Urgence d’agir pour éviter l’extinction du doré au Grand lac Saint-François

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Par Jean-Hugo Savard
Urgence d’agir pour éviter l’extinction du doré au Grand lac Saint-François
La population de dorés au Grand lac Saint-François aurait chuté de 90 % depuis les 30 dernières années. (Photo : EZ Fotos)

L’Association pour la protection du Grand lac Saint-François (APPGLSF) estime que des actions doivent être prises rapidement pour renverser la tendance à la baisse de la population de dorés qui perdure depuis une trentaine d’années.

D’après le président Michel Fournier, le troisième plus grand lac du Québec au sud du fleuve Saint-Laurent a perdu 90 % de sa population du doré jaune. « C’est incroyable. Nous en parlions entre nous, mais nous avons décidé de partager nos actions sur la place publique. Il y a des problèmes très visibles comme la présence de cyanobactéries ou encore le roseau commun qui envahit environ 95 % des rives du parc national de Frontenac, mais la perte d’une espèce, on ne le voit pas. Les gens pêchent, mais il n’y en a plus. »

Dans un document rédigé par le biologiste et vice-président de l’association André Vachon, en 1985, 46 % des prises au filet étaient des dorés. Ce pourcentage est passé à 23 en 1999 et à 8 en 2010-2011. Depuis, rien n’indique que la population de dorés est en train de se rétablir. Il indique que si la tendance se maintient, elle pourrait être en danger d’extinction considérant la forte réduction constatée depuis les 35 dernières années. 

Des mesures visant à limiter la surpêche comme les remises à l’eau ont été implantées au Grand lac Saint-François. Cependant, même si cela fait plus de dix ans qu’elle est en place, la population de dorés ne s’est pas rétablie.

Pour le président de l’APPGLSF, l’hypothèse de cette importante diminution est liée avec la mise en place par le gouvernement du Québec du programme de traitement des eaux usées dans les années 1990. Les municipalités de Saint-Romain, Stornoway et Nantes ont opté pour le même système, soit au moyen d’étangs non aérés à vidange périodique. 

« Les étangs non aérés sont vidangés une fois par année au printemps après la fonte des glaces. Cela est fait en prenant certaines précautions d’usage par l’utilisation de divers produits. La rivière Felton est la dernière qui reçoit ces rejets, mais c’est à cet endroit que les dorés vont pour se reproduire. Il s’agit d’ailleurs de l’une des principales frayères. Les pauvres poissons y retournent en même temps que la vidange des étangs. »

Dans le document du biologiste André Vachon, il est indiqué que cette période est la plus déterminante du cycle de vie du doré. « Tous les œufs et tout le futur de l’espèce sont concentrés au même endroit pendant cette période critique qui dure quatre semaines. Déjà, les études indiquent que le taux de survie des alevins (jeunes poissons) est très faible en temps normal. Dans les conditions plus stressantes avec les eaux usées des rejets, le taux de survie ne peut qu’être plus faible, voire nul », peut-on lire. 

Michel Fournier ne blâme pas les municipalités d’avoir choisi cette technologie il y a 30 ans. « Nous sommes en 2022. Il y en a une vingtaine au Québec qui utilisent encore des étangs d’épuration non aérés. L’alternative serait l’aménagement d’un étang aéré comme c’est le cas à Lambton, par exemple. »

Il reconnaît toutefois que cela pourrait engendrer des coûts importants pour ces municipalités qui n’ont pas nécessairement les moyens financiers nécessaires pour réaliser de tels travaux. 

Une rencontre avec des intervenants du ministère de l’Environnement est prévue d’ici les prochains mois. « Nous allons défendre notre hypothèse. Nous estimons que les étangs d’épuration non aérés n’ont plus leur raison d’être quand nous voulons protéger l’environnement. Cette façon de procéder est inacceptable. Nous voulons convaincre le ministère et les décideurs politiques de l’urgence d’agir pour corriger la situation », a-t-il soutenu. 

Le président de l’APPGLSF demeure optimiste. « Je pense qu’un jour, inévitablement, nous arriverons à changer les choses. Il me semble que l’évidence finira par l’emporter, mais en attendant, le ministère de l’Environnement cherche d’autres causes. De notre côté, nous croyons que la quantité de polluants rejetés dans la rivière Felton a causé la perte de dorés. Il ne faut pas attendre qu’il soit trop tard », a-t-il conclu.

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Jacques Routhier
Jacques Routhier
2 mois

Le Doré ne fraye plus dans la rivière Rat Muské non plus =pollution