Un poids sur les épaules de toute une région

THETFORD – Les normes de santé-sécurité en lien avec le dossier des résidus miniers sont considérées par plusieurs comme une honte pour toute la région. En plus d’être un fardeau financier pour la Ville de Thetford Mines et ses environs, ces normes jettent une ombre sur le riche passé d’une communauté.

Selon une porte-parole de la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST), Hélène Simard, « la commission se base sur la section 3.23 du Code sécurité des travaux de construction (CSTC). Celle-ci mentionne les mesures à mettre en application pour prévenir l’exposition des travailleurs lors des travaux susceptibles d’émettre de la poussière d’amiante. »

Des études avaient d’ailleurs été effectuées sur le terrain il y a deux ans. « La caractérisation de certains sols dans le cadre de chantiers de construction à Thetford Mines en 2012 a révélé la présence de matériaux contenant de l’amiante, nettement supérieur à la norme. Au Québec un matériau contient de l’amiante lorsque sa concentration en amiante est d’au moins 0,1 %. Les travaux effectués sur ces matériaux sont susceptibles d’émettre de la poussière d’amiante », a révélé la porte-parole de la CSST.

« Des analyses de l’exposition des travailleurs, effectuées à l’automne 2012, ont révélé que des fibres d’amiante se retrouvent dans la zone respiratoire des travailleurs où il y a des travaux d’excavation de résidus miniers contenant de l’amiante, d’où la pertinence de considérer les actuelles exigences réglementaires dont notamment celles concernant la protection respiratoire », a-t-elle ajouté.

Des indices de l’implantation de ces normes ont eu l’effet d’une bombe à Thetford Mines la semaine dernière. En effet, les pancartes installées et l’équipement de protection porté par les travailleurs sur un chantier de construction sur la 9e rue Nord ont beaucoup fait jaser. Fait à noter, les pancartes ont été retirées dimanche dernier.

Les exigences de sécurité sont principalement imposées aux employés et entrepreneurs de la voirie locale lorsque les travaux se font en présence de résidus miniers. Par exemple, lors de chaque intervention pour la pose ou la réparation de conduites d’eau ou d’égouts dans la ville, l’installation de douche et le port de masque respiratoire autonome sont obligatoires.

Des études seront faites au cours de l’été pour documenter la situation. « Il y a lieu de déterminer si les dispositions actuelles sont appropriées pour l’exécution de travaux sur des sols contaminés et, s’il y a lieu, de définir de nouvelles exigences qui assureraient le niveau de protection adéquat selon le degré de risque des travaux effectués. À la suite de ces études, nous pourrons mieux évaluer s’il est possible de moduler les mesures de sécurité », a conclu Mme Simard. 

Rencontre au sommet pour dénouer l’impasse

La semaine dernière, le maire de Thetford Mines, Marc-Alexandre Brousseau, a rencontré le ministre du Travail, Sam Hamad, entourant ce problème. Cette rencontre s’est aussi faite en compagnie du député de Lotbinière-Frontenac, Laurent Lessard et des présidents et vice-présidents de la CSST. D’ailleurs, en visite à Thetford Mines lors de la dernière campagne électorale, le premier ministre Philippe Couillard avait promis à la population que le parti libéral allait revoir ces normes.

Lors de la rencontre, le maire Brousseau a exposé les impacts financiers du rehaussement des mesures de sécurité. « En frais directs, seulement pour cette année, c’est environ 340 000 $. Il peut y avoir aussi d’autres frais indirects, comme en perte de productivité pour les employés, si on devait appliquer toutes les normes exigées », a expliqué M. Brousseau.

M. Lessard et M. Brousseau ont également exposé les difficultés d’application pour l’ensemble des travaux immobiliers, tant publics que privés. « Il y a une incompréhension du rehaussement des exigences de sécurité alors qu’il n’y a pas eu de changement de règlements », a indiqué le député de Lotbinière-Frontenac. En effet, la population, les travailleurs et les entrepreneurs de la région veulent connaître les raisons qui ont amené la CSST à exiger des changements dans la gestion de tous les chantiers.

M. Brousseau se questionne notamment à savoir si les normes et protocoles d’intervention sont appropriés. Selon lui, les protocoles doivent être bonifiés en fonction du risque et ce dernier doit être mieux documenté

Le ministre du Travail, qui est notamment responsable de la CSST, a assuré qu’il suivra de près les travaux de la commission qui analyse en profondeur l’aspect scientifique du dossier des résidus. Il a aussi été convenu que Laurent Lessard fera régulièrement le suivi du dossier.

« Il est clair que les gens de la région veulent des réponses à leurs questions concernant la sécurité et mon collègue, le ministre Hamad, s’est dit sensibilisé aux problèmes vécus dans la région. Dans ce contexte, il faut plus de précisions quant à l’application des règlements et ainsi bien préciser le cadre d’intervention correspondant », a conclu M. Lessard.

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