Stockage du carbone : les acteurs régionaux réclament l’adoption du projet de loi 17

Les intervenants des milieux politique et économique de la région de Thetford sonnent l’alarme une fois de plus et pressent le gouvernement du Québec d’adopter, avant la fin de la session parlementaire prévue ce vendredi, le projet de loi 17 portant notamment sur le stockage géologique du dioxyde de carbone (CO2). Ils craignent que la province ne se prive de 650 M$ d’investissements et d’importantes retombées économiques régionales.

Selon eux, la solution actuellement évoquée de limiter l’encadrement législatif aux projets pilotes ne répondra pas à l’enjeu, car les entreprises québécoises de la filière de captation et de séquestration de CO2 ont déjà franchi cette étape, puis n’apportera pratiquement aucune retombée économique additionnelle au Québec.

L’adoption de ce projet de loi est d’ailleurs très attendue par la firme montréalaise Deep Sky, qui a procédé en décembre dernier à une première injection géologique de carbone sur le site de la mine British Canadian, dans le secteur Black Lake à Thetford Mines. La mise en place d’un cadre réglementaire constitue une condition essentielle au développement d’un projet commercial de stockage de carbone au Québec. Sans celui-ci, l’entreprise a indiqué qu’elle ne pourrait tout simplement pas exercer ses activités dans la province.

À ce jour, six provinces canadiennes ont déjà adopté un cadre réglementaire adapté au stockage géologique du CO2 : l’Alberta, la Saskatchewan, la Colombie-Britannique, le Manitoba, l’Ontario et la Nouvelle-Écosse. Les entreprises qui y sont implantées bénéficient d’un environnement clair et prévisible pour accélérer leur passage à la commercialisation et accéder à l’important crédit fédéral d’investissement, qui peut rembourser jusqu’à 60 % des dépenses admissibles.

« La MRC des Appalaches refuse de regarder passer l’avenir sans agir. Le projet de loi 17 n’est pas une option, c’est une nécessité stratégique pour notre région et l’ensemble du Québec. Derrière ce cadre légal, il y a une expertise locale, des entreprises, des emplois, des millions de dollars d’investissement et une occasion unique de positionner notre territoire comme chef de file de l’économie circulaire. Ne pas agir maintenant, ce serait renoncer à notre potentiel et plonger ce secteur économique dans une période d’incertitude. Nous demandons au gouvernement de faire preuve de leadership », a mentionné le préfet Jean-François Roy.

De son côté, le directeur général de la MRC des Appalaches, Rick Lavergne, a souligné que tous les éléments sont en place pour aller de l’avant : les entreprises sont prêtes, les investisseurs sont au rendez-vous, les technologies sont développées, les projets pilotes sont réalisés et le territoire est mobilisé. « Il ne manque qu’une seule chose : la volonté politique. Nous demandons au gouvernement du Québec de s’aligner sur la volonté de notre région et de donner à nos entreprises le cadre réglementaire dont elles ont besoin pour investir, créer des emplois et développer ici, au Québec, une filière industrielle d’avenir. »

Pour le maire de Thetford Mines, Marc-Alexandre Brousseau, au-delà de la perte potentielle de 650 M$ d’investissements, c’est un projet contribuant à sauver la planète qui risque de s’établir à l’extérieur du Québec. Quant à la directrice générale par intérim de la Chambre de commerce et d’industrie de la région de Thetford, Josée Durand, elle soutient que l’adoption du projet de loi 17 est indispensable pour assurer la compétitivité des entreprises et la vitalité économique du territoire.

La directrice générale du Pôle économique vert de Chaudière-Appalaches, Chantal Gauvin, juge inacceptable que des entreprises québécoises ayant développé leur technologie et leur savoir-faire dans la province soient contraintes de poursuivre leurs activités ailleurs. Elle estime que le projet de loi 17 est la clé de leur avenir au Québec.

Les intervenants ont rappelé que le gouvernement du Québec sait depuis 2023 qu’un cadre réglementaire est indispensable au déploiement commercial des projets de captage et de séquestration du CO2. Ils déplorent toutefois que le projet de loi n’ait été déposé à l’Assemblée nationale que le 5 février dernier.