KSM Fertilisants effectue sa première expédition et marque une étape historique
Le lundi 24 novembre 2025 a marqué une étape importante pour KSM Fertilisants, établie sur le site de l’ancienne mine Carey à Tring-Jonction. L’entreprise a procédé à sa toute première expédition commerciale de sulfate de potassium et de magnésium. Ce chargement inaugural de 25 tonnes, parti vers 11 h, s’en allait à destination de l’une des installations de Synagri, société spécialisée dans la distribution d’intrants agricoles, à Contrecœur, en Montérégie.
Pour le président-directeur général de KSM, David Lemieux, il s’agissait d’une journée spéciale, tant sur le plan personnel que pour son équipe. « C’est un jalon important dans notre histoire, soit la première livraison après une dizaine d’années de travail sur le projet. Nous avons commencé la construction de l’usine en 2023 et ça nous aura pris un peu plus de deux ans. Dans les derniers mois, nous avons œuvré sur le démarrage et les essais de mise en production. Observer le premier camion qui part de l’usine avec notre produit, c’est un beau moment pour toute l’équipe », a-t-il confié.
KSM a mis au point un procédé breveté basé sur une approche unique utilisant de la potasse, de l’acide sulfurique et des composés de magnésium pour fabriquer des fertilisants agricoles. L’entreprise transforme la potasse, qui est du chlorure de potassium, en deux produits à valeur ajoutée. Le premier est du sulfate de potassium (SOP) et le second est du sulfate de potassium et de magnésium (SOPM). La source de magnésium provient des résidus miniers de la région, tandis que la potasse, la matière première des fertilisants, est importée de la Saskatchewan par train.
La technologie, développée dans les installations de Dundee Technologies durables dans le secteur de Black Lake à Thetford Mines, présente une faible empreinte carbone en permettant de réduire d’environ 70 % les émissions de gaz à effet de serre (GES) grâce à une température de production nettement inférieure à celle des procédés comparables. Il s’agit de la première usine de ce type dans l’est de l’Amérique du Nord, un projet qui a nécessité des investissements de 72 millions $.
KSM se donne les 12 prochains mois pour atteindre la pleine capacité de son usine, le temps de compléter son équipe, de réaliser les formations nécessaires et de corriger les ajustements techniques. La production augmentera progressivement pour atteindre 45 000 tonnes par an, alors qu’elle se situe actuellement entre 5 et 10 % de cette capacité.
L’entreprise emploie une cinquantaine de personnes, mais ce nombre devrait passer à environ 65 afin de permettre un fonctionnement 24 heures sur 24, sept jours sur sept. L’usine est d’ailleurs en période de recrutement, un gros défi selon David Lemieux, qui a souligné l’enjeu de trouver des travailleurs qualifiés.
« Nous avons un procédé avec plusieurs opérations et beaucoup d’équipements, donc nous avons besoin de gens avec des diplômes ou de l’expérience dans le milieu industriel. Beaucoup de nos travailleurs, je dirais plus de la moitié, proviennent de l’extérieur et sont venus s’établir dans la région avec leur famille. »
À noter que l’entreprise dispose dans ses installations d’une capacité d’expansion pour répondre à la demande croissante du marché.
Soutien à l’autonomie alimentaire
Le projet de KSM constitue un levier important pour soutenir l’agriculture et l’autonomie alimentaire locale. Ce type de fertilisant est déjà employé au Québec, notamment pour les cultures maraîchères comme les pommes de terre, les tomates ou les petits fruits. Jusqu’ici, ces produits [SOP et SOPM] étaient entièrement importés, notamment de l’État du Nouveau-Mexique, aux États-Unis, situé à plus de 3600 kilomètres. L’usine de Tring-Jonction est la première au Québec et au Canada à pouvoir les offrir.
« L’arrivée d’un fertilisant de haute qualité produit localement renforce notre capacité collective à soutenir l’autonomie alimentaire du Québec. Le procédé à faible empreinte carbone développé par KSM s’inscrit parfaitement dans notre volonté d’offrir aux producteurs des solutions performantes et durables. Nous sommes enthousiastes à l’idée de poursuivre cette collaboration stratégique au bénéfice de nos communautés agricoles », a soutenu Sylvain Lavoie, directeur général de Synagri.
Dans ce projet, KSM bénéficie de l’appui du Groupe Brochu, actionnaire majoritaire et acteur clé de l’agroalimentaire au Québec et en Ontario. « Pour le groupe, l’arrivée de KSM représente plus qu’une nouvelle entreprise, c’est une étape stratégique qui renforce notre offre et nous permet d’apporter une solution innovante. C’est un marché qui est aujourd’hui très exigeant et crucial pour l’avenir de notre agriculture », a affirmé le président-directeur général du Groupe Brochu, Patrice Brochu, en soulignant que ce projet de longue haleine a demandé beaucoup de travail, de persévérance et d’innovation.
Le train, essentiel pour la rentabilité de KSM
La réhabilitation du chemin de fer Québec Central demeure un projet crucial pour KSM Fertilisants, principalement en raison de l’importation de la matière première, la potasse, de la Saskatchewan. Selon David Lemieux, le train « c’est la différence entre être profitable ou ne pas l’être ». « Depuis les tout débuts du projet, il est très clair qu’il est indispensable d’avoir le train. Nous savons qu’il arrivera et nous sommes en attente, mais à terme, il est essentiel qu’il soit opérationnel pour assurer la rentabilité de l’entreprise », a-t-il précisé.
Alors que la mise en service de la ligne principale était initialement prévue pour 2025, les échéanciers ont été repoussés et le démarrage du tronçon 3 entre Vallée-Jonction et Tring-Jonction est désormais envisagé pour le début de 2027 selon le ministère des Transports du Québec (MTQ). « Nous continuons à suivre le dossier de près. Des possibilités se sont ouvertes pour accélérer les travaux, notamment en intervenant durant l’hiver. Selon ce que nous entendons, il pourrait y avoir une possibilité pour la fin de 2026 », a indiqué M. Lemieux.
Les travaux majeurs du tronçon 3, soit la reconstruction de ponts et de ponceaux, sont terminés. Il reste principalement à compléter la pose des rails et les passages à niveau.
Rappelons par ailleurs qu’en 2024, le gouvernement du Québec avait annoncé un investissement de 2,5 millions $ pour soutenir la construction d’une voie reliant les installations de KSM, situées sur le 3e Rang, au réseau ferroviaire. Le coût total du projet était alors estimé à 6,8 millions $.
En ce qui a trait à l’énergie, KSM ne rencontre pas de problème puisqu’elle est raccordée au réseau d’Hydro-Québec et consomme moins de 5 MW. Au-delà de ce seuil, les entreprises éprouvent davantage de difficultés à se procurer des blocs d’énergie.
