Jennie Carignan pressentie pour un poste de haut rang à l’OTAN

OTTAWA — Le gouvernement libéral propose la candidature de la cheffe des Forces armées canadiennes, la générale Jennie Carignan, à un poste de haut niveau au sein de l’OTAN.

Le ministre de la Défense, David McGuinty, a annoncé mercredi la candidature de Mme Carignan pour la présidence du Comité militaire de l’OTAN – le principal conseiller militaire du secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte.

Une élection est prévue en septembre pour désigner le successeur du président sortant, l’amiral italien Giuseppe Cavo Dragone, dont le mandat prendra fin l’été prochain.

Mme Carignan devrait démissionner de son poste de cheffe d’état-major de la Défense avant de prendre ses nouvelles fonctions.

Ce poste de haut niveau est très convoité et les élections donnent lieu à des luttes acharnées accompagnées d’un lobbyisme intense.

L’Allemagne a proposé son chef d’état-major, le général Carsten Breuer, pour ce même poste plus tôt cette année.

L’ancienne ambassadrice du Canada auprès de l’OTAN, Kerry Buck, a souligné que, si la candidature de Mme Carignan aboutissait, elle deviendrait la première femme à présider le comité.

Mme Buck a ajouté que, même si la nomination de Mme Carignan serait une bonne chose pour le Canada, celle-ci ne représenterait pas le pays dans le cadre de ses fonctions et agirait en tant que partie neutre au sein de l’alliance.

«Ce serait fantastique si elle obtenait ce poste, mais la concurrence sera rude, a déclaré Mme Buck. Le fait que nous la proposions envoie un signal assez important au Comité militaire de l’OTAN.»

Le poste le plus élevé de l’alliance militaire n’a été occupé que par trois Canadiens. Le dernier à avoir occupé ce poste était le général à la retraite Raymond Henault, qui a assuré la présidence de 2005 à 2008 pendant la guerre en Afghanistan.

M. Henault a raconté à La Presse Canadienne qu’il s’agissait d’un poste exigeant qui demandait beaucoup de temps et d’énergie.

«Le genre de talent dont Jennie Carignan a fait preuve en tant que cheffe de la Défense convient parfaitement à un poste comme celui-ci», a soutenu M. Henault.

Il l’a décrite comme une dirigeante dotée d’une grande expérience opérationnelle, qui «sollicite très activement les conseils et l’expérience des autres» pour éclairer ses décisions.

La générale Carignan occupe le poste de cheffe d’état-major de la Défense depuis l’été 2024, date à laquelle elle a remplacé le général à la retraite Wayne Eyre à la tête des Forces armées canadiennes.

Elle a mené une longue carrière en tant qu’ingénieure de combat et commandante, et a été déployée en Afghanistan, en Irak, en Bosnie et en Syrie.

«Avoir une Canadienne dotée du type d’expertise dont elle a fait preuve serait très bénéfique pour l’OTAN», a affirmé M. Henault.

Jennie Carignan continuera de diriger l’armée canadienne pendant que se déroulera le processus de sélection pour le poste à l’OTAN. Le choix est effectué par les chefs d’état-major de l’alliance.

Les chefs d’état-major de la Défense n’ont pas de mandat fixe, mais ils occupent généralement ce poste pendant environ trois ans.

Cette vacance de poste à l’OTAN survient à un moment particulièrement difficile et tumultueux pour l’alliance, alors qu’elle est aux prises avec la guerre en Ukraine, l’évolution rapide de la guerre par drones et les menaces répétées du président Donald Trump de retirer le soutien des États-Unis.

M. Trump a également amorcé un retrait de ses troupes en Europe, ce qui risque de compromettre la dissuasion et la cohésion de la politique de l’OTAN envers la Russie.

Bien que l’OTAN ne soit pas impliquée dans la guerre en Iran, ce conflit entrerait en ligne de compte dans le processus décisionnel interne de l’alliance.

«C’est sans aucun doute une période de bouleversements, une période d’imprévisibilité, principalement causée par les États-Unis, mais aussi par le contexte sécuritaire actuel», a déclaré M. Buck.

«Cela rend la prise de décision plus difficile. Le principal défi au sein de l’OTAN est donc de maintenir les États-Unis dans le giron de l’alliance en leur faisant jouer un rôle aussi constructif que possible (…) Quel que soit celui qui occupe ce poste, la tâche sera difficile.»

M. Rutte a déclaré lors d’une conférence de presse mercredi que l’alliance s’éloignait d’une dépendance excessive vis-à-vis des États-Unis, qui réorientent progressivement leur attention vers d’autres régions, notamment l’Asie.

«L’Europe jouera un rôle plus important aux côtés du Canada, une Europe plus forte au sein d’une OTAN plus forte, assumant davantage de responsabilités en matière de défense conventionnelle», a soutenu M. Rutte depuis le siège de l’OTAN à Bruxelles, en Belgique.

Le mandat de quatre ans de M. Rutte prendra fin en 2028, mais pourrait être renouvelé.