Carol Isabel : témoin de la vie régionale pendant près de quatre décennies
Pendant tout près de 40 ans, le journaliste Carol Isabel a raconté des histoires, celles de gens, d’entreprises, d’organismes de la région. Il a relaté des faits, des événements, tantôt beaux et positifs, tantôt difficiles. Il a, en fait, exposé la vie des gens d’ici. Toute bonne chose a une fin, dit le proverbe, le Plessisvillois d’adoption a accroché sa plume le 21 mars. L’homme, qui a passé toute sa vie professionnelle au service de l’information régionale, revient sur son parcours marqué par des rencontres mémorables et des événements marquants.
Tout a commencé pour lui en 1985. Il fréquentait alors l’Université Laval, son programme d’études se composant de trois mineures en histoire, en français et en journalisme. L’ouverture d’un poste de rédacteur sportif au journal Le Courrier Frontenac de Thetford Mines l’amène à une grande décision : après un an et demi d’études, il quitte le milieu universitaire pour entreprendre une carrière journalistique. C’était alors le début d’une grande aventure dans le monde des médias qu’il n’allait jamais quitter. “Oui, j’ai commencé dans le sport. C’est ce qui m’attirait, car je suis un fervent de statistiques, confie-t-il. Je lisais les journaux, les articles de sports. Comme les emplois dans ce domaine se faisaient rares, j’ai pris le poste qui s’ouvrait. Le timing était bon.”
Pendant quatre ans, le journaliste sportif terminait bien souvent le boulot tard le dimanche soir afin de livrer les nouvelles du week-end dans l’édition du lundi. “Il m’arrivait même, se souvient-il, de me rendre personnellement en pleine nuit à l’imprimerie d’Arthabaska pour aller porter les dernières pages à imprimer avant la distribution du journal le lendemain.”
Parmi les souvenirs marquants de cette époque, Carol Isabel a en mémoire la victoire des Castors de Black Lake en coupe junior. “J’allais recueillir à chaud les impressions des nouveaux champions dans le vestiaire. Juste avant cependant, ils m’ont arrosé de champagne. Adieu, le beau manteau de cuir!”
Après la couverture de l’actualité sportive, le journaliste prend la responsabilité de la rédaction générale, puis devient ensuite rédacteur en chef du Courrier Frontenac pendant sept ans.
En 1996, une opportunité se présente à Plessisville. Il rejoint ainsi l’équipe de L’Avenir de votre région qui allait devenir plus tard L’Avenir de l’Érable.
Impérissables souvenirs
Une carrière de près de 40 ans laisse irrémédiablement une multitude de souvenirs. Carol Isabel se souvient notamment d’un Jean Charest très humain lors des inondations de 2004 dans la MRC d’Arthabaska. La venue du premier ministre Bernard Landry pour soutenir une entreprise de Princeville l’a aussi impressionné. “J’ai aussi croisé, note-t-il, des ministres comme Roger Lefebvre, Christian Paradis et Jacques Baril, de même que des députés comme feu Sylvie Roy, Luc Berthold et Eric Lefebvre, toutes des personnalités engagées pour leur communauté et leur région.”
Des expériences uniques, le journaliste en a vécu plus d’une au fil des ans : descente sous terre à la mine Bell de Thetford Mines, un embarquement à bord d’un avion Hercule de l’armée et même un vol à bord d’un appareil des Snowbirds des Forces armées canadiennes. “Voyager avec les Snowbirds, ce n’est pas de tout repos, commente-t-il. Le vol était tout aussi cahoteux qu’un trajet sur la route 269 entre Robertsonville et Saint-Méthode.”
Les visites du Parlement d’Ottawa et de l’Assemblée nationale à Québec, initiées par les députés Luc Berthold et Jacques Baril, font aussi partie des beaux moments dans sa carrière journalistique.
Tout comme les matchs de hockey qu’il a également eu l’occasion de disputer avec des personnalités sportives du milieu.
Carol Isabel répondait présent aussi quand les brasseries Molson et O’keefe invitaient, à l’époque, la presse régionale à assister chaque année à un match des Canadiens et des Nordiques au Forum de Montréal et au Colisée de Québec, tous frais payés. “C’était les belles années!”, s’exclame-t-il.
Tout n’est pas que positif cependant pour un journaliste. Des moments éprouvants, Carol Isabel en a vécu en couvrant des faits divers difficiles, des accidents mortels. “On a beau, dit-il, développer une carapace, être témoin de la détresse des familles reste éprouvant.”
Et le travail peut appeler le journaliste en tout temps. Il se souvient, entre autres, d’avoir couvert un déraillement de train un 1er janvier, de même qu’une mini-rafale pendant ses vacances estivales. “Il m’est arrivé aussi d’aller prendre en photo des triplés qui venaient de naître un 25 décembre.”
Des dossiers suscitant de vifs débats, comme le projet éolien de L’Érable ou la fermeture de l’urgence du CLSC de Plessisville, ont aussi ponctué sa carrière. “Le journalisme, c’est aussi accompagner la population dans ses combats”, observe-t-il.
Carol Isabel a pu être témoin d’un moment historique : le regroupement de la Ville et de la Paroisse de Plessisville après des décennies de divergences. “Un changement rendu possible par la solidarité populaire et la volonté politique”, fait-il remarquer.
Le secret pour durer
De toutes ces années, Carol Isabel en garde de bons souvenirs. “Livrer la nouvelle semaine après semaine, jour après jour, n’a pas toujours été une mince tâche, mais ce fut surtout un plaisir. Un plaisir, non pas seulement d’informer, mais aussi de le faire aux côtés de collègues formidables, dont plusieurs sont devenus des amis au fil des ans.”
Jamais, affirme-t-il, il n’a éprouvé l’envie de faire autre chose. C’est parce qu’il a pu toucher un peu à tout. “J’ai toujours pu continuer dans le métier, car je suis passé du sport au journalisme général en plus d’exercer certaines fonctions comme rédacteur et même éditeur adjoint à L’Avenir de l’Érable. D’avoir pu toucher à différents aspects a fait que j’ai toujours voulu rester dans ce milieu-là.”
En près de quatre décennies, Carol Isabel a vécu l’évolution, lui qui, à son entrée dans le journalisme en 1985, a vu les machines à écrire laisser leur place aux premiers ordinateurs cathodiques. “Puis avec l’arrivée d’Internet, le métier a évolué rapidement. Ce fut un véritable bouleversement. Il a fallu s’adapter à une diffusion plus rapide de l’information. Nos sites web sont devenus des références locales en complément des journaux.”
Ce qu’il préférait dans son job, rencontrer les gens et écrire, répond-il tout de go. À l’inverse, ce qu’il trouvait moins agréable, les heures de tombée (deadline), le rythme effréné du métier. “C’est ce que je considère comme des irritants, être obligé de se dépêcher, être souvent à la course et publier la nouvelle rapidement.”
Aujourd’hui, s’il délaisse la plume, Carol Isabel reste admiratif de ceux et celles qui façonnent l’avenir régional : le personnel enseignant, les entrepreneurs et les jeunes travailleurs. “Je salue en particulier Martin Le Moine de Fruit d’OR qui a toujours mis l’accent sur l’importance de la jeunesse et de l’emploi en région. Aujourd’hui, je comprends encore mieux son engagement, ayant moi-même un fils de 22 ans qui travaille dans l’une de ses entreprises.”
Le Plessisvillois ne cache pas non plus qu’il se dit “vivement impressionné” du travail réalisé par le président Serge Barthell et toute son équipe du Relais pour la vie de la MRC de L’Érable, l’un des plus grands relais au Canada.
“Le Marathon de l’espoir et la Fondation du CLSC-CHSLD de l’Érable sont également très importants pour la communauté”, souligne-t-il.
En bon amateur de sport qu’il est, Carol Isabel salue au passage Mavrik Bourque des Stars de Dallas à qui il souhaite tout le succès possible lors des prochaines séries éliminatoires. “Pour qu’on ait notre défilé de la Coupe Stanley sur la rue Saint-Calixte à Plessisville”, lance-t-il.
Chanceux d’avoir perduré
Conscient des défis auxquels font face les médias, Carol Isabel s’estime chanceux d’avoir pu exercer ce métier aussi longtemps. Il remercie toutes ces personnes qui lui ont donné sa chance : Lucyl Lachance et Louis Saint-Laurent (Courrier Frontenac) et Michel Gauthier (La Nouvelle Union et L’Avenir de l’Érable), sans oublier son premier rédacteur en chef, Mario Royer, son dernier rédacteur en chef, Ghislain Chauvette et celui qui aura été son dernier directeur général, Mathieu Allard.
“Merci aussi aux lecteurs et annonceurs qui croient encore en la presse locale. Vous êtes les véritables moteurs de l’information régionale”, exprime-t-il.
Maintenant la carrière terminée, comment occupera-t-il ses journées? Quel est son projet? “Une remise en forme pour mes 60 ans”, conclut-il tout en se promettant bien de continuer à suivre l’actualité locale et en souhaitant bon vent à ses collègues, notamment l’équipe de La Nouvelle Union et L’Avenir de l’Érable.
Eh bien, nous aussi, on te souhaite le meilleur pour la suite. Et merci pour tout. N’hésite pas à revenir nous voir. Salut Carol!
