Une première étude sur l’impact des résidus miniers amiantés chez les poissons

L’équipe du projet de recherche interdisciplinaire RMA-SENTINELLE, mené par l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), a réalisé la semaine dernière d’importantes étapes de terrain à l’étang Stater et au lac à la Truite à Irlande. Celles-ci consistaient notamment en l’installation de filets de pêche afin de capturer les différentes espèces présentes dans ces plans d’eau.

Ces travaux visent à évaluer les impacts écotoxicologiques des résidus miniers amiantés sur les organismes sentinelles aquatiques, ainsi que la perception sociale dans les régions amiantifères. À l’origine, ce projet a été initié en mai 2023 par Réjean Vézina, de l’Association de protection du lac à la Truite d’Irlande (APLTI), en collaboration avec le professeur Reinhard Pienitz. Le principal objectif est de répondre aux inquiétudes citoyennes concernant l’absence de données sur la présence de fibres d’amiante dans la chair de poisson.

« En faisant des échantillonnages dans l’étang Stater et au lac à la Truite, je trouvais que ces bassins étaient fortement pollués par toutes sortes de choses, notamment avec l’érosion des haldes minières et les déversements d’eaux usées. Je me questionnais à savoir si le poisson est consommable dans tout ça. Il peut survivre, mais pour l’être humain, est-ce que c’est bon? Ce n’est pas pour apeurer la population, mais plutôt à titre préventif. C’est quelque chose qui ne s’est jamais fait, tester la chair du poisson pour voir s’il absorbe la fibre d’amiante dans l’eau », a raconté M. Vézina lors du passage du Courrier Frontenac.

Évidemment, ce dernier souhaite que les retombées soient positives, c’est-à-dire qu’aucun problème ne soit détecté et que le poisson soit consommable.

Le projet a été pris en charge par l’INRS et Patrice Couture, professeur en écotoxicologie, en est le chercheur principal. Plusieurs partenaires sont impliqués, dont le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs, Coalia, centre de recherche associé au Cégep de Thetford, ainsi que le Groupe de concertation des bassins versants de la zone Bécancour (GROBEC).

Lise Parent, professeure à l’Université TÉLUQ, agit comme codirectrice du projet de recherche et travaille sur le volet des moules. Nicolas Hubert de l’UQAR travaille pour sa part sur les aspects liés à la perception sociale, à la revalorisation des résidus miniers amiantés, ainsi qu’aux risques perçus associés à la consommation de poissons et à la proximité de ces milieux pour l’environnement.

D’une durée de trois ans, le projet a été retenu pour l’obtention d’une subvention dans le cadre du programme TAARMAQ (Transition appuyée et acceptable pour les résidus miniers amiantés au Québec), géré par le Fonds de recherche du Québec – Santé, en lien avec l’Observatoire national de l’amiante (ONA).

Un portrait de la situation actuelle

Concrètement, les travaux réalisés sur le terrain consistent d’abord à capturer des poissons afin d’en évaluer l’état général, notamment leur condition physique, s’ils sont gras ou maigres. L’équipe cherche ensuite à déterminer s’ils présentent une contamination par des métaux, étant donné la présence importante de ces éléments dans les haldes de résidus miniers. Des analyses ciblent le mercure dans la chair ainsi que plusieurs autres métaux. Ces vérifications sont effectuées tant dans la chair que dans le foie des poissons. Par ailleurs, l’équipe mesure différents indicateurs de santé sur le plan biochimique. Le projet inclut également les moules, des organismes filtreurs vivant dans le sable. Puisqu’elles ne bougent pas, elles représentent de très bonnes indicatrices de l’état de santé du milieu.

« Pour y parvenir, il faut échantillonner dans différents types de milieux, soit des environnements peu affectés et d’autres plus impactés. Nous nous rendrons d’ailleurs demain à Val-des-Sources, au lac des Trois Lacs, qui est plus éloigné des résidus miniers afin d’établir un état de référence. Cela nous permettra de comparer avec le lac à la Truite à Irlande qui est plus directement influencé par les haldes », a expliqué M. Couture.

Des sites de rivières devaient aussi être visités dans les deux régions, notamment la Bécancour à Thetford Mines.

« Dans le cadre de notre volet du projet, le but est évidemment de redonner l’information à la communauté locale qui nous l’a demandée au départ. Les citoyens veulent savoir si les poissons sont en santé ici et s’il existe un risque à les consommer. Nous ne répondrons pas nécessairement à toutes les questions, mais nous allons certainement apporter des éléments de réponse », a soutenu le chercheur.

Ces travaux pourront surtout constituer un premier projet de recherche qui permettra de bien caractériser la situation actuelle. Par la suite, lorsque viendra le temps de la revalorisation des haldes et de la restauration du paysage, il y aura un point de référence, une base de comparaison pour voir si la situation s’améliore. D’autres chercheurs pourront ainsi revenir dans quelques années refaire les mêmes études aux mêmes endroits afin de comparer les résultats avec ceux obtenus.

« Est-ce que la situation demeure stable? Est-ce qu’elle s’améliore? Est-ce qu’elle se dégrade? Est-ce qu’elle pourrait au contraire se détériorer avec la remise en circulation des haldes, des poussières et autres éléments? Ce sont toutes des questions pour lesquelles nous avons besoin d’établir un bon état de référence et de réaliser une étude qui nous fournit un portrait de la situation actuelle, tout en répondant aux préoccupations des citoyens », a conclu M. Couture.