Situation préoccupante dans les urgences de la région

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Par Jean-Hugo Savard
Situation préoccupante dans les urgences de la région
Hôpital de Thetford Mines (Photo : Courrier Frontenac - Jean-Hugo Savard)

Le taux d’achalandage dans les urgences des quatre hôpitaux du Centre intégré de santé et de services sociaux de Chaudière-Appalaches (CISSS-CA) est considérablement élevé à ce temps-ci de l’année. La situation est d’ailleurs qualifiée d’exceptionnelle et de préoccupante.

Le mardi 19 juillet en matinée, le taux d’occupation à l’urgence de Thetford Mines avait atteint les 180 % (18 civières occupées sur les 10 autorisées). Il était au même moment de 140 % à Montmagny, de 135 % à l’Hôtel-Dieu de Lévis et de 81 % à Saint-Georges. Les données ont varié depuis, mais il n’en demeure pas moins que le contexte est difficile dans tous les secteurs d’activité selon la directrice des soins professionnels, Dre Monique Saint-Pierre.

« Ce à quoi nous assistons, ce n’est pas quelque chose que nous voyons habituellement durant la période d’été. Les virus saisonniers sont moins présents, les gens sont en vacances et le nombre de chirurgies ralentit puisque les patients sont moins disponibles. Actuellement, les cas de COVID augmentent et les hospitalisations aussi. Nous avons en même temps une pénurie importante de personnel qui s’est aggravée depuis la pandémie. Plus de gens sont malades et des employés doivent être retirés. C’est une situation très préoccupante qui sévit à l’échelle du Québec. »

Dre Saint-Pierre croit que la 7e vague est à son sommet et souhaite que le nombre de patients aux urgences diminue rapidement. « Ceux que nous voyons en ce moment sont malades et ont besoin d’être là. Nous ne sommes pas au stade de demander aux gens d’éviter nos urgences, mais nous leur recommandons de communiquer avec Info-Santé/Info-Social au 811 s’ils ont besoin de renseignements. »

Elle ajoute que le CISSS-CA travaille actuellement à consolider l’organisation de ses services de première ligne en raison du manque de médecins de famille qui sont eux aussi surchargés en clinique. « Je le répète, c’est vraiment une conjoncture exceptionnelle en période estivale. Nous rencontrons des enfants avec des infections virales que nous voyons habituellement en hiver. Cela complique aussi les choses. »

La directrice des soins professionnels estime qu’il y a encore un coup de barre à donner au Québec entourant la difficulté pour plusieurs personnes de se trouver un médecin de famille et ainsi éviter de se rendre à l’urgence pour des problèmes de santé mineurs. « Ça fait plusieurs années que le rôle de certains professionnels a été élargi, mais que cela n’est pas encore bien connu dans la population. Le guichet d’accès pertinence qui est en train de se mettre place pourra référer le patient vers le professionnel qui peut lui donner la meilleure réponse et souvent ce n’est pas toujours le médecin, ça peut être un autre professionnel. Historiquement dans le réseau de la santé, la porte d’entrée était le médecin de famille ou celui à l’urgence. La population est vieillissante et plus malade, le portait change, mais je pense que l’organisation des soins doit aussi évoluer. Nous travaillons pour que les cas les moins urgents puissent être référés vers les cliniques de médecine familiale. La pénurie fait en sorte que ça prend un peu plus de temps à se concrétiser. »

Des employé(e)s à bout de souffle

D’après des informations obtenues à l’interne, le regroupement des départements de médecine et de chirurgie de l’hôpital de Thetford occasionnerait une lourdeur à l’urgence. Le manque de personnel sur le plancher, la hausse des consultations, le temps supplémentaire obligatoire et la rétention des patients qui doivent attendre parfois plus de 24 heures avant d’obtenir un lit à l’étage seraient de plus en plus difficiles à gérer. Plusieurs employé(e)s seraient à bout de souffle et songeraient à démissionner.

« Le regroupement a été fait justement parce qu’il ne restait pas assez de personnel pour couvrir l’ensemble des lits. Il devait y en avoir une vingtaine de fermés, mais ils ne le sont pas tous. L’urgence connait une situation d’achalandage exceptionnelle. Cela a été fait parce qu’il restait à peu près 40 % des ressources sur le plancher au niveau de la médecine et un peu plus en chirurgie. Si nous avions laissé les choses comme elles étaient, si du personnel infirmier tombait malade, nous risquions ne nous retrouver dans un contexte où les soins offerts n’auraient pas été sécuritaires. L’autre élément important était de donner une certaine période de repos à nos employé(e)s. »

Dre Saint-Pierre soutient que ce regroupement aurait eu moins d’impact si le taux d’occupation à l’urgence était plus bas. « Nous devons tenir compte qu’il y a un grand manque de main-d’œuvre. Nous essayons d’équilibrer la charge entre les gens qui sont sur les étages et les équipes à l’urgence. Ce n’est pas une situation facile ni d’un bord ni de l’autre. Nous devons composer avec un manque de ressources partout et un achalandage qui a augmenté de plus de 20 % au cours des trois derniers mois. »

Malgré tout, elle affirme que les soins offerts à l’urgence et aux étages sont sécuritaires. « Actuellement, oui. Quand l’achalandage devient beaucoup plus grand, nous détournons les ambulances vers d’autres sites ou encore nous transférons des patients ailleurs. Même si la situation n’est pas facile, les soins sont sécuritaires. »

Dre Saint-Pierre a tenu à lever son chapeau aux membres du personnel et elle espère que la situation va se stabiliser rapidement.

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