Hydro-Québec souhaite doubler le tarif énergétique pour les centres de données
MONTRÉAL — Des analystes d’Hydro-Québec ont fait valoir jeudi matin que le service public devait agir de toute urgence pour limiter l’impact du secteur en pleine croissance des centres de données sur les coûts énergétiques des Québécois.
Lors d’une audience publique à Montréal, la société d’État a réclamé un nouveau tarif énergétique qui pourrait doubler le coût de l’énergie pour les centres de données.
«Je pense que je ne vais surprendre personne en disant que le contexte a profondément changé et que la période des surplus énergétiques est désormais derrière nous», a indiqué Sarah Trabelsi, cheffe des coûts et de la tarification chez Hydro-Québec.
Cette déclaration s’inscrivait dans le cadre de la première présentation de la société lors d’une audience devant la Régie de l’énergie. Elle oppose Hydro-Québec à des acteurs de l’industrie technologique comme Google ainsi qu’à des défenseurs de l’environnement comme Greenpeace.
Hydro-Québec demande à la Régie de l’énergie d’envisager un nouveau tarif d’électricité pour les centres de données nécessitant une capacité supérieure à cinq mégawatts.
Cette proposition ferait grimper les prix de l’énergie à une moyenne de 13 cents par kilowattheure. Les centres de données paient actuellement en moyenne 6,82 cents par kilowattheure, selon les calculs d’Hydro-Québec.
Le coût moyen de l’énergie s’élevant à environ 12 cents par kilowattheure et étant en hausse, Hydro-Québec a dit vouloir s’assurer de ne pas continuer à vendre de l’énergie aux centres de données à un tarif réduit qui ferait payer la facture aux autres clients.
«C’est donc pour essayer de maîtriser, d’atténuer, de contrôler cet impact sur l’ensemble de la clientèle qu’on propose ces tarifs», a précisé Mme Trabelsi.
Hydro-Québec a indiqué que les centres de données qui seraient soumis au nouveau tarif consomment actuellement 190 mégawatts en période de pointe et pourraient atteindre 1000 mégawatts d’ici 2035.
Mme Trabelsi a affirmé que le but d’augmenter les tarifs pour les centres de données n’était pas de ralentir la croissance du secteur.
«Ce n’est clairement pas un moratoire, ce n’est clairement pas un frein pour cette croissance», a-t-elle répondu à l’une des questions de l’avocat Dominique Neuman, qui représente la Corporation de développement Waswanipi.
Mme Trabelsi a précisé que le gouvernement prenait en compte ces questions, comme celle de la souveraineté numérique, lorsqu’il décide d’approuver ou non les allocations énergétiques pour de grands projets.
«Nous sommes conscients de l’importance de ce secteur d’activité», a-t-elle ajouté.
Une avocate représentant la Coalition des centres de données, Marie-Pierre Boudreau, a questionné les experts de la société d’État à savoir s’ils avaient déjà considéré la manière par laquelle ces coûts retomberaient sur les consommateurs utilisant des services reposant sur les centres de données.
Mme Trabelsi a répondu que le service ne prenait en compte que ses clients directs.
Mme Boudreau a également souligné qu’Hydro-Québec avait fait campagne pour attirer les centres de données vers la province en 2017, accordant à ces projets des rabais sur les tarifs industriels.
«On était dans un contexte tout autre» dans lequel la société d’État était en période de surplus, a indiqué Mme Trabelsi.
Une décision à prendre avec des pincettes
Les coûts énergétiques des centres de données au Québec sont bien inférieurs à la plupart des autres juridictions, selon l’analyste du secteur de l’énergie Jean-François Blain.
«Ça crée une attraction exceptionnelle favorisant le Québec, mais on est capable d’approvisionner ces entreprises-là», a-t-il avancé.
Mais ce nouveau tarif pourrait ainsi rapprocher les coûts d’Hydro-Québec de ceux d’autres juridictions, ce qui pourrait influencer la décision du gouvernement lorsqu’il devra approuver des projets de centre de données, a dit M. Blain.
«D’un point de vue de développement économique, notre gouvernement serait-il d’accord de mettre tous ses œufs dans le même panier, et de ne plus disposer des dizaines ou centaines de mégawatts offerts (aux centres de données) pour d’autres développements économiques d’autres secteurs ?» s’est-il interrogé.
La Régie de l’énergie devra cependant évaluer l’équité dans la création d’un tarif sur mesure s’appliquant seulement aux centres de données, a ajouté M. Blain.
La première partie de l’audience doit se dérouler jusqu’au 9 octobre, une seconde étant planifiée pour décembre.
Des représentants de Google, ainsi qu’une coalition de groupes environnementaux, incluant Greenpeace et Nature Québec, doivent questionner les experts d’Hydro-Québec la semaine prochaine.
Dans les documents soumis à la Régie, Google a exigé que la proposition de tarif d’Hydro-Québec soit rejetée. L’entreprise a également demandé que la société d’État permette aux centres de données existants de garder leur tarif actuel jusqu’à ce qu’elle reconduise un examen approfondi de leurs coûts.
La Régie de l’énergie évaluera si un nouveau tarif pour les centres de données est équitable et viable.
