Le parcours hors norme de Maxime Poulin, créateur du personnage de Jerry Tremblay

L’organisation du Festival Promutuel de la Relève s’est assurée cette année les services d’un ambassadeur qui a beaucoup fait parler de lui au cours de la dernière année, notamment en raison de sa présence remarquée sur les réseaux sociaux et de sa victoire à l’émission Quel Talent! en novembre 2025. Il s’agit de l’artiste circassien Maxime Poulin, mieux connu sous les traits de son personnage Jerry Tremblay, qui sera de passage au centre-ville de Thetford Mines afin d’offrir le Jerry Show.

Originaire de Weedon, plus précisément du secteur de Saint-Gérard, Maxime Poulin a fait ses premiers pas en arts du cirque à la Polyvalente de Disraeli. « J’ai fait partie de la première année de la concentration. C’est André Garon qui a eu le courage de la démarrer. Il s’est donné corps et âme pour la mettre sur pied et qu’elle perdure. Ce n’était vraiment pas gagné d’avance au début », a-t-il raconté en entrevue avec le Courrier Frontenac.

Il l’admet d’emblée, cette expérience a complètement changé sa vie. Grand amateur de sports extrêmes, notamment de planche à neige et de planche à roulettes, il ne connaissait absolument pas le monde des arts du cirque. « À l’école, nous étions plusieurs à nous ennuyer et à ne pas savoir pourquoi nous étions là. L’école ne nous passionnait pas de manière générale et le cirque nous a donné une raison d’y aller. Nous avons découvert une passion qui nous poussait non seulement à terminer le secondaire, mais aussi à le faire avec plaisir et le sourire. »

Après ses études secondaires, Maxime Poulin s’est dirigé vers l’École de cirque de Québec, où il a passé deux ans dans le programme préparatoire. Il a ensuite intégré l’École nationale de cirque de Montréal, où il a perfectionné son art pendant trois années supplémentaires avant de graduer en 2013. Diplômé avec une spécialisation en vélo acrobatique, il a également développé ses compétences en main à main, en jonglerie et dans l’interprétation de personnages clownesques.

C’est ensuite vers l’Europe qu’il s’est dirigé afin d’amorcer sa carrière professionnelle. « Tu présentes ton numéro en festival et, s’il est bon, tu peux gagner des prix, mais aussi décrocher des contrats. De mon côté, j’ai remporté deux fois le prix du public et j’ai décroché plusieurs contrats en Europe. J’ai entre autres passé cinq ans en Allemagne. Pour moi, ce pays a été ma deuxième école. Être dans un studio, s’entraîner et créer des numéros, c’est une chose, mais les présenter sur scène et pratiquer le clown et le timing devant un public, de façon régulière, m’a vraiment beaucoup aidé à comprendre mon art et à le pratiquer de manière professionnelle. Au Québec, nous n’avons pas tant d’occasions de jouer. Le fait d’aller à l’étranger m’a permis d’atteindre le niveau que j’ai aujourd’hui. »

Depuis le début de sa carrière professionnelle, il a remporté plusieurs prix, collaboré à maintes reprises pour les plus grandes compagnies de cirque canadiennes, présenté ses numéros plus de 1000 fois dans une douzaine de cabarets européens et œuvré sur trois continents. L’artiste s’inspire de son quotidien pour la création de ses œuvres. Son humour développé, sa sensibilité, sa rigueur au travail ainsi que sa compréhension de la scène et des symboles sociaux lui permettent de représenter l’histoire et la profondeur de ses personnages à travers ses numéros circassiens.

Un personnage qui ne laisse personne indifférent

Le personnage de Jerry Tremblay incarne un homme maladroit, désespérément en quête d’amour et de reconnaissance. Ses prestations allient humour absurde, acrobaties spectaculaires et une touche de malaise existentiel transformée en tendresse. Créé lors de son passage à l’École nationale de cirque de Montréal, il est en quelque sorte né d’une blessure à l’épaule qui a forcé Maxime Poulin à revoir son développement artistique.

« J’étais incapable de lever le bras. Ça a duré un an. Finalement, c’est la contrainte de ne pas pouvoir bouger qui m’a amené à me concentrer sur ce que je pouvais proposer sur le plan artistique. Je me suis beaucoup plus concentré sur mon visage, ma proposition, ce qui me faisait rire et ce que j’aimais voir sur scène. »

À l’époque, il avait aussi un grand intérêt pour les créateurs YouTube, ce qui l’a mené à s’inspirer de plusieurs vidéos qu’il a vues. « Souvent, tu peux y voir des gens qui sont drôles malgré eux. Il y en a qui n’ont pas nécessairement beaucoup de confiance en eux, mais ils veulent tellement se mettre de l’avant malgré tout. Ça crée des situations cocasses. Le but, ce n’était pas de rire de ces personnes, mais surtout de recréer ce décalage-là avec amour et respect. Dans le personnage de Jerry Tremblay, il y a beaucoup de ça. »

Ce dernier ne laisse d’ailleurs personne indifférent. Certains l’adorent, alors que d’autres l’apprécient moins, une situation qui ne dérange aucunement son créateur. « Quand tu fais de l’humour et de l’art en général, tu ne plais pas à tout le monde. Ça reste subjectif et ça ne fonctionne pas pour tous. C’est encore plus le cas avec l’humour, il y a des styles que les gens comprennent et aiment, puis d’autres qu’ils n’aiment pas. Je pense aussi que c’est ce qui a fait que Jerry est devenu viral sur Internet. Aujourd’hui, les vidéos qui deviennent populaires sont celles qui créent la controverse. Le fait que les gens adorent et détestent, mais aussi commencent à s’obstiner entre eux dans les commentaires, développe l’algorithme et pousse beaucoup plus la vidéo. Je suis certain que, peu importe ce que tu fais en humour, il va y avoir des gens qui vont apprécier et d’autres qui vont détester. L’important pour moi est d’aimer ce que je fais. Si c’est le cas, je me dis que je suis sur la bonne voie. »

Apprivoiser la pression de la scène

Sa victoire à Quel talent! a sans doute constitué un tournant majeur pour Jerry Tremblay, mais Maxime Poulin attribue également une part importante de cette progression à la création de son spectacle solo, Searching for Love. Celui-ci lui a permis de gagner en confiance dans l’interprétation du personnage et de créer de nouvelles scènes. Pour l’artiste, il s’agit d’ailleurs d’une première, la présentation d’un spectacle solo en salle, bien qu’il performe seul dans la rue depuis longtemps.

« Le rapport à la scène est différent. Ce n’est pas la même pression. C’est comme lorsque tu fais partie d’une troupe. C’est différent de quand les gens paient pour venir te voir, toi, seul sur scène. Je pense qu’il y a vraiment un travail de m’habituer à cette pression-là, mais surtout d’éprouver du plaisir avec ça. La pression peut être un privilège. Avoir l’opportunité de présenter des spectacles solos devant des salles pleines, ça te donne le prétexte de travailler davantage pour offrir une œuvre qui est encore meilleure. C’est sûr qu’au début, c’est stressant, mais quand tu arrives sur scène, les gens sont heureux d’être là et de voir le personnage, puis moi, je suis heureux de le faire aussi. »

L’artiste apprécie également l’occasion de présenter ses spectacles au Québec, dans sa langue maternelle et une culture qu’il connaît bien. Il y trouve un certain côté rassurant. Ayant aussi fait du stand-up en Allemand, une expérience qu’il a adorée, il a toutefois constaté que cela peut devenir compliqué lorsqu’on ne connaît pas tous les référents culturels, particulièrement lorsqu’il faut improviser. « Tu as toujours un peu la peur d’insulter sans le savoir. Tu connais la langue, mais parfois, ce que tu pensais que ça voulait dire, ce n’était pas ça. […] Cependant, le personnage pardonne beaucoup, puis même les erreurs sont les bienvenues. En Allemagne, ça se passe très bien, mais c’est vraiment le fun de jouer au Québec. »

De retour au bercail

Lorsque l’offre du Festival Promutuel de la Relève est venue, par l’entremise de son directeur général Vincent Vachon, qu’il a côtoyé durant ses années au secondaire, Maxime Poulin a tout de suite été ravi de pouvoir revenir dans la région et d’encourager un événement auquel il a assisté à de nombreuses reprises.

« Je n’y suis pas retourné très souvent dernièrement. Ce sera plaisant d’être de retour, de revoir tout le monde et d’avoir la chance de leur présenter ce que je fais », a conclu celui qui poursuivra ses spectacles au cours des prochains mois.

Pour découvrir la programmation complète de la 33e édition du Festival Promutuel de la Relève, consultez le site inforeleve.com. Pour connaître les prochaines dates de spectacles de Maxime Poulin, rendez-vous sur maxpoulin.com.