Deux candidats de Lotbinière-Frontenac donnent la parole aux citoyens
Les candidats de Climat Québec, Charles-Eugène Bergeron, et de Démocratie directe, Violette L’Écuyer, dans Lotbinière-Frontenac, ont tenu hier matin, à la Ferme du Pirate de Sainte-Croix, une conférence de presse conjointe ainsi qu’une table ronde pour entendre la voix des citoyens sur l’occupation du territoire.
Par Mélanie Labrecque – Le Peuple Lotbinière – Collaboration spéciale
« Nous représentons deux formations politiques différentes. Nous n’avons pas nécessairement les mêmes réponses à toutes les questions. Aujourd’hui, c’est une conversation avec des citoyens directement concernés par des décisions prises sur leur territoire et qui doivent pouvoir être entendus », a expliqué la candidate de Démocratie directe, Violette L’Écuyer.
Cette dernière plaide pour que les citoyens aient une place plus importante dans le débat public lorsqu’une décision les touche directement, que ce soit au niveau du territoire, de l’environnement, de l’économie ou du milieu de vie. « Pour moi, consulter ne devrait jamais vouloir simplement dire informer les citoyens une fois que tout est décidé. »
Pour sa part, Charles-Eugène Bergeron souligne que les valeurs humaines doivent être prises en compte dans le débat public. La parole de chaque citoyen doit pouvoir être entendue.
Il est réaliste, il sait qu’ils ne seront pas élus le 5 octobre. Toutefois, il affirme qu’il ne s’arrêtera pas et travaillera à faire entendre les voix citoyennes et les enjeux environnementaux. « À partir du 6 octobre, il y aura seulement une personne à qui faire passer nos messages et nous allons le faire. »
« Nous pouvons reconnaître nos désaccords, travailler ensemble et créer un espace où les citoyens pourront poser leurs questions et se faire entendre. Les plus petites formations politiques ont, elles aussi, quelque chose à apporter au débat », a soutenu Mme L’Écuyer.
Enfin, Charles-Eugène Bergeron a invité tous les citoyens à se prononcer le 5 octobre et à aller voter, même si c’est pour annuler leur vote. « S’abstenir de voter et annuler son vote, ce sont deux choses différentes », a-t-il rappelé.
Éolien
Propriétaire de la Ferme du Pirate de Sainte-Croix depuis 2025, Gabriel Bédard a été confronté à l’enjeu de l’éolien depuis le jour de son arrivée. L’un de ses voisins immédiats a accepté d’accueillir sur ses terres deux éoliennes qui seront développées pour le parc Lotbinière-Ndakina. Alors qu’il ne retirera aucun bénéfice de l’installation de ces deux engins, il s’inquiète des conséquences à venir.
Il s’interroge, entre autres, sur les conséquences que la construction aura sur les sources d’eau potable. Ce dernier fait référence à la situation que vivent des citoyens et producteurs de Mitchell’s Bay, en Ontario. La nappe phréatique a été contaminée lors de l’installation d’éoliennes et l’eau, bien que filtrée, est impropre à la consommation.
« J’ai 50 vaches. L’été, lorsqu’il fait chaud, je peux passer plus de 5000 litres d’eau. Si je n’ai plus d’eau, je mets la clé dans la porte », s’inquiète-t-il en ajoutant ses préoccupations sur les effets des infrasons sur son troupeau.
Du même souffle, il fait un plaidoyer pour la conservation et la protection des terres agricoles et espère que la Commission de protection du territoire agricole (CPTAQ) bloquera le projet.
« L’information que l’on retrouve dans la littérature scientifique, elle ne sort pas. Ça me fait penser à la guerre contre les grands du tabac. On cachait les faits. Pour l’éolien, c’est la même chose », a ajouté Jean-Pierre Ducruc, également citoyen de Sainte-Croix.
Il souligne que, parmi les informations qui ne sont pas publicisées, il y a celles à propos de la zone à accès restreint autour de l’éolienne. « Aucun employé et aucun visiteur ne peut se trouver dans ce rayon tant que l’éolienne n’est pas à l’arrêt. »
Cette restriction est en vigueur pendant toute l’année, pas seulement en hiver pour prévenir les accidents induits par une chute de glace. Elle entre donc en conflit avec les activités agricoles qui se déroulent sur cette terre. Dans le cas de M. Bédard, il estime qu’elle représenterait de 40 à 50 acres de ses terres.
Pour Marc-Olivier Billette, candidat de Climat Québec dans Nicolet-Bécancour, le modèle de développement qui est prôné crée de la division et une fracture sociale. « Ce modèle antidémocratique détourne les possibilités de référendum, notamment avec des règlements de contrôle intérimaire qui empêchent les citoyens d’ouvrir un registre et de demander un référendum, mais aussi par la création de régies. »
Il ajoute que la santé publique se base sur des études réalisées pour de petites éoliennes, loin de celles qui seront érigées dans les champs de la région. Il poursuit en affirmant que les normes de bruits actuelles sont inadéquates puisqu’elles ne tiennent pas compte de l’ensemble du spectre sonore.
« Le premier BAPE (Bureau d’audiences publiques sur l’environnement) sur l’éolien tenu en 1997 recommandait que les éoliennes ne soient pas implantées en milieu habité. Récemment, plusieurs rapports de BAPE recommandent la tenue d’un BAPE générique. On en a eu un sur le porc en 2002 et un autre sur les gaz de schistes en 2010-2013. Donc, on réclame un moratoire sur l’éolien le temps qu’un BAPE générique analyse les impacts cumulatifs », insiste-t-il.
Simple citoyen, Carol Fillion a été étonné d’apprendre autant d’informations sur la question. « C’est intéressant, mais à la fois désolant. Je me demande pourquoi je dois assister à ce genre de rencontre pour avoir accès à ces informations, à cette transparence. »
