Services ambulanciers : les retards suscitent autant de craintes

Des syndicats représentant des ambulanciers de la région lancent à nouveau l’alerte relativement aux délais d’intervention et à la disponibilité de véhicules ambulanciers par moment en Chaudière-Appalaches, une situation qui pourraient mener à des drames semblables à celui survenu en 2017 à Lévis, alors qu’un ambulancier de 24 ans avait succombé à un arrêt respiratoire. C’est un véhicule basé à Saint-Charles qui avait dû être appelé sur les lieux en raison d’un manque d’effectifs en fonction.

Si la situation s’améliore dans les hôpitaux, les délais dans certaines urgences dépassent largement les 100 % depuis plusieurs semaines. Les ambulanciers s’inquiètent de la situation puisque pendant qu’ils attendent que leur patient soit pris en charge, leur territoire, lui, tombe à découvert, explique Christian Duperron, président des Travailleurs ambulanciers de Beauce (TASBI).

Selon lui, c’est une insuffisance de services sur le territoire de Lévis qui explique la problématique, territoire où on réclame depuis longtemps des heures de service supplémentaires. «Comme à Lévis la population est grandissante, il y a des appels constamment. Il y a aussi de longues attentes à l’urgence, ce qui force d’autres ambulances à se déplacer sur le territoire pour assurer la couverture. Pourtant, ils ont tout ce qu’il faut comme matériel, les ambulances et le personnel, il ne reste qu’à y consacrer des heures de service», résume-t-il.

Des impacts indéniables

L’attente à l’urgence est d’ailleurs devenue aussi un irritant pour le travail des ambulanciers, ajoute M. Duperron. «Je suis basé à Saint-Joseph et il nous arrive de faire des transports à Lévis, lorsqu’on se remet disponible, car les ambulanciers sont occupés sur d’autres urgences. Il y a un effet domino évident sur toutes les régions avoisinantes du secteur.»

Conseiller-cadre à la Direction générale à la sécurité civile et au préhospitalier d’urgence au CISSS de Chaudière-Appalaches, Richard Ouellet confirme que les délais dans les urgences de la région causent des délais ailleurs dans le système de santé, mais parle d’événements isolés. «Ne pas avoir d’ambulances sur le territoire, ce n’est pas une situation fréquente. On fait une modulation de priorité d’appels, avant d’affecter un véhicule disponible, mais éloigné. Ce n’est que lorsque nous avons plusieurs appels en même temps que nous faisons du déploiement dynamique et faisons bouger des véhicules vers un autre territoire ».

Christian Duperron ajoute que si certaines situations font les manchettes, ce ne sont pas tous les cas problématiques qui sont médiatisés. «On l’apprend souvent plus tard ou pas du tout, selon la gravité de la conséquence. Lorsque l’on a retiré le service de nuit à La Guadeloupe, ce sont les ambulanciers de Lambton qui ont été appelés à tenter de réanimer une personne en arrêt cardiorespiratoire à Saint-Évariste. La gestion du risque devient inévitable, on joue à la loterie.»

Les mouvements d’ambulances sur le territoire créent inévitablement de la découverture ailleurs où on allonge potentiellement les délais d’intervention, estime-t-il. «Si Saint-Charles est appelé prendre la relève de Lévis, automatiquement, c’est Sainte-Claire qui devient responsable. Si Sainte-Claire va à Saint-Charles, c’est Sainte-Marie qui couvrira Sainte-Claire et ainsi de suite. Quand cela se produit, c’est possiblement parce qu’il n’y a plus d’ambulance à Lévis, qu’elles sont toutes en attente au triage de l’urgence.»

Sur ce sujet, Richard Ouellet indique qu’on utilise toujours un véhicule d’un territoire à proximité pour combler un territoire à découvert et que beaucoup d’efforts sont faits pour libérer plus rapidement les civières des urgences. «Si un véhicule de Saint-Charles doit se déplacer vers Lévis, il sera remplacé par un de Montmagny qui se dirigera vers Saint-Vallier pour se rapprocher de Saint-Charles», illustre-t-il.

Il assure toutefois que jamais un territoire ne sera laissé à découvert. «Comme exemple, nous avons un véhicule à l’heure et un de faction à Lac-Etchemin, alors celui à l’heure peut devenir en déploiement dynamique. L’autre demeure sur place pour répondre aux urgences. On ne vide pas de zone où il n’y a qu’un véhicule. Nous avons toujours un plan B.»

Des périodes sont aussi déjà identifiées comme à risque de nécessiter davantage d’interventions. Une modulation de la disponibilité d’ambulances se fait déjà. «On le sait que lors des festivités de la Fête Nationale ou au Festival d’été, il y a des fêtards qui nous proviennent de la Rive-Nord et qui tombent malades chez nous. Il y a des ajouts ponctuels qui se font», indique-t-il en souriant.

«On ajoute un véhicule d’emblée, pendant trois nuits, lors du Festival des Travailleurs à Saint-Joseph ou pendant le Festivent à Lévis. Lors du passage du Grand Défi Pierre Lavoie en Beauce cet été, ce sera la même chose.»

Du positif, mais d’autres besoins

Christian Duperron ajoute toutefois que les investissements réalisés il y a quelques mois se font ressentir positivement sur le terrain, mais que d’autres initiatives sont nécessaires. «Pour nos secteurs, à partir de Sainte-Claire et en Beauce, nous avons éliminé des horaires de faction et les délais d’intervention ont été diminués. Il ne manque pas de véhicules dans nos régions, mais le fait qu’il en manque à Lévis a un impact chez nous.»

M. Ouellet confirme que cet investissement était devenu nécessaire et qu’une démarche similaire est en cours pour ajouter un véhicule à temps plein à Lévis. «On le réitère chaque année, mais nous sommes tributaires des sommes qui nous sont allouées. Nous étions très contents de l’ajout d’un véhicule à Sainte-Claire l’an dernier. On y a travaillé longtemps et avons fini par avoir gain de cause.»

Il observe que les diminutions budgétaires réalisées par le CISSS, pour équilibrer son budget à la demande de Santé-Québec, n’ont pas eu d’impact sur les ambulanciers, mais que les événements ont pu créer de l’incertitude au sein de la population. «Les gens nous appellent, car ils n’ont pas de plan B. Ils n’ont pas de médecin de famille, pas de transport pour se rendre à l’hôpital, alors ils prennent l’ambulance en l’absence de ressources pour se rendre à l’urgence. Enlever quelque chose ou un manque de quelque chose crée inévitablement un besoin ailleurs», résume-t-il.

Christian Duperron aimerait voir les élus s’attarder plus attentivement au dossier. «Où sont les députés et les maires ? Pourquoi ce sont les syndicats qui doivent soulever la question. Ont-ils peur du CISSS ? On leur dit que ce n’est pas normal, nous sommes sur le terrain. On le répète que des zones sont sous tension et qu’on doit y ajouter des ambulances.»

Il ajoute que l’écoute semble au rendez-vous avec Santé-Québec et au CISSS de Chaudière-Appalaches, mais que des actions demeurent nécessaires. Le concret est connu, mais tarde à être livré. «On a de l’espoir. Il y a eu des améliorations, mais on sait que toute amélioration vient avec une facture. Ce n’est pas un message syndical, c’est un message terrain», résume-t-il.