Soutenir plus que jamais les agriculteurs d’ici

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Par Jean-Hugo Savard
Soutenir plus que jamais les agriculteurs d’ici
Le président du Syndicat de l'UPA des Appalaches, Bertrand Gagné, demeure optimiste face à la crise actuelle provoquée par la COVID-19. (Photo : Courrier Frontenac – Jean-Hugo Savard)

Déjà confronté à de nombreux défis année après année, notamment sur le plan financier, de la main-d’œuvre et des changements climatiques, le secteur agroalimentaire encaisse depuis les dernières semaines les contrecoups de la COVID-19 et les producteurs de la région ne sont pas épargnés.

La crise sanitaire engendrée par la pandémie a provoqué un important déséquilibre entre l’offre et la demande. Des usines de transformation, notamment en Alberta et en Ontario, ont réduit ou cessé leurs activités en raison de la maladie et l’incertitude entourant la reprise économique en inquiète plusieurs.

Pour le président du Syndicat de l’Union des producteurs agricoles (UPA) des Appalaches, Bertrand Gagné, il est impératif que le gouvernement fédéral soutienne les producteurs à la hauteur de leurs besoins pour les aider à passer au travers et ainsi assurer une sécurité alimentaire au pays.

« Si les producteurs disparaissent pour des raisons financières, la crise sanitaire va devenir une crise alimentaire. Ça prend absolument un appui du gouvernement le temps que ça passe parce que si nous ne sommes plus là, qu’il ne compte pas sur les autres pays pour nous aider parce qu’eux-mêmes ne seront peut-être pas en mesure de le faire », a-t-il mentionné au Courrier Frontenac.

Photo Courrier Frontenac – Jean-Hugo Savard

Selon le producteur laitier et acéricole de Saint-Pierre-de-Broughton, la situation actuelle est préoccupante. Il a confié que l’ensemble de ses membres se questionne quant à l’avenir. « Ils ne savent pas ce qu’il va se passer après la crise. Dans le secteur du lait, c’est inquiétant parce que nous avons dû en jeter. À ma ferme, le 11 avril au matin, 6000 litres de lait ont été déversés. Ça fait mal au cœur. Ça nous a pris une heure. Il semblerait qu’il s’est perdu 13 millions de litres au cours de cette période au Québec. »

Cette situation, provoquée entre autres par une diminution de la consommation en raison de la mise sur pause des activités dans les secteurs de la restauration et de l’hôtellerie, engendrera une diminution de revenus à la ferme. « Le prix moyen en avril va baisser nécessairement parce que tout ce lait perdu va se répartir sur l’ensemble des producteurs. Nous devrions avoir 6 à 7 % de moins sur le prix moyen. Il ne faudrait pas que cela perdure pendant plusieurs mois parce qu’autrement nous aurons de la misère à continuer », a indiqué le président du Syndicat de l’UPA des Appalaches.

Ce dernier entrevoit tout de même une lueur d’espoir. « Il semblerait que la situation se soit stabilisée. Dans le prochain mois, si nous ne jetons pas de lait et que la production baisse un peu, il devrait y avoir un ajustement entre l’offre et la demande. Le prix moyen devrait être un peu plus normal. C’est à souhaiter. »

Quant au bovin de boucherie, M. Gagné s’attend à voir davantage les effets de ce qui se passe ce printemps à l’automne. La perturbation des activités dans les usines d’abattage de Cargill, par exemple, est selon lui très inquiétante. « Il ne faudrait pas que la situation soit pire parce que tout ce bœuf va venir au Québec. Il y aura un surplus et le prix va chuter. »

Pour ce qui est des vaches de réforme, le nombre de bêtes envoyées aux encans a diminué, ce qui est somme toute une bonne nouvelle. « Les Producteurs de bovins du Québec avaient demandé à que ce les agriculteurs retiennent leurs vaches pour éviter qu’il y ait une affluence aux encans et une baisse de prix. Il parait qu’ils ont bien répondu », a dit M. Gagné.

La situation est cependant beaucoup moins reluisante dans le secteur du porc. « Une crise majeure s’en vient. Ils parlent de 100 000 cochons au Québec qui pourraient se faire euthanasier parce qu’il n’y a pas suffisamment d’abattage. C’est terrible », a exprimé le président du syndicat.

Des préoccupations sont aussi présentes dans le secteur acéricole. « Nous avons eu une bonne récolte cette année, mais qu’est-ce qu’il va se passer avec les acheteurs qui sont aux États-Unis, en Europe et en Allemagne? C’est un produit de luxe c’est bien sûr. Au moins, la Fédération des producteurs acéricoles du Québec a mis en place un programme qui fait en sorte que nous recevons un certain pourcentage du volume que nous avons produit. Le reste sera payé quand il sera vendu, mais nous ne savons pas quand. »

Photo Courrier Frontenac – Jean-Hugo Savard

Rester positif

Malgré cette période plus difficile, le président du Syndicat de l’UPA des Appalaches demeure optimiste. « Je pense que si la tendance se maintient et que l’économie repart, lentement mais surement, les producteurs de la région devraient s’en sortir sans trop de problèmes. C’est une question de temps. Je crois que les instructions financières seront compréhensives et accepterons d’étirer un peu les paiements. Nous sommes déjà serrés d’avance, alors quand un problème majeur arrive ça fait encore plus mal. »

M. Gagné croit que l’aide annoncée du gouvernement fédéral de 252 millions $ est nettement insuffisante pour aider l’ensemble du secteur agricole à passer au travers de la crise. « Ce n’est qu’un premier versement. Il va annoncer d’autres choses parce qu’il y a trop de monde d’impliqué là-dedans. Je ne suis pas désespéré. Je pense que ça va se replacer à plus long terme. Nous sommes dans un milieu où tout le monde se tient et a confiance en l’autre. De plus, nous sommes partis pour nous en sortir parce que la maladie n’est pas très présente dans la région. »

Le producteur laitier et acéricole invite les consommateurs à encourager plus que jamais l’achat local, autant dans l’alimentation que dans tous les autres secteurs d’activité.

NDLR : L’entrevue avec le président du syndicat local a été réalisée avant la publication des récentes données entourant le prix du lait. Selon Les producteurs du lait du Québec, le prix de l’hectolitre a diminué de 9,5 % entre les mois de mars et avril, passant de 74,01 $ à 66,95 $. Cette baisse majeure du prix est liée à la détérioration de la structure des ventes, aux surplus de lait et à la chute des prix mondiaux dans le contexte de la crise de la COVID-19.

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Edith Gagné
Edith Gagné
1 année

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