

« Comment pouvons-nous remercier quelqu’un qui nous a sauvé la vie? Nous avons beau dire des milliers de mercis, mais à mon avis, ça n’a pas de valeur par rapport à l’ampleur de la situation. C’est un peu pour cela que j’ai soumis sa candidature pour l’obtention de la médaille du civisme. Je me disais qu’en faisant cela, au moins, je donnais une certaine forme d’immortalité au geste. »

Serge Larouche était visiblement ému de recevoir cet honneur. « Ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas celui qui aime le plus être devant les projecteurs, mais ça fait un petit velours, c’est certain. C’était une belle cérémonie. »

Sensibilisation

En racontant leur histoire, Serge Larouche et Claude Gagnon espèrent sensibiliser tous ceux et celles qui pratiquent des activités sur les différents cours d’eau un peu partout au Québec. « Dans une rivière à saumon comme celle-là, nous avons un faux sentiment de sécurité parce que souvent, il y a deux à trois pieds d’eau et nous pêchons dans les fosses où c’est calme et paisible. Nous avons réellement vécu une expérience où il y avait un piège. Nous aurions pu y laisser notre peau et je m’en veux de ne pas avoir eu ma veste de flottaison sur moi. Si je l’avais portée, cela aurait été beaucoup plus facile de lui venir en aide et si Claude avait eu une vraie veste, il aurait peut-être avalé quelques gorgées, mais nous n’aurions pas vécu toute cette mésaventure », soutient M. Larouche.

Bien qu’il ne s’agisse pas d’un premier voyage de pêche pour les deux hommes, cet événement les a rapprochés. « Nous nous connaissons depuis le début des années 1990. Nous sommes amis, et ce, pour toujours. Jamais cela ne s’effacera », conclut Claude Gagnon pour qui la descente du 7 juillet 2018 aura été la dernière.

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