Des propriétaires gagnent contre Hydro-Québec

Par cisabel
Des propriétaires gagnent contre Hydro-Québec
Yvon Bourque dit avoir obtenu

Deux ans et demi après avoir exproprié trois propriétaires pour le passage de sa ligne de transport de 120 kV desservant le parc éolien de L’Érable, Hydro-Québec a finalement consenti à verser un juste prix aux expropriés en cédant à leurs demandes, trois jours avant la date d’audition qui était prévue devant le Tribunal administratif du Québec.

Yvon Bourque de Sainte-Sophie-d’Halifax est l’un de ces expropriés. Il recevra environ six fois le montant de l’offre initiale d’Hydro-Québec. La somme qu’il a obtenue ne sera toutefois pas rendue publique, M. Bourque se pliant à une demande de la société d’État.

Il affirme en être arrivé là parce que l’offre de redevances d’Hydro-Québec n’était tout simplement pas correcte, ce que lui a confirmé une firme indépendante qu’il avait sollicitée pour procéder à une évaluation. «J’estime que les propriétaires qui ont signé au début du processus, sans faire d’évaluation, n’ont reçu en moyenne que 30% du montant qu’ils auraient pu obtenir.»

«On ne l’a pas fait pour l’argent, c’est une question de principe, de justice. Hydro te harcèle et te menace pour que tu signes, après il t’exproprie et continue à t’intimider pour que tu règles. Elle prend tous les moyens pour nous décourager d’obtenir un prix juste afin de ne pas créer de précédent. On ne s’attendait pas d’être traité de cette façon par notre société d’État. Une vraie honte», clame-t-il.

M. Bourque se dit satisfait du prix obtenu, même s’il croit qu’il aurait pu aller chercher plus de redevances au chapitre des inconvénients. «Hydro a cependant fait un bon pas pour régler le dossier, mais je n’oublie pas qu’elle se serait évitée beaucoup de frais et nous aurait exemptés de nombreux problèmes si elle avait réglé immédiatement à un prix convenable», souligne-t-il. «Dans toute cette saga de parc éolien de L’Érable, nous avons toujours eu à nous débattre pour nous faire respecter.»

À l’origine, 82% des propriétaires concernés s’opposaient à la construction de la ligne de transmission étalant 50 pylônes sur 13 km «parmi les plus belles terres agricoles du Québec». Au total, 208 riverains se sont opposés au trajet proposé par Hydro-Québec en signant une pétition pour les motifs suivants : altération majeure du paysage, forte dévaluation des propriétés, tensions parasites, nuisances et pertes agricoles, faibles compensations, etc.

Forts de l’appui de la Fédération régionale de l’UPA Lotbinière-Mégantic, les riverains ont proposé à Hydro-Québec d’enfouir la ligne dans l’emprise publique comme c’est le cas pour le filage du parc éolien. Alléguant que l’enfouissement coûterait trop cher, mais sans en démontrer les coûts réels, Hydro-Québec n’a pas retenu les arguments des propriétaires.

En décembre 2013, le Tribunal administratif du Québec a donné raison à deux  propriétaires de New Richmond en Gaspésie en leur accordant des indemnités de 6 à 40 fois supérieures à l’offre d’Hydro-Québec pour le passage de la ligne de transmission desservant le parc éolien.

Le Regroupement pour le développement durable des Appalaches (RDDA) a dénoncé les comportements condamnables d’Hydro-Québec afin d’arracher des signatures pour le passage de la ligne électrique. Le RDDA, dont M. Bourque est aussi le président, considère que la société d’État continue d’entacher sa réputation en traitant avec mépris les propriétaires terriens. «Hydro-Québec a imposé de force la ligne de transmission du parc éolien de L’Érable, tout comme le gouvernement du Québec a enfoncé dans la gorge des citoyens le projet éolien de L’Érable», a-t-il ajouté.

Un déménagement bénéfique?

M. Bourque et sa famille ont quitté la ville de Plessisville pour s’établir dans le rang 4 de Sainte-Sophie-d’Halifax après avoir acheté une terre à l’abandon en 1988 qu’ils ont transformée en une érablière de 8000 entailles et une plantation de 110 000 arbres.

«Nous avons pris la décision de déménager dans le rang 2 l’an dernier dans une nouvelle maison que nous avons construite près de notre cabane à sucre parce que nous en avions assez de toutes les contraintes des éoliennes et du poste de transformation qui affectaient à la fois notre santé et notre moral. Aujourd’hui, ça va mieux et nous ne regrettons pas cette décision, même s’il nous arrive encore d’entendre le fouettement des pales quand le vent vient du sud, et ce, malgré que les éoliennes les plus près soient situées à deux kilomètres de notre résidence.»

«Cela nous a amené des dépenses additionnelles et à tenir notre budget plus serré et à laisser tomber des projets de vacances, sans oublier notre maison du rang 4 qu’on ne réussit pas à vendre. C’est un 250 000 $ qui dort là, sans compter que je continue à payer les frais de taxes et d’électricité.»

La bataille n’est pas finie

Même si l’autorisation du recours collectif fut une nouvelle qu’il a accueillie à bras ouverts, la partie n’est pas finie pour M. Bourque. «Nous avons beaucoup travaillé sur ce dossier depuis deux ans et il faut maintenant se préparer pour le procès qui sera une occasion de prouver que tout ce qu’on a avancé n’était pas que du vent et qu’on ne s’est pas plaint pour rien. Je n’ai jamais été contre les éoliennes, mais il ne fallait pas les implanter dans des secteurs habités.»

Les quelque 300 propriétaires demeurant à 1,8 km autour du parc seront inscrits dans le recours collectif à moins qu’ils ne fassent une demande pour se retirer.

Plus de vigilance des élus

M. Bourque retient aussi avoir été marqué par la manière, dont les élus municipaux se sont comportés dans toute cette histoire d’éoliennes. «Même si le projet a été autorisé par le gouvernement, nos élus auraient dû être plus vigilants sur la règlementation des éoliennes par rapport à la distance des maisons. J’aurais également aimé qu’ils nous disent qu’ils se sont fait emplir par les promoteurs au niveau des redevances et des retombées économiques. Une chance qu’il y a eu nos camionneurs pour en profiter, car pour la balance, nous n’avons pas eu grand-chose, qu’il suffise à en parler à Plessitech.»

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