Jean-Marie Bégin : le briseur d’enfance

Jean-Marie Bégin : le briseur d’enfance

Pierre Bolduc tient une pancarte contenant une photo de lui à 12 ans et deux photos de son agresseur

THETFORD – Jean-Marie Bégin a évolué comme curé et responsable de pastorale dans la région des années 1950 à 1970 et à Québec jusqu’à son suicide en 1986. Pour plusieurs, il a été un représentant de Dieu, un enseignant et un confident, mais pour quelques garçons de sa paroisse, il a été celui qui leur a volé leur enfance.

Quatre victimes de sévices sexuels de la part de l’abbé Bégin ont pu être identifiées dans la région, soit Denis Cloutier, Pierre Bolduc, Jean Poulin et Jean-Yves Tardif, mais il en aurait aussi fait au moins trois autres selon ces derniers. Après diverses démarches auprès des autorités, ces victimes ont décidé de se confier au COURRIER FRONTENAC afin de raconter leur histoire puisqu’aucun autre recours n’est possible pour eux. 

Alors que pour Denis Cloutier, le calvaire a duré près de 15 ans, celui de Pierre Bolduc, Jean Poulin et Jean-Yves Tardif n’a duré que le temps d’un moment durant leur enfance, mais les a tout de même marqués pour la vie.

Allant des caresses aux attouchements, des baisers sur la bouche aux fellations et jusqu’aux relations complètes, les gestes du curé Bégin, originaire de Saint-Évariste-de-Beauce, ont été commis pour la première fois sur ces jeunes alors qu’ils n’étaient âgés que de 8 à 12 ans. Outre Denis Cloutier, les autres victimes proviennent d’un milieu presque semblable, famille nombreuse, parents avec peu d’argent et un besoin d’attention que Jean-Marie Bégin avait identifié.

Son manège commençait par des invitations à servir la messe, à travailler au presbytère de Robertsonville ou à son chalet du Lac de l’Est à Saint-Joseph-de-Coleraine. Ces enfants d’un milieu démuni pouvaient donc gagner un peu d’argent grâce au curé Bégin qui était devenu un bienfaiteur pour eux. L’intérêt de l’homme d’Église ne s’est toutefois pas arrêté là.

Les sévices sur ces quatre victimes ont été commis principalement au presbytère de Robertsonville, au chalet du Lac de l’Est appartenant à Jean-Marie Bégin, dans sa voiture et dans des motels de Québec. Les jeunes allaient souvent dormir au presbytère tandis que les parents faisant confiance à l’homme d’Église afin de s’occuper de leur enfant.

De paroisse en paroisse

Jean-Marie Bégin, né dans les années 1920, a fait ses études dans le quartier Saint-Maurice de Thetford, à Saint-Victor-de-Beauce, au Séminaire de Québec et à l’Université Laval. Il a été ordonné prêtre en juin 1953 et a alors été nommé vicaire à l’église La-Présentation-de-Notre-Dame à Thetford de 1953 à 1955, en plus d’être aumônier diocésain de la Jeunesse ouvrière catholique durant les mêmes années.

 

Il a ensuite été aumônier diocésain de la Ligue ouvrière catholique à Thetford de 1955 à 1962. C’est lors de cette période que l’abbé a rencontré Denis Cloutier. Jean-Marie Bégin l’a pris sous son aile et en a fait son « projet », de l’âge de huit ans et jusqu’à son mariage.

En 1963, l’abbé Bégin est devenu professeur de catéchèse au Collège classique de Thetford, jusqu’à 1969, pour ensuite devenir curé à Robertsonville et responsable régional de la pastorale scolaire au primaire. C’est alors qu’il a fait ses trois autres victimes identifiées, Pierre Bolduc, Jean Poulin et Jean-Yves Tardif, alors que le calvaire de Denis Cloutier se poursuivait depuis dix ans.

Après son passage de six ans à Robertsonville, le curé Bégin est devenu, en 1973, secrétaire et animateur de pastorale de la région de l’Amiante. Il a aussi été curé à Saint-Jean-Baptiste-Vianney.

Sa carrière s’est subséquemment poursuivie dans la région de Québec. D’abord à Duberger où il a été curé et responsable de la pastorale dans la région de Lorette, de 1976 à 1982, et ensuite à Beaupré, encore comme curé de la paroisse, entre 1982 et 1983.

Il a finalement été aumônier chez les religieuses de Jésus-Marie à Lauzon avant de se suicider à son chalet du Lac de l’Est en 1986, où il avait agressé ses victimes. Celui qui a dû aller identifier le corps a été Denis Cloutier. Cet événement a rouvert la plaie qui n’est toujours par refermée aujourd’hui. 

Malgré le décès du curé, les quatre victimes, Denis Cloutier, Pierre Bolduc, Jean-Yves Tardif et Jean Poulin veulent dénoncer ce qu’il leur a fait subir. Pour se libérer d’un poids, mais aussi pour ne plus taire ce secret qu’ils ont enfoui au plus profond d’eux pendant tant d’années.

Aucun recours possible

Présentement, il n’existe aucun recours juridique possible pour les victimes de Jean-Marie Bégin. Il n’a jamais eu à vivre les conséquences de ses gestes devant la justice puisque jusqu’à tout récemment, ce type d’histoire était considéré tabou dans la société québécoise. Il l’est d’ailleurs encore pour plusieurs, même si on en entend de plus en plus parler, surtout grâce au recours collectif contre les Rédemptoristes à Québec.

Le délai de prescription en cour civile pour les victimes de sévices sexuels a été augmenté à 30 ans par le gouvernement au printemps 2013, alors qu’il était de trois ans auparavant. Néanmoins, pour les quatre victimes en question, ce délai reste trop court puisqu’elles ont subi ces abus il y a 40 à 50 ans. Les victimes de prêtre à travers le Québec mènent actuellement un combat afin d’abolir ce délai de prescription.

Au diocèse de Québec, aucun commentaire n’a pu être reçu pour cette affaire. « Le diocèse de Québec ne commente pas publiquement des allégations, mais invite toutes personnes à communiquer avec lui pour partager des informations concernant des cas d’inconduite ou d’abus sexuels », a déclaré le directeur des communications du diocèse, Jasmin  Lemieux-Lefebvre.

Le diocèse offre par contre un service de soutien aux personnes désirant porter plainte. Il existe d’ailleurs un protocole pour ce type de cas qui, selon M. Lemieux-Lefebvre, démontre clairement la tolérance zéro du diocèse.

En plus de l’Association des victimes de prêtres (www.victimesdepretres.org), un nouveau regroupement existe pour les hommes victimes d’agression sexuelle. Le groupe « Victimes d’agression sexuelle au masculin (VASAM) » peut être rejoint par le biais de son site Web au www.vasam.ca.

 

À lire: Quatre victimes, quatre histoires, un même calvaire

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