Une situation de plus en plus alarmante au lac à la Truite d’Irlande

Une expertise menée entre les mois de mars et juin 2025 par l’ingénieur en hydrologie Miroslav Chum révèle que la profondeur maximale du lac à la Truite d’Irlande a diminué d’environ 30 centimètres en dix ans, selon une comparaison avec les cartes bathymétriques de 2015.

L’Association de protection du lac à la Truite d’Irlande (APLTI) tire la sonnette d’alarme. Elle craint qu’en l’absence d’interventions rapides et significatives, le plan d’eau ne se referme progressivement jusqu’à disparaître.

L’étude commandée par l’APLTI confirme ce que l’organisme dénonce depuis plusieurs années : une charge excessive en sédiments accélère le vieillissement du lac, déjà dans un état avancé d’eutrophisation. Certaines sections se sont transformées en marécages, voire en prairies.

Selon le rapport publié le 31 juillet dernier, la situation ne concerne pas uniquement le lac à la Truite d’Irlande. Si rien n’est fait, les lacs William et Joseph subiront eux aussi une lente détérioration. « Étant donné que la capacité de rétention de l’étang Stater a déjà été atteinte, le lac à la Truite d’Irlande continuera de se dégrader et, par conséquent, une fois qu’il sera comblé, ce sera au tour du lac William de jouer le rôle de bassin de rétention », a expliqué l’APLTI, pour qui le statu quo revient à accepter la mort lente et progressive de la haute rivière Bécancour.

Le passif minier en cause

Dans son rapport, l’ingénieur Miroslav Chum rappelle que l’exploitation minière passée a profondément marqué le réseau hydrographique. Encore aujourd’hui, les haldes minières génèrent d’importants apports en sédiments.

Le document souligne aussi une prolifération accrue des plantes aquatiques par rapport à 2015. Ces végétaux, enracinés au fond mais flottant en surface, piègent davantage de sédiments fins et accélèrent l’envasement du lac. Résultat : la transformation en marécage, puis en prairie humide, s’accélère.

« En dix ans, nous avons perdu 30 centimètres de profondeur, malgré la restauration du barrage de l’étang Stater en septembre 2017 et l’installation d’un bassin de rétention à la mine Normandie en octobre 2021. Comme l’ensablement s’accélère avec une végétalisation plus dense d’année en année, le résultat risque d’être encore beaucoup plus rapide et alarmant. Nous craignons qu’une autre perte de 30 centimètres survienne bien avant dix ans », a exprimé le président de l’APLTI, Réjean Vézina.

Des solutions possibles?

De façon générale, une intervention globale appliquée à tout le bassin versant est proposée pour réduire la charge sédimentaire, ainsi que la présence d’éléments nutritifs dans les tributaires. Particulièrement, la réduction de l’usage d’engrais chimique, l’optimisation de l’agriculture, la restauration des bandes riveraines filtrantes, le traitement des eaux usées, le contrôle du ruissellement et le contrôle général de l’érosion demeurent les actions pertinentes. Cependant, une intervention sur toute la superficie du bassin est laborieuse et non envisageable à court terme.

Considérant le degré de dégradation du lac à la Truite, l’ingénieur Miroslav Chum estime que des interventions relativement musclées et rapides doivent être envisagées. La mesure la plus efficace serait le dragage des sédiments accumulés, mais l’opération impliquerait un volume colossal de matériaux à déplacer, estimé à 140 000 voyages de camion. De plus, obtenir les autorisations gouvernementales pour une telle intervention semble pratiquement impossible.

L’avenue la plus réaliste visant à ralentir le vieillissement du lac consisterait à réduire les apports en sédiments. Selon M. Chum, la gestion de ceux provenant des résidus miniers devrait demeurer la priorité. Il croit également que le retrait des sédiments accumulés dans l’embouchure de la rivière Bagot, par exemple, pourrait grandement améliorer la situation.

« La réhabilitation est-elle possible? Si le passé est garant de l’avenir, les vraies actions gouvernementales et municipales seront prises lorsque le lac sera devenu un étang, même un marécage, ce qui peut arriver plus vite qu’on le pense. À ce moment-là, tous les Irlandois verront leur compte de taxes augmenter en raison de la baisse foncière des résidences riveraines. L’histoire se répétera plus tard pour les deux autres lacs en aval », a déploré Réjean Vézina.