Legault ne veut pas de projets financés à 100 % par le public

Par Claudia Fortier et Jean-Hugo Savard
Legault ne veut pas de projets financés à 100 % par le public
Le premier ministre du Québec a répondu aux questions des journalistes nationaux et locaux lors de son point de presse. (Photo : Courrier Frontenac - Jean-Hugo Savard)

De passage au Centre de congrès de Thetford Mines, jeudi après-midi, le premier ministre du Québec François Legault a tenu un point de presse au cours duquel les journalistes de la région ont pu poser des questions quant aux enjeux locaux.

Il a bien entendu été question du projet récréotouristique du Domaine Escapad au pied du mont Adstock et le fait que son développement soit présentement en péril. En effet, les promoteurs sont actuellement incapables de s’entendre avec les ministères. Ils demandent que le provincial s’occupe du financement pour créer une deuxième voie d’accès et reconstruire le chalet d’accueil.

« Si on avait un projet global de 100 millions $ et qu’on demandait 14 millions $ au gouvernement du Québec, je serais très intéressé qu’on participe à tous les bénéfices, mais il n’est pas construit comme ça, a indiqué le premier ministre. Il y a un projet immobilier financé seulement par le privé et là on demande 11 à 14 millions $ pour rénover un chalet. Ce qu’on a offert jusqu’à présent, ce sont 3,5 millions $ de subventions et 7,5 millions $ de prêts. On pense que c’est généreux compte tenu du fait qu’on est dans une coquille où il y a seulement de l’argent public. »

Tout en qualifiant le projet d’intéressant et d’important afin d’attirer et de garder la main-d’œuvre en région, François Legault a précisé que de la façon dont il est structuré actuellement, la partie immobilière payante revient entièrement au privé alors que celle où il n’y a pas vraiment de revenus implique le public. Il s’est toutefois engagé à revoir le projet avec le ministère de l’Économie.

Observatoire sur l’amiante

À propos de la création d’une entité administrative afin d’assurer la gestion et l’élimination sécuritaires de l’amiante, aussi appelée observatoire et proposée dans le rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), le premier ministre croit comme les élus locaux qu’il serait normal qu’elle soit mise en place dans la région de Thetford. Il a toutefois rappelé que le rapport a été reçu le 7 août dernier et que le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, est en train de l’étudier.

« On regarde la suite qu’on va lui donner, mais effectivement, il semble qu’il manque de données. Ça prend un observatoire et ce serait logique qu’il soit ici », a commenté François Legault.
Ce dernier a également affirmé que le gouvernement analyse si l’intégration avec d’autres services serait possible afin d’harmoniser l’ensemble des actions.

Concernant le coût élevé des travaux en présence d’amiante, le premier ministre a mentionné que c’est la responsabilité du gouvernement et du ministère de l’Environnement d’assurer la sécurité des citoyens. « Il y a en effet certains endroits où des travaux seront à faire et qui seront financés par le gouvernement », a-t-il dit.

Fonds de 50 millions $

Les élus de la région demandent depuis un bon moment à ce que les critères du fonds de diversification économique de 50 millions $ du provincial soient modifiés afin de permettre que plus de projets puissent en faire partie. Les modalités avaient d’ailleurs été dénoncées par les intervenants locaux lors de son annonce par le gouvernement libéral en 2017 et ont continué de l’être depuis.

Questionné à ce sujet, François Legault a souligné que ce fonds n’est pas un programme de subventions aux Municipalités. « Je ne crois pas aux projets 100 % publics. Je veux qu’il y ait un pourcentage du privé. Si ce que les élus veulent ce sont des subventions versées aux Municipalités pour toutes sortes d’activités n’ayant aucune chance de réaliser des profits, ce n’est pas comme cela que l’on crée de la richesse au Québec. On crée de la richesse avec des partenaires privés. Je n’ai pas de problème à ce que le fonds serve à aider les partenaires privés. »

Domaine Escapad : le maire d’Adstock souhaite une mobilisation

Le maire d’Adstock, Pascal Binet, souhaite qu’il y ait d’ici une semaine une mobilisation autour du projet du Domaine Escapad. Le secteur récréotouristique de la MRC des Appalaches est sur le point de le perdre puisque les promoteurs ne parviennent toujours pas à s’entendre avec le gouvernement du Québec sur le financement public pour une partie des travaux.

Les jours sont d’ailleurs comptés avant qu’il soit complètement abandonné. « Ce projet régional est une priorité et fait consensus au-delà de notre territoire, mais le gouvernement n’évalue pas les impacts de ne pas le réaliser. C’est ce que je trouve de particulier. »

M. Binet ne partage pas la vision du premier ministre François Legault qui souhaiterait que les promoteurs investissent davantage. « Il faut savoir qu’au départ, ils ne demandaient rien à personne, mais la Municipalité devait aller chercher de l’aide financière pour prolonger la route qui appartient au ministère des Transports et rénover le chalet d’accueil. Nous avons été refusés puisqu’il fallait que ce soit les promoteurs qui prennent l’entièreté du projet. Ils ont accepté, mais ils se font dire qu’ils ne mettent pas assez d’argent », a-t-il déploré.

Le maire d’Adstock s’est dit en accord avec François Legault en ce qui concerne la bureaucratie jugée trop lourde et se réjouit qu’il ait pris l’engagement de revoir le dossier avec le cabinet du ministère de l’Économie.

De son côté, la députée caquiste Isabelle Lecours a affirmé croire au projet. « Je travaille fort depuis plusieurs mois, puis j’aimerais qu’il aboutisse. Le premier ministre a dit aujourd’hui qu’on était pour le regarder encore. Je voudrais qu’il y ait une rencontre avec tous les intervenants pour essayer de trouver une solution et qu’il aille de l’avant. C’est important pour la région. »

Une bonne rencontre selon le préfet

Le préfet de la MRC des Appalaches, Paul Vachon, a mentionné que la rencontre avec le premier ministre s’est bien passée, dans le sens qu’il y a eu convergence pour la plupart des projets. « Il nous a dit que d’ici deux ans l’Internet haute vitesse devrait être déployé partout au Québec. Pour nous, c’est une très bonne nouvelle. »

En ce qui a trait à la création d’une entité administrative pour la gestion de l’amiante et des résidus miniers amiantés, M. Vachon s’est réjoui de voir le premier ministre Legault se commettre en disant qu’il serait implanté à Thetford Mines. « C’est exactement ce que nous voulions. Nous souhaitons également qu’il soit indépendant avec des scientifiques provenant de centres universitaires et du Cégep de Thetford », a-t-il dit.

Quant au fonds provincial de 50 millions $, le préfet n’est pas satisfait de la position du premier ministre. « J’ai demandé à ce que les critères soient plus souples. Je ne pense pas que ça va arriver compte tenu des réponses que nous avons obtenues. C’est bien dommage. Cela a un impact sur divers projets, dont celui du mont Adstock. »

M. Vachon a également abordé le projet de construction d’un centre de transformation agroalimentaire qui ne parvient pas à obtenir le financement nécessaire pour se réaliser. « Nous aurions pu lui en trouver avec le fonds de 50 millions $. C’est un peu désappointant. »

Les attentes du maire Brousseau

De son côté, le maire de Thetford Mines Marc-Alexandre Brousseau affirme avoir eu l’occasion de parler des différents aspects du dossier de l’amiante. Tout comme le premier ministre et d’autres élus de la région, il estime qu’il est important que l’entité administrative soit implantée à Thetford Mines.

Il est aussi revenu sur les coûts supplémentaires liés aux travaux de génie civil en présence d’amiante. « Il va falloir continuer à travailler pour obtenir plus d’engagements. Présentement, il nous demande de lui dire combien cela coûte. C’est correct et nous allons le faire, mais nous espérons que le retour d’argent sera là. »

Concernant la transformation des résidus miniers, M. Brousseau croit qu’il est bien de mentionner d’un côté que cela sera possible, mais que de l’autre les règles en place ne l’empêchent pas.

Le maire espère aussi que les compensations gouvernementales liées à la pandémie de la COVID-19 soient à la hauteur des attentes puisque les frais engendrés par la Ville de Thetford Mines dépassent déjà les 600 000 $.

Il a tenu à rappeler que son administration est toujours en attente d’une réponse pour le financement d’un complexe sportif intérieur.  « On nous a dit que nous devrions avoir des réponses cet automne. »

Enfin, le maire a aussi pris le temps de soulever la situation vécue par l’entreprise Pultrall qui souhaite faire affaire avec le ministère des Transports et qui se voit confrontée à différentes problématiques.

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Éric Leclerc
Éric Leclerc
2 mois

Entièrement d’accord avec le premier ministre, quand il affirme que ce n’est pas à tous les contribuables de payer pour le projet récréotouristique du Domaine Escapad. Ont veut faire de cet endroit un «Club med pour millionnaires»,100% financé par des deniers publics; aucun sens! Au privé de s’impliquer avec les sommes proposées par l’État, qui sont déjà très généreuses. Par ailleurs, une fois la première pelletée de terre faite, le projet risque-t-il de connaître les mêmes ennuis que le Domaine de la Cache?…