Galerie souterraine bouchée à East Broughton

Galerie souterraine bouchée à East Broughton
La MRC indique qu'il reste à procéder à la remise en état des lieux

La MRC des Appalaches a octroyé, sans appel d’offres, un contrat pour déboucher une galerie souterraine sur un ancien site minier à East Broughton. Le montant final des travaux s’élève à 2,7 millions : une facture salée que personne ne veut payer et dont le bien-fondé est remis en question.

Ni la municipalité d’East Broughton ni les propriétaires actuels du terrain ne veulent payer la somme que la MRC a avancée pour faire déboucher une vieille galerie souterraine creusée à l’époque du site minier de la Québec Asbestos. Les propriétaires, qui ont reçu dernièrement une facture de 1 380 000 $, ne comprennent pas pourquoi la MRC a décidé de restaurer un conduit qui est bouché depuis plus de 75 ans, alors que selon eux des solutions plus faciles et moins coûteuses étaient possibles.

 

La MRC croit que ce tunnel, enfoui 30 pieds sous terre, est responsable des débordements d’eau qui occasionnent chaque année des dommages. Rappelons qu’en avril 2010, une importante coulée de boue, en provenance de l’ancien site minier, avait causé des dégâts majeurs à East Broughton. Les pluies abondantes de l’année dernière, combinées au problème d’écoulement des eaux, ont également entrainé des inondations résidentielles.

 

La MRC dit donc avoir agi dans l’urgence. Elle ajoute ne pas avoir lancé d’appel d’offres, afin d’accélérer la réalisation des travaux. « Si la MRC ne faisait rien et qu’il se reproduisait un événement, c’est elle qui aurait été tenue responsable, car les cours d’eau relèvent de leur champ de compétence », confirme Kaven Mathieu, le maire d’East Broughton, qui a envoyé une lettre officielle à la MRC en septembre dernier pour les sommer d’intervenir.

 

La directrice générale de la MRC,  Marie-Ève Mercier,  dit avoir regardé toutes les alternatives et avoir choisi la moins chère, compte tenu de la situation d’urgence. « C’est arrivé en période automnale ou tous les entrepreneurs étaient occupés. Finalement, on a été voir Palmer [à St-Julien]. On a aussi regardé avec deux autres firmes d’ingénieurs avant, mais ils sont venus sur les lieux et ont refusé de le faire », se défend Mme Mercier. C’est finalement SNC-Lavalin qui a supervisé les travaux. « Au départ non, on ne connaissait pas l’étendue des coûts, mais on a quand même regardé les coups de main d’œuvre de Palmer et ils étaient vraiment moindres que les autres », ajoute Mme Mercier.

 

Une facture surprise

Les propriétaires Michel Groleau et André Vachon n’en reviennent tout simplement pas que la MRC ait dépensé 2,7 millions de dollars pour nettoyer la galerie : « Ils ont pris la solution la plus difficile, la plus coûteuse, avec les personnes qui avaient le moins d’expérience », lance M. Vachon.

 

Le préfet de la MRC, Ghislan Hamel, explique qu’il ne s’attendait pas à ce que ça coûte si cher, mais il croit que le montant se justifie par l’ampleur des travaux qu’il fallait exécuter. « La grosse problématique est que c’était sous terre. Il a fallu que des ingénieurs miniers vérifient la solidité du tunnel et qu’ils assurent la sécurité des gens qui allaient creuser en dessous. Ça se faisait mètre par mètre et il y avait une surveillance continuelle », précise M. Hamel. Mme Mercier abonde dans le même sens : « On parle de travaux sur 244 mètres environ, d’une profondeur d’une trentaine de mètres. C’était colmaté d’un bout à l’autre. Quand ça allait bien, ça avançait à raison de 12 mètres par jour. C’était vraiment ardu. On ne pouvait pas envoyer quarante ouvriers en même temps. »

 

Une intervention justifiée?

Le président de l’association de chasse et pêche des Cantons de Broughton, M.Groleau, rage : « Déboucher le tunnel, c’est une dépense complètement inutile. C’est ridicule! Ce qu’il fallait faire, c’est poser un tuyau qui traverse les dumps et l’enterrer. Ça aurait coûté beaucoup moins cher et ça aurait été réglé pour toujours ».

 

« Ils nous ont dit que ça coûtait cher épouvantable de déplacer le cours d’eau, mais ils ont complètement menti! Ça n’a pas de bon sens », s’indigne à nouveau M. Groleau. M. Vachon, le président de Pierre Stéatite, ajoute qu’il aurait pu procéder à l’installation du tuyau en question en moins de deux semaines. À cet argument, la directrice de la MRC répond qu’elle avait comme mandat de rétablir le libre écoulement des eaux et non de changer le cours d’eau de place.

Un héritage de la Québec Asbestos

Décidément, personne ne veut être tenu responsable de ces galeries souterraines, creusées à l’époque de Québec Abstestos. La municipalité d’East Broughton croit qu’il s’agit en effet d’un problème beaucoup plus large que la simple gestion des cours d’eau : « Il y a une question de mine dans tout ça. La demande que la municipalité fait, c’est d’avoir accès à un fonds de réhabilitation des sites miniers, pour pouvoir payer la facture », lance le maire Mathieu.

 

« On avait déjà rencontré M. Lessard à ce sujet-là, mais avec l’arrivée des élections, ça a un peu bousculé les choses. Je ne suis pas entré en contact avec le nouveau gouvernement, mais vous comprendrez qu’avec ma récente candidature, j’ai de bons contacts. On va faire nos demandes », déclare l’ancien candidat péquiste dans Lotbinière-Frontenac.

 

Pour Kaven Mathieu, une chose est certaine : pas question que ce soient les citoyens d’East Broughton qui en pâtissent. « Il est clair que jamais je n’accepterais que les citoyens payent », a-t-il déclaré sans détour.

 

Lorsqu’ils ont été mis au parfum de cette déclaration, M. Groleau et M. Vachon sont partis à rire. « J’espère que le club chasse et pêche, André Vachon et Marco Giguère font partie des citoyens d’East Broughton. On reste à East Broughton, on est des citoyens d’East Broughton, donc on ne payera pas! », ricanaient les deux propriétaires.

 

Ces derniers n’ont pas non plus été très cléments à l’égard de la municipalité d’East Broughton. « Nos propositions ont été rejetées du revers de la main par M. le maire d’East Broughton », croit M. Groleau. « On avait la solution bien avant qu’arrive [les inondations d’avril dernier]. Tous les ans, l’eau montait jusqu’au sommet des dumps et on leur disait : il va vous arriver des bad luck avec ça, mais la municipalité n’est jamais intervenue », ajoute-t-il.

 

Une situation urgente?

M. Groleau est propriétaire du terrain depuis une vingtaine d’années et il assure qu’il est allé voir la municipalité à plusieurs reprises pour exposer ce problème de rétention d’eau. Ces avertissements n’ont pas été écoutés, répète-t-il. Il a donc beaucoup la difficulté à comprendre cette soudaine situation « d’urgence » qui justifie l’octroi du contrat sans appel d’offre.

 

« Ça fait 75 ans que ce tunnel est bouché et qu’il n’y a rien qui se fait. Puis, du jour au lendemain, ça devient une urgence. »  M. Groleau cherche encore à comprendre ce revirement de situation. « Si ça a bloqué quelque part, c’est sûr que ce n’était pas au niveau de la MRC, parce qu’on n’avait jamais eu vent du problème avant la lettre de la municipalité en septembre dernier », soutient Mme Mercier.

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