Laflamme Aéro participera à un projet de la Défense nationale consacré aux systèmes sans pilote

L’entreprise Laflamme Aéro, basée à Saint-Joseph-de-Coleraine et spécialisée dans la conception et la fabrication de drones tactiques de type hélicoptère, a été sélectionnée pour participer à un projet de la Défense nationale canadienne. Appelé NEXUS [National Experimentation for X-Domain Uncrewed Systems], celui-ci a pour objectif d’accélérer le développement et l’expérimentation de systèmes autonomes et sans équipage destinés aux domaines de la défense et de la sécurité.

Un consortium dirigé par l’organisme Espace Aéro, une branche d’Aéro Montréal, a obtenu un contrat de 29,6 millions $ sur deux ans de la part du gouvernement du Canada afin d’établir et d’exploiter le Carrefour sécurisé de l’innovation pour la défense consacré aux systèmes sans pilote (CSID UxS) à la suite d’un appel de propositions pancanadien. Le consortium qui pilotera le projet NEXUS comprend 30 organisations issues de l’industrie, du milieu universitaire et du secteur à but non lucratif, dont Laflamme Aéro. Le carrefour sera implanté au Centre YMX Innovation, à Mirabel, dans un ancien bâtiment de Lion Électrique. Les participants collaboreront pour accélérer la transition des technologies canadiennes prometteuses, passant de la recherche et de la conception à des solutions prêtes à l’emploi sur le terrain afin de répondre aux besoins des Forces armées canadiennes.

Dans le cadre de ce projet, Laflamme Aéro prévoit modifier et adapter ses systèmes LX300 afin de démontrer et de valider plusieurs scénarios opérationnels, notamment pour des interventions dans des environnements plus exigeants comme l’Arctique. « Un autre aspect important concerne la fabrication. Nous souhaitons accroître notre agilité et renforcer notre capacité de production afin de rendre nos plateformes et nos drones plus robustes », a expliqué le président de Laflamme Aéro, David Laflamme, en entretien avec le Courrier Frontenac.

Il est essentiel, selon lui, de bien comprendre les besoins de l’armée puisqu’il n’y aura pas un seul drone capable de tout faire. « Plusieurs appareils se spécialiseront selon les types de missions. De notre côté, nous visons celles impliquant des charges importantes, à plus haute altitude et sur de longues distances. »

Avec leurs 600 kg de masse maximale au décollage, les LX300 de Laflamme Aéro sont parmi les plus gros systèmes autonomes de type hélicoptère au monde.

Vers une autonomie technologique

L’objectif du Canada, à travers ce projet et d’autres initiatives, est d’investir dans des technologies développées au pays afin de réduire sa dépendance aux fournisseurs étrangers, provenant notamment des États-Unis, et de privilégier l’achat de produits conçus et fabriqués ici. « Ce qui est mis en place, c’est une structure, qu’ils appellent un carrefour, qui permet au gouvernement de financer des projets stratégiques en matière de défense. Il en existait déjà un dans le secteur maritime à Halifax. Pour tout ce qui touche les drones, ce sera à Mirabel », a indiqué David Laflamme.

Le Canada accuse un certain retard par rapport à d’autres nations dans le développement de systèmes autonomes et sans équipage. Ce projet vise précisément à combler cet écart en favorisant l’émergence d’une expertise canadienne et en répondant aux besoins spécifiques de la défense et de la sécurité du pays.

« Je pense que le Canada est conscient qu’il est un pas en arrière par rapport à d’autres pays. L’objectif n’est pas seulement de rattraper ce retard, mais bien de créer un véritable écosystème d’innovation et de développement. C’est important dans un secteur comme celui des drones, où l’évolution des technologies est très rapide. Auparavant, les produits évoluaient sur plusieurs années. Aujourd’hui, on parle plutôt de quelques mois, voire de quelques semaines. Ce projet vise donc à doter le pays des moyens nécessaires pour rattraper ce retard, tout en mettant en place un environnement propice à l’innovation et à la recherche », a soutenu le président de Laflamme Aéro.

Consolider sa position

Pour l’entreprise colerainoise, ce projet représente une occasion intéressante, d’autant plus qu’il s’inscrit dans la volonté canadienne de renforcer sa souveraineté en misant sur les technologies et l’expertise d’ici. Cette participation devrait d’ailleurs entraîner l’embauche de nouvelles ressources dès l’an prochain au sein de Laflamme Aéro, qui compte actuellement 25 employés.

« Comme entreprise, je ne cacherai pas que ça nous permet de nous positionner. Nous avions déjà un produit un peu unique, ce qui nous donnait des opportunités intéressantes avec la Défense. Ce sera encore une belle occasion de consolider notre position d’innovateurs, surtout dans notre catégorie de drones. Je pense que nous avons l’expertise la plus avancée et ça nous permet de la maintenir tout en développant de plus grandes opportunités avec l’armée. C’est important de comprendre que c’est un projet d’innovation et de développement, mais l’objectif est vraiment de concevoir des solutions opérationnelles, fonctionnelles et utiles, pour ensuite être en mesure de les vendre à l’armée canadienne, puis ultimement à d’autres pays alliés », a soutenu David Laflamme.

Ce dernier a précisé que son entreprise collaborait déjà avec la Défense dans le cadre d’autres programmes. « Cela nous permet de travailler étroitement avec elle, de mieux comprendre ses besoins et d’orienter notre développement en conséquence afin d’y répondre adéquatement. »

À plus long terme, cela devrait également ouvrir la porte à de nouvelles retombées pour Laflamme Aéro. « L’idée avec ce type de projet est que lorsque nous sommes capables d’amener notre technologie à un autre niveau, ça permet de générer des ventes. Nous sommes davantage dans le test ou l’innovation, mais ce que nous visons, c’est de développer des systèmes spécifiques pour des missions bien précises. Cela va générer non seulement des ventes, mais aussi du support à long terme. C’est d’ailleurs ce qui est intéressant avec les projets de la Défense, une croissance soutenue sur plusieurs années. »

M. Laflamme a enfin souligné l’importance des retombées régionales. « Souvent, ces annonces sont intéressantes, mais elles concernent surtout des entreprises dans les grandes villes. C’est plaisant de voir que, concrètement, ces retombées reviennent aussi dans la région de Thetford. C’est très positif », a-t-il conclu.