Pas d’acceptabilité sociale pour le projet Ste-Sophie Copper
Les résidents de Saint-Ferdinand, de Sainte-Sophie-d’Halifax, d’Inverness et de Saint-Pierre-Baptiste ont été nombreux lors de la séance d’information sur le projet minier Ste-Sophie Copper qui plane sur la région. Des représentants de Richmond Hill Resources et d’IOS Géosciences, ainsi que du Conseil régional de l’environnement du Centre-du-Québec (CRECQ), du Groupe de concertation des bassins versants de la zone Bécancour (GROBEC) et de la MRC de L’Érable étaient sur place pour répondre aux questions des citoyens. Le groupe Nous Mine Pas était aussi présent à l’Espace Sophia de Sainte-Sophie-d’Halifax.
Sous forme de panel, la soirée a débuté par des explications générales de la part d’Hugues Longuépée (IOS Géosciences) et d’Alain Garand (Richmond Hill Resources) à propos du projet. Le pilote de la soirée, François Duclos, a questionné les deux hommes, notamment sur leurs connaissances quant à la présence de cuivre dans le sol de la région, les impacts que pourrait avoir le projet et leur vision de celui-ci.
Richmond Hill Resources est une compagnie basée à Londres. Initialement investie dans le domaine des spiritueux, la jeune compagnie minière, créée en 2025, a hérité du projet Ste-Sophie Copper.
Hugues Longuépée a soutenu que, pour l’instant, peu d’informations sont connues sur la présence de cuivre, ce qui rend la quantification difficile. Il a aussi précisé que le gisement ciblé dans L’Érable se prêterait à une exploitation souterraine. Alain Garand, représentant québécois de Richmond Hill Resources, a ajouté qu’en termes de statistiques, un projet sur 10 000 devient une mine et que des travaux préalables doivent être faits avant l’entrée en fonction de celle-ci. Ces travaux sont d’une durée de dix ans, selon lui. « C’est simple, ces claims représentent un grand espace, alors combiné avec la très bonne teneur, ça rend le projet d’autant plus intéressant. En plus, il y a beaucoup d’infrastructures, des autoroutes par exemple, qui sont là pour avancer un projet d’exploration et d’exploitation minière. Quand Richmond Hill a été approchée avec ce projet-là, on l’a informé que c’est une région qui était quand même assez ouverte à l’exploration minière », a-t-il dit.
Par la suite, la question de l’acceptabilité sociale et les valeurs de l’entreprise ont été mises sur la table, effleurant les vidéos publiées par les dirigeants. Celles-ci ont inquiété, plutôt que rassuré, selon les propos de M. Duclos. « Lorsqu’on prend le temps de s’asseoir avec les gens, qu’on voit l’impact que ça pourrait avoir, c’est un refus catégorique. L’attachement avec leur région, leur ferme ou leur érablière, c’est important de protéger ça pour les citoyens. On comprend que si les gens disent oui, une fois dans l’engrenage, c’est difficile de reculer », a indiqué le représentant du groupe Nous Mine Pas, Charles-Léonard Béland.
Ce à quoi M. Longuépée a répondu en apportant des précisions sur le principe d’autorisation ou de refus. « La première chose qu’il faut mentionner, que le fait de se mettre dans l’engrenage, ça veut dire qu’on est faite, c’est complètement faux. À chaque étape de travaux que nous allons faire, nous allons vous demander l’autorisation. Si je vous demande pour aller ramasser une roche aujourd’hui, je devrai vous le redemander pour ramasser une roche l’an prochain. Les lettres de refus pleuvent, mais j’ai aussi eu des oui. Ce sont des oui silencieux, confidentiels, en appel, par courriel, via les lettres. Donc, de dire que c’est l’unanimité vers le non, ce n’est pas vrai », a-t-il signifié.
Les possibles impacts sur l’environnement, dont l’eau potable, les produits chimiques et le déboisement ont été soulevés par les panélistes. M. Longuépée a expliqué qu’aucun produit chimique ne serait utilisé lors du forage, seul un lubrifiant biodégradable. Pour la question du déboisement et les chemins d’accès, point amené par Éric Perreault du CRECQ, il a précisé que les chemins déjà existants étaient priorisés pour accéder à un emplacement.
D’ailleurs, Louis-Philippe Lemay, directeur d’usine chez Everest, une entreprise d’embouteillage et de distribution d’eau à Saint-Ferdinand, est grandement touché par ce projet minier, notamment en raison de son bassin de captation. « On doit conserver la pureté de notre source d’eau, nous desservons les municipalités ici et même à l’international. C’est très important, car il y aura tout ce qui est produit lubrifiant qui sera utilisé pour forer. Nous avons un bassin de captation de 20 kilomètres carrés, c’est super important, nous vérifions tous les taux de contamination et tout. C’est un gros enjeu pour nous. Nos installations sont alignées en plein sur les terrains visés. Je ne suis pas en confiance, il y a des lois qui nous protègent toutefois. Ils ont la responsabilité s’ils contaminent notre eau, il y a des poursuites qui peuvent être faites, même si ça ne ramènera pas notre eau », a-t-il confié.
La nature des travaux, aux différentes étapes d’un possible projet minier, a été expliquée par Hugues Longuépée via les travaux avec impact et sans impact. « La différence entre sans impact et impact est assez simple. Aussitôt qu’on parle de machineries lourdes, on entre dans les travaux avec impact. Actuellement, on parle de prospection, des gens qui marchent sur le terrain avec de petits appareils et ils prennent des échantillons. Ça, ce sont des travaux sans impact. Quand il y a assez d’indications en surface et que nous devons aller voir ce qu’il y a en dessous, nous entrons dans les travaux avec impact. On parle ici de décapage ou de tranchées, réalisés par une pelle mécanique pour aller chercher la roche en dessous. Ensuite, il y a le forage, alors nous faisons des trous d’à peu près quatre pouces de diamètre et qui peuvent aller à des milliers de mètres de profondeur si nécessaire. Il y a aussi de l’échantillonnage en vrac qui peut être fait », a développé le représentant d’IOS Géosciences.
Travaux retardés et obligations de l’entreprise
Les activités d’exploration minière ont été déplacées à deux reprises. Elles étaient prévues initialement à l’hiver, ensuite au printemps et maintenant elles sont envisagées à l’été. « C’est pour respecter les municipalités qui souhaitaient avoir des rencontres avec nous, tout simplement », a mentionné Alain Garand.
M. Longuépée a soutenu que des consultations avec les municipalités et des discussions sur les zones ciblées sont nécessaires avant de transmettre le tout au gouvernement du Québec, pour ainsi avoir l’autorisation ou non. « Avec la nouvelle loi qui a changé en 2025, la suite des choses aurait été qu’à l’acquisition des claims, le gouvernement devait avertir les municipalités concernées en 60 jours. Comme ces claims ont été acquis avant 2025, cette partie-là n’a pas été faite par le gouvernement, comme il n’y avait pas d’obligation de le faire. D’où la surprise lorsque nous avons contacté les municipalités. Je m’excuse à tous les maires qui sont présents, la lettre est arrivée comme un cheveu sur la soupe. Nous devons ensuite aviser la municipalité des travaux prévus pour l’année qui s’en vient et annoncer 30 jours à l’avance le début des travaux. Pour les propriétaires de terrain, une autorisation doit être donnée 30 jours avant les travaux », a-t-il dit.
Il a poursuivi en disant que le projet en est à l’étape de prise de contact avec les municipalités et de l’envoi des lettres, en attente de retour. « L’absence d’une réponse n’est pas un oui. La communication se fait avec les municipalités pour se mettre d’accord, mais le canal direct est avec le gouvernement. »
Fabio Jiménez, représentant de la MRC de L’Érable, a pour sa part fait état du pouvoir apparemment faible de la MRC et des municipalités. « Le rôle de la MRC est grandement diminué, elle n’a pas de rôle pour ce qui est des autorisations. Le schéma d’aménagement est le seul outil dont on dispose pour limiter certains impacts au niveau de la cohabitation des usages. Cela s’étend aux municipalités aussi. Ça se passe entre le gouvernement, la compagnie minière et les propriétaires seulement », a-t-il indiqué.
Parole aux citoyens
La rencontre s’est poursuivie avec la période de questions, où plusieurs citoyens se sont présentés au micro pour faire valoir leur opinion et poser davantage de questions.
Parmi les sujets qui ont suscité davantage de questionnements, les citoyens ont démontré de l’inquiétude par rapport à l’eau potable et à la possibilité de contamination. « En l’absence de projet, c’est difficile de prédire quel genre d’impact on peut envisager sur l’eau potable », a répondu M. Longuépée.
Ensuite, une autre citoyenne, Isabelle De Blois, a pris la parole pour en savoir plus sur les avantages qu’obtiendront les municipalités si l’entreprise s’installait. « Il y a un paquet de monde ici qui est en danger avec leur entreprise et leur ferme. Je ne comprends pas pourquoi Richmond Hill était investisseur en spiritueux il y a six mois et maintenant, parce que c’est payant, on fait de l’exploration minière. J’aimerais avoir des garanties que les actionnaires vont investir les sommes nécessaires pour préserver l’environnement et la population ici. Il n’y a jamais de transparence », a-t-elle lancé.
Le représentant de IOS Géosciences a précisé qu’il s’agissait des mêmes avantages que si une entreprise d’envergure s’installait dans la région, notamment des emplois et des taxes municipales.
Plusieurs ont soulevé leur préoccupation quant à l’expropriation. François Duclos avait d’ailleurs questionné les panélistes à ce sujet en rappelant l’article 235 de la Loi sur les mines. Selon les détails fournis par M. Duclos, cet article indique que l’expropriation serait un recours possible pour l’entreprise. M. Longuépée a affirmé son désir de respecter les propriétaires fonciers qui ne souhaitent pas accueillir les activités d’exploration. « Richmond Hill n’a pas l’intention d’exproprier qui que ce soit, point », a renchéri M. Garand.
À la suite de la rencontre, le préfet de la MRC et maire d’Inverness, Gervais Pellerin, a souligné que plusieurs questions n’avaient pas été répondues, comme ce à quoi ressemblera une mine d’exploitation de cuivre. Il a exprimé également que le ministère des Ressources naturelles et des Forêts s’était engagé à fournir plus de détails sur le projet minier. « Ça semble assez évident qu’il n’y a pas d’acceptabilité sociale. Contrairement à ce qui avait été dit plus tôt, la municipalité n’a pas un mot à dire sur cela. Il y a certaines formalités qui n’ont pas été dites ce soir, qui normalement auraient dû l’être. C’est le ministère des Ressources naturelles et des Forêts qui aurait dû nous donner ces infos. Je pense que la mobilisation est typique à notre population, elle est très alerte à ce genre de question. Je m’attendais un peu à ce qui s’est dit ici ce soir, mais il y a encore beaucoup de questions qui n’ont pas été répondues. Nous allons travailler pour donner plus d’infos à nos citoyens et pour avoir un retour du ministère également », a avancé M. Pellerin.
Hugues Longuépée a terminé en disant que les gens doivent donner l’autorisation 30 jours avant le début des travaux. Leur date, si travaux il y a, sera transmise par une lettre aux résidents pour les aviser.
