Un fruit indigène aux mille possibilités

Marc-Antoine Berthiaume et Rachel Asselin ont implanté en 2016 un verger de sureau blanc biologique sur une portion de la terre familiale à Saint-Jacques-de-Leeds. Le fruit de cet arbuste indigène, peu connu des Québécois, offre d’immenses possibilités selon les deux producteurs qui s’emploient à le faire connaître via leur entreprise Cultures Mara.

Au départ, le reste de la terre servait principalement à la grande culture et le couple recherchait un projet en attendant de prendre la relève de la ferme des parents de M. Berthiaume. « Nous cherchions quelque chose que nous pourrions partir tranquillement. Avec des arbres fruitiers, tu plantes la première année et après ça prend quand même quelques années avant d’avoir une production qui a de l’allure. Ça nous permettait d’investir tranquillement. Nous avons planté environ 2000 plants », a-t-il raconté au Courrier Frontenac.

L’implantation s’est déroulée sur cinq ans, puis le couple a par la suite acquis l’entreprise agricole avec les terres en grande culture et les bâtiments en 2021. L’an dernier, il a aussi agrandi le verger de sureau qui comprend maintenant plus de 3000 plants. « On a décidé de continuer à le développer en raison de sa versatilité et de sa facilité à se reproduire ainsi qu’à survivre au climat du Québec, a expliqué Mme Asselin. Il survit autant aux canicules qu’aux températures de moins 50 degrés. […] Le sureau est une plante indigène en Amérique, il pousse partout dans nos forêts. Dans notre verger, nous avons le sureau blanc, mais il y a aussi le sureau rouge dans les forêts du Québec. Le sureau noir se retrouve quant à lui plutôt en Europe. »

Culture du sureau

À l’état naturel, le sureau canadien peut atteindre jusqu’à deux mètres de hauteur et plus de 1,5 mètre de largeur. Il se reproduit par dissémination des graines ou par drageonnement (multiplication végétative à partir d’un bourgeon). Sa croissance s’étend de la fonte des neiges jusqu’à la chute des feuilles. La floraison commence vers la mi-juin, atteint son apogée la première semaine de juillet et peut se prolonger jusqu’en septembre. Les récoltes se déroulent de la fin août à septembre et durent environ vingt jours. Une fois récoltées, les baies doivent être congelées rapidement, car elles se conservent très peu de temps à l’état frais.

L’entreprise fait appel à une équipe saisonnière d’environ huit personnes, principalement pour la cueillette. Le reste de l’année, le travail consiste surtout à l’entretien : tonte de la pelouse, taille des haies, ramassage des branches, désherbage, fertilisation et autres tâches similaires.

Potentiel méconnu, mais divers

La culture du sureau reste encore émergente au Québec, avec un nombre limité de producteurs. Fruit très riche en antioxydants, il peut servir, entre autres, à la fabrication de teintures naturelles. Pour sa part, le principal client de Cultures Mara utilise le sureau dans la confection de sirops pour la toux. Le reste de leur clientèle évolue principalement dans le secteur de la restauration.

L’entreprise de Saint-Jacques-de-Leeds demeure par ailleurs déterminée à faire connaître ce fruit encore trop méconnu et plein de potentiel. « En cuisine, il apporte une note légère et florale. Il se prête à de nombreuses préparations dans les sauces, les purées, les gelées ou les coulis. Sa couleur mauve est magnifique. Il peut également être macéré pour produire du vin ou intégré à la bière. Certains restaurants l’utilisent dans des cocktails ou comme élément décoratif dans les assiettes. Il peut aussi être macéré et servir de câpres. De notre côté, nous avons développé des tisanes avec les fleurs qui sortent à la fin octobre et au début novembre. Nous les tournons en poudre avant de les consommer. Nous avons également des projets en collaboration avec la microbrasserie Le Griendel. Il y a vraiment beaucoup de possibilités, mais tout est une question de temps et de mise en marché », a souligné Mme Asselin.

Elle a également mentionné que les plants de sureau constituent une excellente option pour les haies, leur entretien étant simple. L’entreprise fait d’ailleurs la vente de boutures aux particuliers.

« Il y a plusieurs jeunes producteurs qui nous ont contactés et qui sont venus nous voir pour en apprendre plus sur ce type de culture. On sent qu’il y a un intérêt à développer le marché du sureau au Québec », a-t-elle conclu.