Une exposition intime sur les crèches et les secrets des origines
La Thetfordoise Danyelle Angers lancera prochainement un projet artistique qui mêle photographie et récit intitulé Le jour où le mur de glace a cédé. Dans cette première exposition, l’artiste photographe propose une immersion intime au cœur d’un monde méconnu, celui des crèches pour enfants abandonnés ou orphelins. À travers son objectif, elle brise la glace pour révéler ce qui se jouait autrefois entre les murs de ces lieux, partageant ainsi le récit de ses propres retrouvailles.
Née en 1967 à la crèche de Québec et adoptée à l’âge de six semaines par une famille de Saint-Joseph-de-Coleraine, Danyelle Angers a longtemps porté en elle une histoire fragmentée. Infirmière pendant 25 ans à l’hôpital de Thetford, elle a consacré sa vie à soigner les autres avant de se tourner, il y a une dizaine d’années, vers la photographie, un médium devenu aujourd’hui essentiel à son propre cheminement.
Le point de départ de ce projet remonte à mars 2025, lorsqu’un appel inattendu vient bouleverser son monde. En effet, une travailleuse sociale l’informe qu’une sœur biologique est à sa recherche. Ayant déjà réalisé par le passé des démarches afin de retrouver sa mère, avant d’apprendre qu’elle était décédée, cette découverte marque le début d’une série de révélations menant à l’existence de cinq frères et sœurs, tous abandonnés à la naissance. Cette rencontre avec son passé agit comme un déclencheur pour l’artiste.
« J’ai entrepris des recherches sur mes origines et mon histoire familiale. J’ai accumulé des fragments d’information, des petits bouts de papier ici et là, que j’ai fini par rassembler. C’est un ami photographe qui m’a alors lancé : ”pourquoi tu ne mets pas ça en images ?” C’est à ce moment que le projet a pris forme. En poursuivant mes recherches, je me suis intéressée aux crèches et j’y ai découvert des réalités qui m’ont profondément bouleversée, même mise en colère », explique Danyelle Angers.
À travers ses œuvres, elle ne raconte pas seulement son histoire, elle met en lumière une réalité largement méconnue, celle des crèches et du sort réservé aux mères et aux enfants qui y ont transité. Son travail explore les conditions de vie difficiles, les stigmates sociaux, mais aussi les mécanismes d’adoption de l’époque, souvent marqués par le secret et la honte.
Ses photographies, accompagnées de textes, prennent la forme de tableaux symboliques. Barbelés, matricules, objets détournés : chaque image devient une métaphore visuelle d’un pan d’histoire. L’artiste y aborde autant la souffrance des mères contraintes d’abandonner leur enfant que celle des enfants adoptés, confrontés à des questions d’identité et parfois au rejet.
À travers une démarche où le récit textuel s’unit à l’image, Danyelle Angers retrace le parcours occulte des crèches jusqu’à sa propre vérité. Sous l’œil de son mentor, Yoland Laflamme, elle développe un langage visuel fortement inspiré par l’œuvre de Pierre Delaunay, privilégiant une esthétique qui donne une forme à l’insensé : le noir et blanc pour évoquer le froid clinique des institutions, les textures rugueuses pour la pénitence imposée ainsi que la glace et la lumière pour symboliser ce mur du secret qui, en mars 2025, a enfin cédé.
Ce projet s’est d’ailleurs inscrit dans un processus thérapeutique pour l’artiste. « Mettre en mots et en images ce que l’on ressent », souligne-t-elle, a permis d’apaiser une partie des blessures, tout en transformant la colère en création.
Danyelle Angers a choisi de présenter cette première exposition dans sa région d’adoption. « Je trouvais important que ça commence ici », affirme-t-elle en précisant que son projet suscite déjà de l’intérêt au-delà de Thetford Mines ainsi qu’auprès du Mouvement Retrouvailles.
L’exposition du projet Le jour où le mur de glace a cédé aura lieu à l’Hôtel du Domaine le samedi 13 juin, de 13 h à 21 h, et le dimanche 14 juin, de 13 h à 16 h.
