Une deuxième vague remplie de défis

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Par Jean-Hugo Savard
Une deuxième vague remplie de défis
Le PDG du CISSS-CA, Daniel Paré, a fait le point sur la situation dans la région. (Photo : Courrier Frontenac - Jean-Hugo Savard)

La deuxième vague de COVID-19 est visiblement plus difficile que la première dans la région de Chaudière-Appalaches et celle-ci amène son lot de défis dans le réseau de la santé.

Malgré tout, le président-directeur général (PDG) du Centre intégré de santé et de services sociaux de Chaudière-Appalaches (CISSS-CA), Daniel Paré, estime que son organisation était prête à faire face à cette crise. « Nous avons le matériel nécessaire et nous connaissons la recette pour gérer les éclosions. Par contre, ce qui est plus difficile, ce sont les cas asymptomatiques. Nous pouvons avoir le virus et contaminer notre milieu de travail sans le savoir et c’est ça qui est dur à gérer. Nous l’avons vu à un endroit où une journée quelqu’un a toussé, nous avons procédé à un dépistage et 25 personnes l’avaient contracté sans avoir de symptômes. Dans ce cas-ci, aucune préparation n’était possible », a-t-il mentionné au Courrier Frontenac.

Selon lui, le fait que le virus n’agit pas de la même façon sur les gens représente un grand défi pour le personnel œuvrant au sein des différents établissements. « La meilleure méthode de prévention, c’est encore de se laver les mains et de maintenir la distanciation. C’est la même chose depuis le début, mais il y a une certaine fatigue qui s’est installée. Nous sommes des humains et ce n’est pas facile de maintenir longtemps ce niveau d’intensité. Ça fait partie de nos défis, toutefois, le travail réalisé est extraordinaire. »

Daniel Paré a affirmé que son organisation a beaucoup appris de la première vague. « C’est certain que nous avons développé des façons de faire. Ce qui est bien en Chaudière-Appalaches, c’est que nous sommes autonomes. Nous avons notre laboratoire où nous analysons nos tests de dépistage. Nous ne faisons pas cela ailleurs. Nous avons habituellement un retour dans les 24 heures et cela nous donne une longueur d’avance. Dans d’autres organisations, parfois ça peut prendre plus de temps parce que les tests se promènent. »

À son avis, la difficulté de prévoir les différentes situations a été un grand apprentissage. « Nous devons nous ajuster de jour en jour et des fois à plus d’une reprise dans une même journée. Nous avons développé cette belle grande capacité d’adaptation au cours des derniers mois. »

Au moment d’écrire ces lignes, des éclosions étaient toujours en cours dans trois hôpitaux du CISSS-CA. « Le seul hôpital où il n’y en a pas est celui de Thetford Mines et je touche du bois parce qu’encore là, les risques de contamination peuvent provenir des visiteurs, des usagers, des employés ou des médecins. En même temps, nous demandons aux gens de venir se faire soigner parce que c’est notre mission première. Je pense que nous le faisons bien, mais avec la COVID-19, nous devons gérer le risque de jour en jour », a affirmé M. Paré.

Déplacement de personnel

En ce qui a trait au déplacement de personnel, le PDG du CISSS-CA a admis qu’il y en a encore, mais pas beaucoup et seulement par nécessité. « Si je prends l’exemple de Thetford Mines, les gens ne voyagent pas d’un centre d’hébergement à un autre. Leur poste se trouve à chacun des endroits. Cependant, nous avons eu une bonne éclosion au CHSLD Marc-André-Jacques d’East Broughton qui est d’ailleurs en train de se terminer. Lorsque nous devons retirer 10, 15 ou 20 employés, il faut les remplacer. Automatiquement, la notion du mouvement est implicite. Un membre du personnel qui part d’une zone verte à une zone rouge est suivi et nous gérons cette situation pour nous assurer qu’il n’a pas contaminé d’autres personnes. Nous faisons cela depuis le mois de mars. »

M. Paré a indiqué que les employés en milieu hospitalier et en CHSLD peuvent se promener d’un département ou d’un étage à un autre puisqu’il s’agit de la même installation. Pour lui, ce n’est pas un déplacement. « Encore là, nous faisons attention. Si nous disons que nous ne pouvons pas déplacer quelqu’un, nous aurons un usager qui ne mangera pas, qui n’aura pas ses médicaments et qui ne sera pas lavé. Vous comprendrez que la décision sera prise afin qu’il y ait toujours du personnel pour s’occuper de lui. À ce moment, nous gérons le risque. Nous suivrons l’employé et il sera testé. Je vous dirais que sur nos 12 000 employés, il n’y a pas cinq déplacements dans une journée. »

Temps des Fêtes

Bien qu’il soit difficile de prévoir à quoi ressemblera la situation pendant et après la période des Fêtes, Daniel Paré a précisé que son organisation est prête à affronter de possibles éclosions. « Nos employés gèrent la situation depuis plusieurs mois et nous voulons qu’ils aient le plus de congés possible. Par contre, nous continuerons de travailler 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 dans le milieu hospitalier et dans nos centres d’hébergement. Nous aurons des équipes et des médecins de garde. Des tests de dépistage seront effectués chaque jour parce que la COVID-19 ne prendra pas de congé. »

Le PDG du CISSS-CA a tout de même confié avoir de grandes appréhensions. « Plus les gens vont se déplacer et se rencontrer, plus ils vont se contaminer. »

La lumière au bout du tunnel

L’arrivée éventuelle d’un vaccin représente, aux yeux de M. Paré, la lumière au bout du tunnel. « Nous sommes vraiment contents. De manière générale, de la vaccination nous en faisons tout le temps et nous avons une expertise là-dedans. Nous avons des employés pour le faire, mais ce que nous ne savons pas, c’est la quantité et le genre de vaccin que nous recevrons. Par contre, nous sommes conscients que cela devra se dérouler dans un contexte de pandémie et de distanciation. »

S’il faut se fier aux quelque 700 000 doses annoncées par le premier ministre François Legault dans le cadre d’un premier déploiement, la région de Chaudière-Appalaches pourrait n’en recevoir que 35 000. « Pour que le vaccin soit efficace, ça prend deux doses alors cela représente 17 000 usagers. Je n’ai pas encore reçu les directives, mais je présume que les personnes en milieux d’hébergement et les travailleurs de la santé le recevront en premier. J’ai de la misère à voir une campagne populationnelle massive avant quelques mois selon les informations que je possède à ce jour. Si ces données sont exactes, nous sommes prêts parce que nous en vaccinerons moins que lorsque nous le faisons pour la grippe », a dit M. Paré.

Enfin, le PDG du CISSS-CA tenait à remercier les employés, gestionnaires ainsi que les médecins puisque, sans leur engagement, son organisation ne serait pas en mesure de gérer cette situation. « Tous les jours, nous devons demander à des gens s’ils veulent faire du temps supplémentaire parce que nous devons en retirer d’autres. Ils lèvent la main et ils sont mobilisés pour prendre soin du monde et c’est ça qui fait la différence. »

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