Exploration minière : 86 lettres de refus déposées par des citoyens à Saint-Jean-de-Brébeuf
Les opposants au projet minier Ste-Sophie Copper ont franchi une nouvelle étape dans leur mobilisation. Lors de la séance du conseil municipal du lundi 6 juillet à Saint-Jean-de-Brébeuf, des membres du collectif Nous Mine Pas ont déposé 86 lettres de refus signées par l’ensemble des propriétaires dont les terrains sont visés par des droits exclusifs d’exploration (claims) et d’autres citoyens souhaitant également manifester leur désaccord.
Cette démarche visait à démontrer l’absence d’acceptabilité sociale envers le projet porté par Richmond Hill Resources, une société minière établie à Londres. Cette dernière a hérité du Ste-Sophie Copper Project. Les travaux sur le terrain sont toutefois réalisés par IOS Géosciences. L’entreprise a le mandat d’obtenir les autorisations nécessaires aux activités d’exploration en vue d’une éventuelle mine de cuivre.
Le projet touche dix municipalités réparties dans les MRC des Appalaches, de L’Érable et d’Arthabaska, dont Saint-Jean-de-Brébeuf, Saint-Fortunat et Saint-Adrien-d’Irlande. Le collectif estime que l’appui des élus est essentiel pour assurer une défense rigoureuse du territoire, des activités agricoles et acéricoles, de l’environnement ainsi que de la qualité de vie des citoyens.
À Saint-Jean-de-Brébeuf, 22 des 145 claims compris dans le projet se trouvent sur son territoire. Saint-Fortunat et Saint-Adrien-d’Irlande en compte chacune trois, lesquels sont toutefois partagés avec des municipalités voisines.
« Actuellement, nous avons les lettres de refus de tous les propriétaires visés à Saint-Jean-de-Brébeuf. Cela veut dire que personne ne veut que la compagnie vienne explorer sur son terrain », a affirmé Karine Gévry, résidente de la municipalité.
Selon elle, ces lettres constituent le meilleur outil dont les citoyens disposent pour freiner l’avancement des travaux. « À l’étape de l’exploitation, nous pouvons nous faire exproprier. Le moment où les citoyens ont le plus de pouvoir, c’est à cette étape-ci avec nos lettres de refus. C’est pour cela que nous nous sommes regroupés. Nous avons une belle communauté à Saint-Jean-de-Brébeuf et on se tient. Nous allons gagner et il n’y en aura pas de mine. »
Mme Gévry prévient que certains propriétaires sont parfois appelés à autoriser des travaux d’exploration sans mesurer toutes les conséquences de leur décision. « Il arrive que certaines compagnies minières remettent aux agriculteurs simplement une feuille d’autorisation à signer, mais sans donner d’explications. Cela peut être problématique parce qu’une fois que c’est fait, elles obtiennent des données et ensuite cela leur accorde beaucoup de droits. »
Elle insiste donc sur l’importance d’informer adéquatement les propriétaires de lots avant toute décision. « Ce que nous voulons, c’est justement d’en parler le plus possible parce que c’est maintenant que nous avons nos droits et que nous sommes capables de faire reculer la mine. »
L’eau et les terres agricoles au cœur des inquiétudes
Les citoyens rencontrés disent craindre les répercussions qu’une éventuelle mine de cuivre pourrait avoir sur leur milieu de vie, notamment sur la qualité de l’eau potable, les terres agricoles et le climat social. « Nous voulons protéger notre communauté. Nous avons peur que cela crée une division », a indiqué Marie-Krystel Blouin.
Elle s’interroge également sur l’ampleur que pourrait prendre un tel projet. « Il y aurait combien d’employés? Nous donnons souvent en exemple la mine Canadian Malartic où il y a des milliers de travailleurs chaque jour. Nous savons qu’il y a une trentaine de camions de 240 tonnes qui y circulent. C’est énorme. Admettons que cela se produit ici, vont-ils passer dans le village, sur nos terres agricoles ou acéricoles? Nous ne le savons pas. Où seront déplacés les résidus miniers? »
Les producteurs agricoles partagent également ces préoccupations. « L’Union des producteurs agricoles du Québec dit que seulement 2 % des terres sont cultivées. Ce serait bien de les protéger. Nous avons fait partie de ceux qui ont été obligés l’an dernier de transporter de l’eau pour nos animaux en raison de la sécheresse. […] Mes fils représentent la cinquième génération et nous souhaitons préserver notre héritage », a témoigné Mélanie Paquet, productrice laitière, acéricole et de bovins de boucherie.
La Municipalité de Saint-Jean-de-Brébeuf appuie la démarche citoyenne. La mairesse, Ginette Côté, a salué la mobilisation et réaffirmé l’opposition du conseil municipal. « Les membres du comité sont alertes et allumés. Ils sont conscients de l’impact d’un tel projet et des risques pour l’avenir. Personnellement, je salue cette démarche et le conseil municipal n’en veut pas. Nous ne sommes pas d’accord avec les activités d’exploration et nous avons même signé la lettre de refus. Étant native de Saint-Jean-de-Brébeuf, j’ai à cœur le territoire. »
Le collectif invite maintenant les citoyens à demeurer vigilants au cours de l’été, estimant que les promoteurs poursuivent leurs démarches pendant que plusieurs propriétaires sont en vacances ou occupés sur leurs terres.
Pour Jean-Philippe Bérubé, cette mobilisation met en lumière les limites de la législation québécoise. Depuis 2025, les nouveaux claims sont interdits sur les terres privées. « Par contre, les compagnies minières qui en détenaient déjà ont comme des droits acquis qui peuvent quand même se transférer. Il y a des trous dans cette loi [Loi sur les mines] qui font en sorte que les citoyens ont encore à défendre leurs terres, leurs activités économiques et leur environnement de vie. »
Même si les citoyens se sont rassemblés autour d’une cause commune, il rappelle qu’ils préféreraient ne jamais avoir à mener ce combat. « Il y a beaucoup de pression pour ce genre d’activité et ce n’est pas nécessaire. La région est déjà suffisamment dynamique et verdoyante. Nous ne devrions pas avoir à nous débattre pour préserver ce que nous avons. »
