Les producteurs laitiers se dressent contre l’importation de lait diafiltré

Réunie devant la Fromagerie La Bourgade à Thetford Mines hier, la filière laitière de Chaudière-Appalaches-Sud a fait le point sur le dossier du lait diafiltré. L’objectif de leur croisade : convaincre le gouvernement fédéral de mettre fin à son importation.

L’arrivée des produits laitiers au Canada est limitée par des tarifs douaniers, un contrôle en lien avec le bon fonctionnement de la gestion de l’offre. Toutefois, depuis la fin des années 1990, des ingrédients laitiers entrent au pays sans tarifs en utilisant des failles du classement tarifaire pour contourner les limites d’importation. Les isolats de protéines laitières (IPL) et le lait diafiltré, des concentrés de protéines laitières, remplacent de plus en plus la protéine du lait frais canadien dans la transformation.

Selon les Producteurs de lait du Québec, leur importation a atteint plus de 32 000 tonnes en 2015, causant des pertes de plus de 200 millions $ aux producteurs et menaçant ainsi la gestion de l’offre et l’avenir des fermes laitières canadiennes.

«Ces produits sont choisis pour l’importation puisqu’ils permettent d’éviter les tarifs douaniers et la limite d’utilisation prévue par les normes de composition des fromages au Canada» a expliqué le président des Producteurs de lait de Chaudière-Appalaches-Sud, Bruno Cyr.

En 2007, afin de limiter les dommages liés à l’importation de concentrés de protéines laitières, le gouvernement a mis en place des normes de composition des fromages. Celles-ci établissent un pourcentage minimum de protéines devant contenir du lait dans le fromage et limitent l’ajout d’ingrédients laitiers tels que les IPL pour compléter la recette de fabrication. Néanmoins, en 2013, l’arrivée du lait diafiltré a ramené le problème.

«Cette situation est connue des autorités gouvernementales depuis au moins deux ans, mais n’est toujours pas réglée, a soutenu M. Cyr. La solution au problème est politique. Le gouvernement libéral a montré, dans plusieurs dossiers, qu’il est capable d’agir rapidement.»

Luc Berthold promet son soutien

Présent lors de la conférence de presse le 6 avril, le député conservateur de Mégantic-L’Érable, Luc Berthold, a promis que ses collègues et lui allaient continuer à passer le message au gouvernement pour que les producteurs laitiers soient entendus. Il a également souligné le fait que les Américains exportant le lait diafiltré au Canada ne l’utilisent même pas eux-mêmes pour fabriquer leur fromage.

«C’est assez incroyable de penser qu’il y a un produit ayant été créé pour détourner nos lois et notre système de gestion de l’offre afin qu’ils puissent écouler leur lait pendant qu’ici, nous nous demandons quoi faire avec», a affirmé le député.

Le lait diafiltré

La technologie permet de produire un concentré liquide, le lait diafiltré, dosant environ 15 % de protéines. Cette technologie utilise l’ultrafiltration du lait écrémé pour en retirer le lactose et les minéraux pour ne conserver que la protéine et l’eau. Le résultat est beaucoup plus fonctionnel et plus simple à utiliser dans la fabrication des produits laitiers parce qu’il n’a pas à être réhydraté.

Mentionnons que les producteurs de lait ont choisi la Fromagerie La Bourgade comme lieu de rencontre puisque cette dernière utilise exclusivement du lait de la région de Thetford dans la fabrication de ses produits.

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