Les pays du G7 évoquent l’idée de plafonner le prix du pétrole russe

Laura Osman, La Presse Canadienne
Les pays du G7 évoquent l’idée de plafonner le prix du pétrole russe

SCHLOSS ELMAU, ALLEMAGNE — Les pays du G7 ont évoqué l’idée de mettre en place un prix plafond pour les exportations de pétrole de la Russie, lundi, afin de réduire les fonds disponibles au président Vladimir Poutine pour son invasion de l’Ukraine.

La hausse du prix du pétrole a profité à la Russie, qui continue de bombarder son pays voisin malgré les sanctions imposées par les pays occidentaux, dont ceux qui sont présents au sommet du G7 au centre de villégiature Schloss Elmau, dans le sud de l’Allemagne.

La journée de lundi s’est amorcée avec une réunion virtuelle de deux heures animée par le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, lors de laquelle il a expliqué que l’Ukraine aurait besoin d’aide pour reconstruire ses infrastructures et a réclamé de nouvelles sanctions à l’endroit de la Russie.

Les dirigeants du G7 se sont engagés, dans un communiqué conjoint, à soutenir l’Ukraine «aussi longtemps qu’il le faudra». Le premier ministre Justin Trudeau a d’ailleurs annoncé lundi de nouvelles sanctions contre 74 personnes et entreprises en Russie et au Bélarus. D’autres annones sont aussi attendues pour mardi.

Au cours d’une séance d’information technique, des représentants du gouvernement du Canada présents au sommet ont expliqué que plafonner le prix du pétrole russe pourrait aider à limiter l’une des principales sources de revenus du pays. Ils ont toutefois indiqué que les détails étaient toujours en train d’être fignolés.

Des experts remettent toutefois en question la pertinence d’une telle mesure, puisqu’elle ne serait sans doute pas efficace sans la participation de l’Inde et de la Chine.

«Il est légitime de se demander si des pays comme l’Inde et la Chine seraient vraiment prêts à arrêter d’acheter du pétrole russe, surtout quand on sait qu’il se vend moins cher que le prix du marché mondial», a affirmé Carsten Fritsch, un analyste de la banque allemande Commerzbank à l’Associated Press.

Rencontre entre Trudeau et le premier ministre de l’Inde

Le premier ministre de l’Inde, Narendra Modi, a été invité à participer au sommet par l’hôte de l’événement, le chancelier allemand Olaf Scholz.

Selon des données datant du début du mois de juin, le pays de 1,4 million d’habitants avait acheté près de 60 millions de barils de pétrole provenant de la Russie depuis le début de l’année. Pour l’année 2021 au complet, ce chiffre était de 12 millions de barils, selon la firme Kpler.

Lors d’une séance photo rassemblant plusieurs dirigeants, M. Modi a serré la main du premier ministre Trudeau avec enthousiasme, mais plus tard, lors d’une rencontre en tête à tête, le ton était beaucoup plus solennel.

Les deux hommes ont discuté de l’impact de la guerre en Ukraine, de la démocratie et des droits de la personne, a indiqué M. Trudeau.

Les dirigeants du G7, qui comprend également les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France, l’Italie et le Japon, devraient publier leur déclaration finale lors de la dernière journée du sommet, mardi.

Ils rejoindront ensuite d’autres pays à Madrid pour une réunion de l’OTAN afin de discuter des implications militaires du conflit mené par la Russie.

L’Ukraine au centre des discussions

La guerre en Ukraine a été le thème principal abordé par le premier ministre Trudeau lors de ses réunions en Allemagne, comme ce fut le cas au sommet du Commonwealth, au Rwanda. 

«Le Canada a la conviction inébranlable que les Ukrainiens méritent de vivre en paix», a souligné M. Trudeau dans un communiqué accompagnant les nouvelles sanctions, lundi.

«Vladimir Poutine et son régime ont causé des douleurs et des souffrances indescriptibles en Ukraine et dans le monde. Avec nos homologues du G7, le Canada accentue les pressions soutenues et coordonnées qui sont exercées pour mettre fin à la guerre que Vladimir Poutine a choisi de déclencher.»

Les nouvelles sanctions canadiennes comprennent six personnes et 46 entités liées au secteur de la défense russe et 15 Ukrainiens qui soutiennent l’occupation russe du pays. Le gouvernement canadien sanctionne également 13 personnes liées au gouvernement et à la défense, et deux entités au Bélarus.

M. Trudeau a indiqué que le Canada prévoyait également de sanctionner «les agents et entités de désinformation et de propagande soutenus par l’État et contrôlés par de hauts fonctionnaires du gouvernement russe». Le Canada interdira également l’exportation de technologies de pointe que l’industrie de la défense russe pourrait utiliser pour améliorer sa capacité de fabrication, comme des ordinateurs quantiques.

Le premier ministre Trudeau a également annoncé que le Canada, ainsi que les États-Unis, le Royaume-Uni et le Japon, interdiront l’importation de certains articles en or en provenance de la Russie, «ce qui aura pour effet d’exclure ce produit des marchés internationaux officiels et d’isoler davantage la Russie du système financier international».

La Russie était sur le point de faire défaut sur sa dette extérieure, dimanche, pour la première fois depuis la révolution bolchévique de 1917, aliénant davantage le pays du système financier mondial. Mais Moscou qualifie tout défaut de paiement d’«artificiel», parce que la Russie a l’argent pour payer ses dettes, mais affirme que les sanctions ont gelé ses réserves de devises étrangères détenues à l’étranger.

La Russie a annoncé lundi sa propre série de nouvelles sanctions contre le Canada, ciblant 43 Canadiens, dont l’ancien conseiller du premier ministre Gerry Butts et la stratège conservatrice Jenni Byrne.

Avant la réunion, M. Trudeau et l’hôte du sommet, le chancelier Olaf Scholz, ont discuté lors d’une promenade depuis le manoir jusqu’à l’une des prairies, entre le luxueux château et la vue imprenable sur les montagnes de Bavière.

«Nous nous assurons que tout en aidant l’Ukraine autant que possible, nous évitons également qu’il y ait un important conflit entre la Russie et l’OTAN», a déclaré M. Scholz aux médias lors d’une séance de photos avec M. Trudeau.

La nuit précédente, à Kyiv, des semaines de calme général ont été brisées par des tirs de missiles russes. Les missiles ont touché une maternelle et un immeuble résidentiel, tuant un homme et blessant une femme et un enfant, a déclaré le maire de la capitale.

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