Passif minier : l’APLTI interpelle les candidats en cette période électorale

Communiqué

Passif minier : l’APLTI interpelle les candidats en cette période électorale
L'APLTI souhaite que le passif minier des lacs fluviaux de la rivière Bécancour devienne un enjeu électoral. (Photo : gracieuseté)

L’Association de protection du lac à la Truite d’Irlande (APLTI) interpelle les candidats des partis politiques dans les circonscriptions de Lotbinière-Frontenac et d’Arthabaska en cette période électorale et les presse de se positionner sur la dépollution de la rivière Bécancour, secteur de la Haute-Bécancour.

En juin 2017, une étude paléolimnologique des lacs du bassin versant de la rivière Bécancour, initiée par l’APLTI, mais sous la supervision du Groupe de concertation des bassins versants de la zone Bécancour (GROBEC) s’est terminée avec un rapport final au mois de mai 2022. Cette étude a mené à une autre publication scientifique dans la Revue canadienne des ressources hydriques intitulée « Impacts des activités minières d’amiante sur l’évolution du lac à la Truite d’Irlande, Région de Thetford Mines (Québec, Canada) – Olivier Jacques & Reinhard Pienitz (2022).

Voici deux extraits de leurs conclusions de cette publication scientifique:

            La présente étude a permis de mettre en évidence plusieurs impacts des activités minières d’amiante et de leurs vestiges sur le lac à la Truite d’Irlande du réseau hydrographique de la rivière Bécancour.

            La perte du lac Noir a également facilité l’arrivée d’eaux usées et de nutriments en provenance de la ville de Thetford Mines au lac à la Truite, ce qui a entrainé son eutrophisation très rapide.

En juillet 2020, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) déposait son rapport sur « État des lieux et la gestion de l’amiante et des résidus miniers amiantés au Québec ». Dans ce document, au chapitre 7, le BAPE constate l’impact significatif de l’érosion et du ruissellement des haldes de résidus miniers amiantés (RMA) sur la qualité de l’eau. Dans leurs principes directeurs, les commissaires mentionnent que la restauration et la végétalisation des haldes de résidus miniers amiantés en bordure des cours d’eau sont prioritaires.

À la suite de ce rapport du BAPE, le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charrette a déposé le 16 juin dernier au nom du gouvernement du Québec, son Plan d’action 2022-2025 – Vers la transformation d’un passif en un actif durable. En ce qui concerne les eaux de surface, de la mesure 4 du plan, le gouvernement du Québec mettra en place, durant trois années consécutives, un premier bloc de suivi sur les deux bassins versants concernés, soit Bécancour et Nicolet Sud-Ouest.

« Certes, nous avons été déçus, trois ans de suivi, mais aucune action de dépollution de la rivière Bécancour vers un actif durable, trois autres années à se faire sédimenter par les résidus miniers amiantés de Black Lake et envaser par les eaux usées de nos municipalités voisines », déplore Réjean Vézina, président de l’APLTI.

LA SOLUTION

À l’automne 2020, l’APLTI a mandaté l’ingénieur en hydrologie, Miroslav Chum, d’évaluer la possibilité de retourner la rivière Bécancour dans son ancien lit (lac Noir) devenu le lac d’amiante. Lors de la remise de son rapport, il conclut que « naturellement, cette intervention sera nettement favorable pour décanter les matières en suspension et pour améliorer plusieurs aspects hydrologiques et écologiques du cours d’eau. Actuellement, ces matières se déposent dans les plans d’eau localisés plus en aval » (Étang Stater, lac à la Truite, lac William).

La Semaine Verte, dans son émission « Restaurer l’impossible » du 23 octobre 2021, (segment de 20 :50 à 22 :14) démontre d’une façon remarquable cette solution pour améliorer à court, moyen et long terme la qualité de l’eau des lacs fluviaux en aval.

La science le confirme, voici un extrait des recommandations du rapport de l’étude paléolimnologique – Olivier Jacques & Reinhard Pienitz (2022) :

            Aménager un bassin de rétention des nutriments et des sédiments sur le parcours de la rivière Bécancour, entre le secteur de Thetford Mines et l’étang Stater. Par exemple, la rivière Bécancour pourrait être détournée vers le puits minier de la mine Lac d’Amiante. Voir analyses et propositions de Chum (2020) et le « Plan de contrôle des sédiments amiantés du secteur minier de la Haute-Bécancour (Thetford Mines) 2022-2027 » (GROBEC, 2022).

D’autres extraits de leur conclusion dans leur rapport :

            La plus grande contribution de ce projet d’études paléolimnologiques aura probablement été de démontrer pour la première fois à l’aide d’évidences scientifiques solides que les haldes minières de la région de Thetford Mines s’érodent de façon massive vers la rivière Bécancour. Nous avons établi que l’étang Stater et les lacs à la Truite et William avaient conséquemment des taux d’accumulation en sédiments anormalement élevés, voire extrêmes.

            Nous encourageons fortement les intervenants locaux, régionaux et gouvernementaux à maintenir les efforts pour la préservation et le rétablissement des lacs du bassin de la rivière Bécancour. Les problématiques environnementales qui affectent les écosystèmes aquatiques de la région de Thetford Mines ont trop longtemps été négligées et sous-étudiées. Toute amélioration à leur état ne sera que bénéfique pour l’ensemble de la région.

Les principes suivants parmi les seize de la Loi sur le développement durable devraient être appliqués pour la réappropriation du lit de la rivière Bécancour à son ancien puits « Lac Noir » devenu le lac d’amiante :

            Prévention : En présence d’un risque connu, des actions de prévention, d’atténuation et de correction doivent être mises en place, en priorité à la source;

            Précaution : Lorsqu’il y a un risque de dommage grave ou irréversible, l’absence de certitude scientifique complète ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives visant à prévenir une dégradation de l’environnement;

« Depuis le début des années soixante que des concitoyens se sont mobilisés pour la dépollution de ce  tronçon de la rivière Bécancour. Si ce tronçon s’était trouvé à Montréal ou Québec, ça ferait longtemps que le dossier serait fermé. Prenez le cas de la rivière Saint-Charles à Québec, elle qui était autrefois, dans les années soixante, l’une des rivières les plus polluées en Amérique du Nord. Ses rives ont été bétonnées, par la suite des actions ont été prises pour procéder à la restauration et la naturalisation de ses berges », souligne M. Vézina.

Il ajoute que ce serait la première fois que des candidats provinciaux feraient un enjeu électoral sur une rivière fortement polluée. « Lequel de ces candidat(e)s osera le faire en premier et sera-t-il ou sera-t-elle appuyé(e) par son parti? Est-ce qu’il y aura une volonté politique lors du prochain gouvernement à restaurer ce tronçon de la rivière Bécancour», se demande M. Vézina.

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