Le Fonds CERT célèbre 10 ans d’innovation et de croissance

En une décennie, le Fonds Capital Expansion Région Thetford (CERT) a appuyé une cinquantaine d’entreprises en y injectant plus de 9 millions $. Ces contributions ont entraîné des investissements totaux de 71 millions $ et permis la création ou le maintien de plus de 1000 emplois. Mis sur pied pour compenser le déclin de l’industrie minière, le Fonds CERT poursuit aujourd’hui sa mission : propulser les entreprises d’ici et assurer une prise en charge dynamique de la région par et pour ses acteurs locaux.

Afin de marquer ce dixième anniversaire, ses dirigeants avaient invité partenaires, clients ainsi que leaders du milieu économique et entrepreneurial à prendre part à un forum tenu le mercredi 3 juin au Centre de congrès de Thetford Mines. Plus de 200 participants avaient d’ailleurs répondu présents pour l’occasion.

Geneviève Fortier, cheffe de la direction de Promutuel Assurance et présidente du conseil d’administration d’Investissement Québec, ainsi que Jean Charest, avocat associé chez TCJ et premier ministre du Québec de 2003 à 2012, figuraient parmi les conférenciers de cet événement organisé autour du thème « Regards sur l’avenir de l’innovation ».

Rappelons que le CERT, un fonds de capital de risque privé, avait été créé en 2016 par un regroupement de gens d’affaires à la suite de la fermeture définitive des mines d’amiante afin de favoriser le développement économique de la région par l’investissement dans des entreprises en démarrage, en croissance, en transfert ou en relève. Il s’était vu octroyer une enveloppe initiale de 5 millions $ sur cinq ans de Développement économique Canada (DEC) dans le cadre de l’Initiative canadienne de diversification économique des collectivités tributaires du chrysotile. Il a également été soutenu financièrement par des partenaires locaux, dont Desjardins.

Ce fonds intervient en complément des programmes gouvernementaux, enrichit l’offre de financement existante et permet souvent de compléter des montages financiers complexes pour des projets ambitieux axés sur l’innovation. Les prêts consentis peuvent atteindre jusqu’à 250 000 $.

L’innovation locale à l’avant-plan

Évidemment, l’existence du Fonds CERT repose d’abord sur des initiatives locales portées par des acteurs du milieu. Comme l’a souligné son directeur général, Guy St-Amand, il a permis, et continue de permettre, de soutenir ces projets en agissant comme un levier. « Il a été mis place pour aider puisque la diversification économique d’un territoire repose souvent sur des idées, mais nécessite des moyens pour les concrétiser. Un fonds comme le nôtre agit comme levier, en complémentarité avec les autres partenaires, afin de réaliser ces projets. Après dix ans, il est toujours là, il continue de perdurer dans le temps et les résultats sont là. Les entreprises peuvent d’ailleurs en témoigner aujourd’hui », a-t-il souligné en entrevue avec le Courrier Frontenac.

Il est souvent plus difficile de financer une phase de croissance qu’un démarrage. C’est précisément à ce moment que le Fonds CERT peut devenir un levier efficace. « Nous misons beaucoup sur la confiance envers les entrepreneurs, ce que nous pouvons faire davantage que les institutions financières qui s’appuient habituellement sur des chiffres, des ratios et des garanties. Nous arrivons en dernier dans la structure de financement, donc nous avons rarement ces garanties, mais lorsque nous connaissons le parcours de l’entrepreneur, que nous croyons au projet et aux personnes qui le portent, nous sommes capables d’aller de l’avant puisque nous sommes autonomes. […] Si nous investissons, c’est entièrement notre décision. Cela nous permet de faire des choses que les institutions financières ne peuvent pas toujours se permettre », a expliqué le président du conseil d’administration, François Gagnon.

En ce qui a trait à l’avenir du fonds, M. St-Amand a notamment évoqué les perspectives liées à la valorisation des résidus miniers, en citant la démarche DuGrisAuVert. « Cela va amener plein d’idées et de nouveaux projets. Il reste encore à en démontrer les perspectives, mais je crois qu’il y a un très bel avenir et plusieurs projets vont en découler. Nous serons là pour les soutenir, de la même façon que nous l’avons fait pour la diversification. C’est d’ailleurs un autre type de diversification. Ce qui était un passif va devenir un actif et nous allons le développer pour l’avenir. »

Des dirigeants d’entreprises de la région, soit KSM, Précicom, Sumacom et Castech/Plessitech, ont été invités à prendre la parole lors de cet événement afin de présenter leur organisation, notamment en abordant les enjeux liés au risque et à la croissance qu’ils ont rencontrés. « Ce qu’on retient surtout, c’est la présence de nombreuses entreprises majeures dans la région. Elles travaillent plus dans l’ombre et on en parle peu, mais ce sont de véritables fleurons qui emploient beaucoup de gens. Leurs réalisations sont impressionnantes », a mentionné Charles Morin, président-directeur général de l’agence Monument et animateur de cette portion de l’événement.

L’importance de passer à l’action

Geneviève Fortier s’est dite très heureuse d’être de passage dans la région de Thetford pour cet événement, soulignant au passage la capacité du milieu à prendre en main son développement économique. Au cours de sa conférence, la cheffe de la direction de Promutuel Assurance et présidente du conseil d’administration d’Investissement Québec a parlé d’économie et de la nécessité d’agir, même en période d’incertitude.

 « C’est important que les entreprises continuent de passer à l’action, à rester concentrées sur leur plan de croissance, puis n’aient pas peur d’investir. Des fonds comme le CERT, que nous célébrons aujourd’hui, et des partenaires comme Investissement Québec sont là pour les accompagner dans leur progression. C’est aussi là où un joueur comme Promutuel Assurance peut accompagner les entrepreneurs dans la réalisation de leurs ambitions », a indiqué Mme Fortier.

Elle a également qualifié la région de Thetford de modèle d’innovation. « Quand le milieu a commencé à regarder comment son économie allait progresser, je pense qu’un constat a été fait, celui de la nécessité de se renouveler. Tout en continuant de miser sur notre économie traditionnelle, il faut que nous soyons capables de nous réinventer », a-t-elle affirmé, en citant l’exemple d’entreprises qui se fondent sur la revalorisation des résidus miniers et l’économie circulaire.

Les enjeux entourant les défis économiques actuels

Jean Charest a raconté avoir beaucoup d’admiration pour ce que la région a accompli au cours des dix dernières années, ainsi que pour sa prise en charge à travers d’initiatives comme le Fonds CERT. Il a aussi mis en lumière le rôle des gouvernements. « Ce qu’il y a de remarquable, c’est la transformation de l’économie dans les secteurs où vous avez des forces, qui sont dans votre ADN, tout ce qui est manufacturier, machinerie et dans l’orbite du secteur minier, parce que vous avez des ressources ici qui sont remarquables. Ce qui paraissait être un passif il n’y a pas très longtemps devient soudainement un actif qui est très prometteur pour la région », a soutenu l’ancien premier ministre lors d’une mêlée de presse.

En ce qui a trait à l’innovation, ce dernier a souligné l’importance d’investir à la fois dans les technologies et dans la formation. Il estime d’ailleurs qu’une région comme Thetford peut pleinement y contribuer. « L’un des sujets les plus difficiles, ce sera la main-d’œuvre. Ce sera compliqué, d’abord, parce qu’on vieillit et il y a moins d’enfants. L’immigration, c’est devenu un sujet très délicat dans l’opinion publique. Alors, gérer tout ça, ce sera l’un des facteurs clés dans la réussite d’une région comme celle-ci. Cependant, dans la mesure où les gens misent sur l’innovation et sont prêts à prendre des risques, c’est le meilleur présage pour réussir. »

M. Charest a de plus abordé l’état des négociations concernant l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), décrivant le président Trump comme très volatile et imprévisible. « Il dit des choses, ses collaborateurs, nous le savons, l’apprennent au moment où ça sort de sa bouche ou lorsqu’il fait un message sur ses réseaux sociaux. Alors, il faut vivre avec ça. Maintenant, fondamentalement, les milieux d’affaires américains veulent que l’entente perdure. C’est dans l’intérêt des deux pays. Ils ne nous demandent pas de mettre fin à l’accord de libre-échange. Il va y avoir une négociation et nous, il faut être résilients. Il vaut mieux prendre le temps d’avoir une bonne entente que d’aller vite et d’en avoir une mauvaise avec laquelle nous allons vivre longtemps. C’est ça, le défi », a observé celui qui siège au comité consultatif sur les relations économiques Canada-États-Unis.

Il a enfin abordé les tarifs sur l’acier et l’aluminium, qui exercent actuellement une pression importante, de même que l’incertitude quant à l’issue des négociations, qualifiant cette dernière de « taxe intangible ». Jean Charest demeure toutefois optimiste et croit que c’est tout le pays qui doit se prendre en main. « Dans le fond, Trump nous force à nous mettre les yeux devant les trous sur un certain nombre de sujets. Nous étions devenus complaisants au Canada. Ça nous prend du temps à réaliser des projets. Nous sommes hyper réglementés. Là, il faut que les provinces et le fédéral travaillent ensemble. »