Fort McMurray : «C’est encore pire que dans les films»

Les feux de forêt faisant rage à Fort McMurray en Alberta ont forcé l’évacuation de plus de 80 000 personnes, dont un couple originaire de la région de Thetford. Leur témoignage donne des frissons…

André Beaulieu et Marise Pouliot ont été contraints de quitter leur maison pour de bon, mardi, vers 15 h. Ils avaient été évacués une première fois le lundi et avaient pu y retourner le lendemain matin, mais les feux se sont rapidement propagés et ont forcé l’évacuation de la population entière en soirée.

«Nous avons été dans les premiers à partir le mardi, juste avant que l’ordre d’évacuation générale soit donné, mais il aurait pu être donné avant parce que c’était déjà menaçant, a expliqué André Beaulieu dans un entretien téléphonique accordé au Courrier Frontenac, jeudi matin. L’un de vos voisins surveillait les feux sur le bord de l’autoroute 63. Nous étions en train de préparer nos affaires pour partir quand il est arrivé en trombe et il nous a dit que nous étions dans le trouble et qu’il fallait s’en aller le plus rapidement possible. Le feu était en train d’attaquer le camping situé non loin de notre quartier. Nous entendions les réservoirs de propane exploser.»

Selon Marise Pouliot, les moments qu’ils ont vécus ont été plutôt irréels. «Dans notre quartier, tu voyais tout le monde courir un peu partout, plusieurs tentaient de s’en aller le plus rapidement possible, ils étaient tous en panique. De mon côté, j’étais calme, mais je n’ai pas pu m’empêcher de pleurer un peu en voyant la catastrophe. On aurait dit que la fin du monde était arrivée. C’est encore pire que dans les films.»

Cliquez sur ce lien pour visionner une vidéo captée par le couple.

Entourés par le feu

La résidence du couple se trouve au sud de la ville, près de l’autoroute, mais l’évacuation n’a pas été facile. «Pour un trajet d’un kilomètre environ, ça nous a pris une heure pour se rendre à l’autoroute. J’ai tenté de prendre un raccourci dans une cour de motel, mais un autre automobiliste m’a dit de ne pas partir par là. Le feu arrivait de l’autre côté du motel», a raconté M. Beaulieu.

Mme Pouliot a avoué qu’ils ont pensé mourir pendant un moment quand ils s’en allaient et que le feu avait atteint chaque côté de la route. «Il y avait de la fumée noire partout et nous ne pouvions pas voir loin devant nous. Les vidéos qui ont circulé sur le Web et où l’on voit le feu tout autour des voitures, on l’a vécu. C’est une expérience que nous ne souhaitons à personne.»

Moments d’angoisse

Après avoir quitté Fort McMurray mardi, le couple s’est réfugié à Anzac, à environ une demi-heure au sud de leur résidence. Ils ont toutefois dû dormir dans leur camionnette puisque déjà la petite municipalité de 700 habitants avait été envahie par de nombreux réfugiés. Mercredi, ils se sont dirigés vers Lac La Biche, un hameau situé à trois heures au sud de Fort McMurray, où ils ont pu trouver une chambre d’hôtel pour y passer la nuit de mercredi à jeudi. Ils prévoyaient encore y rester jeudi soir et partir pour Edmonton vendredi afin de laisser la place aux gens évacués provenant d’Anzac.

M. Beaulieu a perdu la connexion avec les caméras situées à l’intérieur et à l’extérieur de sa propriété dans la journée de mercredi. Au moment d’écrire ces lignes, il ne savait pas si sa maison était encore intacte. «Nous savons que le feu s’est propagé à plusieurs bâtiments près de chez nous, nous pensons que notre maison sera correcte, mais nous n’en sommes pas certains.»

Selon lui, le gouvernement d’Alberta aurait dû intervenir bien avant. «Le feu faisait rage, mais on dirait que les autorités ont pris du temps à prendre la situation au sérieux. Peut-être auraient-ils pu le contenir s’ils avaient agi avant», a-t-il déploré.

Un peu comme tous les évacués, André et Marise sont maintenant dans l’attente. Ils ne croient pas pouvoir revenir chez eux avant quatre à huit jours. «C’est triste parce que c’est une belle communauté. J’y travaille depuis 2008. Mon employeur nous a d’ailleurs contactés pour savoir si nous étions en sécurité ou si nous avions besoin d’aide. Nous sommes très bien traités. Maintenant, il ne reste plus qu’à prier pour que tout se termine le plus rapidement possible», a conclu M. Beaulieu.

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