Une école forme la relève en travaux sous-marins à Thetford Mines

La troisième cohorte de l’École de travaux sous-marins Horizon a récemment achevé sa formation intensive de quatre mois. Le seul centre de formation privé de scaphandriers au Québec, fondé en 2023 par Nicolas Dufort, est implanté sur le site de la carrière de la mine British Canadian 1 (BC-1) dans le secteur Black Lake à Thetford Mines. Son développement devrait se poursuivre au cours des prochaines années puisque ce domaine est très recherché par divers employeurs.

À l’origine enseignant dans un autre centre de formation en plongée commerciale, l’entrepreneur confie que le travail dans le cadre du ministère de l’Éducation n’était pas pour lui. Il adorait toutefois son métier et c’est pourquoi il a décidé d’ouvrir son propre centre. L’idée de l’implanter sur un ancien site minier est venue assez rapidement puisque ce type de terrain offre plusieurs possibilités. C’est finalement sur celui de la BC-1 que le projet s’est concrétisé.

« Le principal avantage ici est que nous pouvons tout faire sur le même lieu, soit les plongées peu profondes et les plongées profondes, sans avoir à nous déplacer ailleurs. Je peux envoyer les étudiants jusqu’à 165 pieds sous l’eau, mais nous avons plus de 640 pieds de profondeur dans cette carrière », a expliqué M. Dufort.

Un autre avantage réside dans la vaste superficie du terrain, ce qui permettra à l’école de s’agrandir sans difficulté et d’y aménager d’autres bâtiments au fil de son développement. Le site est également surveillé, un élément important selon lui. De plus, la ville de Thetford Mines se situe entre les deux plus grands bassins de plongeurs de la province, soit Montréal et Québec.

M. Dufort souligne avoir reçu un très bel accueil dans la région lorsqu’il a commencé à présenter son idée, d’abord de la part du propriétaire du terrain, Mazarin. « C’était un projet assez fou, mais ils ont tout de suite embarqué. »

Il mentionne aussi les efforts de la Ville de Thetford Mines pour le changement de zonage ayant rendu possible son implantation. « Ça ne s’était jamais fait de passer d’un site minier à un site institutionnel, surtout pour une ancienne mine d’amiante. Cela a pris plus d’un an avant que je puisse commencer à bâtir l’école. La Municipalité a été très bonne avec ce projet-là. »

Plusieurs investissements

M. Dufort a apporté de nombreuses modifications au terrain. Une salle de classe et des bureaux ont, entre autres, été aménagés dans des conteneurs maritimes. Il a investi près de 750 000 $ afin de démarrer le projet, notamment pour le matériel de plongée, les infrastructures, les dalles de béton et les aménagements du terrain. Un caisson hyperbare a aussi été acquis. Un garage devrait être construit prochainement, en plus d’autres installations. Une barge sera également installée sur le lac, permettant de réaliser la majorité des exercices.

L’école a obtenu en 2024 son accréditation du Diver Certification Board of Canada, qui encadre la plongée commerciale à l’échelle du pays et établit les normes du domaine. « C’est l’accréditation par excellence que tu veux quand tu as une école de plongée. Après plusieurs années de travail, nous avons finalement eu, en 2026, notre permis du ministère de l’Enseignement supérieur. Nous sommes donc reconnus par le gouvernement du Québec, mais aussi par la CNESST, Hydro-Québec, Rio Tinto et toutes les grosses organisations », explique le fondateur. Ce permis lui permettra d’offrir diverses formations aux scaphandriers œuvrant dans l’industrie de la construction.

Former en conditions réelles

Nicolas Dufort souhaitait que l’École de travaux sous-marins Horizon s’apparente à un véritable chantier pour que les étudiants ne voient presque aucune différence avec la réalité du terrain. « Nous ne nous croirions pas vraiment sur le terrain d’une école avec nos conteneurs maritimes. Au-delà de l’apparence du site, nous avons aussi les mêmes heures que sur un chantier. Nous commençons très tôt le matin, vers 6 h 30, et nous terminons vers 18 h. Ce sont de longues journées, mais c’est très représentatif de la réalité. »

La cohorte de 2026 comptait 12 étudiants, pour une formation débutée en mars et se terminant en juin. « Encore une fois, je veux que ça ressemble à la vraie vie. C’était important pour moi que les étudiants touchent à l’hiver. C’est sûr que ce n’est pas la même chose d’habiller un plongeur à moins 30 qu’à 15 degrés. C’est primordial qu’ils découvrent ça parce qu’ils auront à travailler de plus en plus l’hiver. » 

Jusqu’ici, l’école fonctionne beaucoup par le bouche-à-oreille et les cohortes se remplissent rapidement, mais elle pourrait éventuellement accueillir davantage d’étudiants à mesure de son développement.

Domaine en forte demande

On compte une quinzaine d’entreprises en travaux sous-marins au Québec, réparties notamment dans les régions de Montréal, Québec, Trois-Rivières, Gatineau, Sept-Îles et le Lac-Saint-Jean. Dans la province, seulement 160 scaphandriers actifs œuvrent dans l’industrie de la construction. « Le taux d’embauche présentement se situe à 100 %. C’est très demandé parce qu’il manque de monde. Les étudiants sont habituellement tous placés avant que leur cours soit terminé », affirme Nicolas Dufort.

Le profil de la clientèle est très varié, ajoute-t-il. « Il y a des gens qui viennent de tous les domaines. Personnellement, j’aime bien avoir des étudiants qui ont une, deux ou trois années d’expérience en construction, soit comme manœuvre ou dans un autre métier, parce que la plongée, ça reste surtout le mode de transport jusqu’au lieu de travail. Donc, quand un étudiant arrive ici et qu’il sait déjà comment travailler, c’est un plus. Je donne cependant la chance à tout le monde. »

Les âges sont également variés, à condition d’avoir 18 ans à l’entrée sur le marché du travail. La cohorte 2026 de l’école Horizon comptait même un étudiant de 55 ans qui travaillait auparavant comme plongeur autonome.

Une formation intensive

Félix Dion, membre de la cohorte 2026, soutient ne pas regretter sa décision de s’inscrire à cette école. Il apprécie particulièrement la diversité des apprentissages offerts. « Je suis vraiment content parce que c’est intensif. La courbe d’apprentissage est incroyable. Nous commençons à la base, mais nous montons vraiment vite. Plus les journées avancent, plus j’ai hâte de finir le cours pour commencer à travailler. En même temps, c’est tellement une belle expérience que je n’ai pas envie que ça se termine. »

C’est après avoir suivi un cours de plongée « Open Water » l’an dernier que le déclic s’est fait. « Des gens m’ont parlé du centre et tout s’est mis en place. La plongée m’a toujours intéressé, donc en faire mon métier devenait logique. »

Selon lui, le site de la mine BC-1 constitue un terrain de jeu idéal pour apprendre. Il est également heureux de faire partie des premières cohortes. « C’est sûr que c’est encore en développement, mais ça progresse tellement vite. Les gens qui viennent ici ont des expériences très différentes. Plus nous avançons, plus nous apportons des idées. Nous développons le site avec Nic [Nicolas Dufort] et les autres professeurs. C’est vraiment plaisant de pouvoir y laisser notre marque. »

Enfin, Félix Dion confirme avoir déjà été approché par plusieurs employeurs. « N’importe qui voulant se lancer ici est le bienvenu, peu importe l’expérience. Personnellement, je partais de zéro, sans expérience de chantier ni en plongée. Si tu en as, c’est encore mieux, mais tu peux vraiment commencer de rien et sortir d’ici comme un très bon plongeur avec beaucoup de connaissances », conclut-il.