L’APTS sonne l’alarme, le CISSS-CA veut se faire rassurant

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Par Jean-Hugo Savard
L’APTS sonne l’alarme, le CISSS-CA veut se faire rassurant
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Le départ de cinq technologistes médicaux à l’hôpital de Thetford Mines depuis les six derniers mois préoccupe l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) de Chaudière-Appalaches.

D’après la représentante nationale Mélanie Lapointe, un bris de service au laboratoire d’analyses biomédicales est imminent. « La situation est très problématique. Ils ne sont plus que 14 actuellement en poste au lieu de 19, ce qui représente une perte de 26% des effectifs du laboratoire qui couvre les services de l’hôpital de Thetford Mines. »

Elle souligne qu’un bris de service signifie que les opérations majeures seront reportées ou déplacées en dehors du territoire, que les soins intensifs se trouveront eux-mêmes sur le respirateur artificiel, qu’il faudra détourner des ambulances et que les accouchements ne pourront plus avoir lieu à l’hôpital de Thetford Mines en raison du manque de personnel à la banque de sang.

« La crise actuelle de pénurie de main-d’œuvre est la conséquence directe de la dévalorisation de la profession et du manque de considération du gouvernement pour les besoins en ressources humaines en lien avec la réforme Optilab implantée en Chaudière-Appalaches depuis le 1er avril 2017. Nous sommes portés à croire que si ce que nous voyons chez nous est un indice de ce qui attend la santé ailleurs au Québec, c’est très inquiétant », a déclaré Mme Lapointe.

Elle souligne que l’APTS a fait des représentations à maintes reprises pour aviser le Centre intégré de santé et de services sociaux de Chaudière-Appalaches (CISSS-CA) des risques réels en termes d’exode, de dévalorisation de la profession, de surcharge de travail, ainsi que de l’usage qu’elle qualifie d’excessif du recours au temps supplémentaire obligatoire. « Nous craignons avoir atteint un point de non-retour. Nous sommes allés à la rencontre des salariés sur le terrain. Ils sont épuisés et pensent sérieusement à quitter le milieu. Le bris de service est à nos portes. Actuellement, nous parvenons à éviter les hémorragies. »

Selon le syndicat, les solutions apportées par les gestionnaires du CISSS-CA ratent la cible. Il estime qu’il est temps qu’ils collaborent avec le personnel pour déployer les bonnes mesures, au bon moment et de la bonne façon. L’APTS avance qu’il faudrait qu’ils commencent par mettre à jour la planification de la main-d’œuvre, en collaboration avec son équipe sur place. « Le CISSS-CA doit tenir compte des réalités et des capacités locales dans le but d’offrir les meilleures conditions de travail pour recruter et surtout pour retenir l’expertise actuelle, notamment en cessant le recours excessif au temps supplémentaire obligatoire », a soutenu Mme Lapointe.

Elle croit aussi que le gouvernement du Québec pourrait agir, notamment en incluant la région de Chaudière-Appalaches au Programme de bourses d’études du ministère de la Santé et des Services sociaux.

Le CISSS-CA se montre rassurant

En réaction, la directrice adjointe à la direction des services multidisciplinaires au CISSS-CA, Mélanie Bernard, s’est voulue rassurante vis-à-vis la population. « Tous nos hôpitaux, dont celui de Thetford, conservent sur place les analyses qui requièrent un court délai de réponse. Nous envoyons celles qui sont non urgentes ailleurs, mais il n’y a pas d’impacts au niveau des citoyens. »

Elle a ajouté que la gestion des ressources humaines est préoccupante partout. « Nous misons beaucoup sur le temps supplémentaire volontaire et nous voulons éliminer le temps supplémentaire obligatoire de notre jargon. Non, il n’y a pas de bris de service et nous voulons que cela demeure. Nous travaillons fort pour stabiliser les équipes en conséquence. »

Elle a confié ne pas avoir été surprise par la sortie médiatique de l’APTS. « Le projet Optilab n’a jamais fait l’unanimité du côté du syndicat. Celui-ci repose sur la centralisation des analyses non urgentes vers un laboratoire serveur situé à Lévis et sur l’automatisation. Nous avons maintenant des chaînes d’analyses qui se substituent à des humains. Elles permettent d’obtenir des résultats qui répondent aux standards de qualité. Son objectif en est un de spécialisation, mais il visait aussi à répondre à la pénurie de main-d’œuvre qui était déjà anticipée. »

Mme Bernard a d’ailleurs affirmé croire en Optilab. « Je pense que nous serions en bien mauvaise posture aujourd’hui en termes de main-d’œuvre si nous n’avions pas actualisé ce projet dans les dernières années. »

D’après la directrice adjointe des services multidisciplinaires, les technologistes médicaux occupent un rôle essentiel. « Comme l’affirme le syndicat, pas de laboratoires, pas d’hôpitaux. Nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas avoir de technologistes médicaux dans nos laboratoires. C’est impensable. »

Elle a souligné que l’APTS est un partenaire important. « Depuis le début du projet Optilab, nous avons des comités et nous réfléchissons ensemble. Souvent, nous arrivons à nous rejoindre dans la mise en place de solutions. Nous avons tous intérêt à travailler ensemble et nous le faisons. »

Enfin, Mme Bernard a précisé que le CISSS-CA mise beaucoup sur le recrutement et à faire valoir ce type d’emploi. « Nous explorons aussi la faisabilité de nous tourner vers l’international pour soutenir nos démarches. Du côté technologique, nous sommes aussi à l’affut de toutes les opportunités que nous avons pour automatiser davantage nos laboratoires. Tout est en œuvre pour avoir des équipes complètes et stables dans le temps », a-t-elle conclu.

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