L’armée canadienne se prépare au nouveau monde de la guerre par drones

OTTAWA — Le «général des drones» Darcy Molstad affirme que l’armée canadienne est consciente qu’elle doit «accélérer l’adoption» des systèmes sans pilote et qu’elle doit modifier ses relations avec l’industrie, alors qu’elle envisage de se doter de flottes de drones à faible coût et la technologie nécessaire pour les contrer.

Le lieutenant-général à la tête du Commandement des Forces interarmées du Canada a confié mardi à La Presse Canadienne que la guerre en Ukraine avait démontré à quel point les drones peuvent restreindre les mouvements de troupes et renverser le cours d’un conflit, ce qui en fait une technologie «clé et cruciale» pour les armées modernes.

Il a ajouté que le salon consacré aux drones, qui se tient cette semaine pendant deux jours dans la vallée de l’Outaouais, montre comment l’armée se prépare à ce nouveau monde de la guerre des drones en collaborant étroitement avec les entreprises canadiennes.

M. Molstad coordonne les efforts des Forces armées canadiennes visant à déterminer les types et la combinaison de nouvelles plateformes sans pilote dont l’armée aura besoin, à l’instar des drones à moindre coût qui ont été déployés lors de la guerre en Ukraine.

«Cela illustre notre nouvelle attitude dans nos affaires, à un moment où nous devons innover à la pointe de la technologie, en collaboration directe avec l’industrie, a soutenu M. Molstad. Nous devons travailler main dans la main avec elle, car il s’agit d’une technologie qui évolue de semaine en semaine dans un contexte opérationnel moderne.»

Une vitrine unique pour les militaires

Les Forces armées canadiennes ont organisé mardi et mercredi, en collaboration avec des fabricants, un événement d’essais et de démonstrations nommé «l’Accélérateur de systèmes sans équipage RED COBALT 2026».

Cet événement a permis à quelque 200 membres du personnel de défense, issus de tous les échelons de la chaîne de commandement, d’entrer en contact direct avec près de 30 entreprises développant des technologies de drones. La plupart des participants étaient des entreprises canadiennes, notamment Screaming Geese, ARA Robotique, Draganfly et Sentinel R&D.

RED COBALT a été conçu pour présenter un large éventail de technologies de drones — allant des petits quadricoptères aux drones aériens de plus grande taille, en passant par des systèmes de commandement et de contrôle et des technologies de lutte contre les drones.

«Nous nous intéressons plus particulièrement aux systèmes sans équipage, aux systèmes de lutte contre les drones ainsi qu’aux véhicules terrestres sans pilote. Autrement dit, tout ce qui vole, tout ce qui permet d’abattre ce qui vole, et tout ce qui se déplace au sol de manière automatisée», a précisé le lieutenant-colonel Jayme Leclerc, qui a participé à l’organisation de l’événement.

Les autorités militaires présentes à l’événement ont eu l’occasion d’interroger les fabricants à propos de plusieurs sujets, autant sur les chiens robotisés que sur les systèmes d’évacuation médicale qui transportent des soldats hors de zones de danger.

«Ce type d’événement rassemble toutes ces personnes qui, en temps normal, ne sauraient pas exactement comment s’y prendre ni à qui s’adresser pour pouvoir découvrir ces technologies», a dit M. Leclerc.

L’organisme de développement économique Investir Ottawa a implanté son complexe Zone X.O dans la capitale afin d’aider les entreprises technologiques à commercialiser plus rapidement leurs produits et à collaborer plus étroitement avec l’armée. La zone où les drones étaient exposés cette semaine est un site secondaire de Zone X.O récemment aménagé sur l’ancien aéroport de Killaloe, situé à deux heures d’Ottawa.

«Il s’agit de la première occasion pour les entreprises d’exercer une telle présente sur notre site de Killaloe, qui permet toute sorte de tests, de démonstrations ou de mises à l’essai que nous ne pouvons simplement pas effectuer dans les villes à cause de notre proximité à l’aéroport international d’Ottawa, a dit Sonya Shorey, directrice d’Investir Ottawa. Ce site est parfaitement adapté aux drones, aux contre-drones et aux systèmes sans pilote.»

Des priorités d’armement redessinées

Le gouvernement fédéral met rapidement en place de nouvelles mesures d’approvisionnement en drones s’appuyant sur un bassin de fournisseurs qualifiés, capables de soumissionner pour des contrats gouvernementaux. Auparavant, ça aurait pris des années pour constituer ce bassin, mais il se concrétise désormais en deux mois.

L’idée est de faire collaborer l’armée avec l’industrie afin de mettre plus rapidement de nouveaux drones entre les mains des soldats, tout en développant l’industrie nationale. La stratégie industrielle de Défense du gouvernement libéral cite les drones et les systèmes autonomes comme une capacité souveraine, et un domaine prioritaire pour les achats.

«Nous avons au Canada de nombreuses petites et moyennes entreprises qui recèlent un immense potentiel que nous n’avons pas encore exploité», a fait valoir M. Molstad.

«Lorsqu’une unité tactique commande un drone, il doit exister un mécanisme permettant à ce secteur, au fabricant, de collaborer ensuite avec cette unité afin d’obtenir un retour d’expérience direct et d’améliorer la solution au fil du temps.»

M. Molstad a indiqué que le gouvernement fédéral lancerait prochainement trois appels d’offres importants concernant les drones, une fois que le bassin de soumissionnaires aura été mis en place. Il a précisé qu’il était trop tôt pour en discuter publiquement.

L’armée cherche également à intensifier la formation afin de former davantage d’opérateurs de drones qualifiés.

L’adjudant maître Blake Berggren est un instructeur d’expérience qui a participé à la création du premier cours de l’armée consacré aux drones de vue à la première personne.

«Compte tenu de tout ce qui se passe en Ukraine, les discussions sur les drones de vue à la première personne sont fréquentes au sein de l’armée et ce programme suscite beaucoup d’intérêt», a-t-il affirmé lors d’une pause pendant qu’il pilotait un drone Neros Archer lors de RED COBALT.

«Il faut déployer des efforts considérables et passer de nombreuses heures dans le simulateur pour vraiment maîtriser cette compétence.»

M. Berggren, fantassin de métier, estime que les progrès des drones constituaient le changement le plus important et le plus rapide qu’il ait observé au sein des forces armées au cours de ses 25 ans de carrière militaire.

«Les jeunes soldats qui s’engagent aujourd’hui auront de nombreuses occasions de travailler avec du matériel vraiment génial qui va arriver», a-t-il ajouté.