Plus de 300 000 Québécois admissibles à l’école anglaise, selon Statistique Canada

Jacob Serebrin, La Presse Canadienne
Plus de 300 000 Québécois admissibles à l’école anglaise, selon Statistique Canada

MONTRÉAL — De nouvelles données du recensement de 2021 de Statistique Canada montrent que près d’un enfant sur huit au Canada, soit plus de 800 000, était admissible à une éducation dans une des deux langues officielles minoritaires. Là-dessus, plus de 300 000 enfants québécois avaient le droit de fréquenter l’école anglaise.

Le Recensement de la population de 2021 comprend de nouvelles données sur les enfants admissibles à l’instruction au primaire et au secondaire dans la langue officielle minoritaire, selon les trois critères de la Charte canadienne des droits et libertés. 

Le recensement a révélé que près de 70 % des enfants canadiens d’âge scolaire admissibles fréquentent ou ont fréquenté une école publique ordinaire dans leur langue officielle minoritaire. Au Québec, 76,2 % des enfants admissibles fréquentaient des écoles anglaises.

Au Québec, c’est à Cowansville, dans les Cantons-de-l’Est, qu’on retrouvait la plus importante proportion d’enfants admissibles à l’école anglaise, à 25 %, suivie de Gatineau à 24,5 % et de Montréal à 22,9 %.

Rodrigue Landry, professeur émérite à l’Université de Moncton et ancien directeur de l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques, a rappelé mercredi que les conseils scolaires de langue minoritaire attendaient ces données avec impatience.

Car c’est la première fois que Statistique Canada rend compte du nombre de personnes qui auraient le droit à l’instruction dans la langue officielle de la minorité et du nombre qui profitent effectivement de ce droit. 

«Les conseils scolaires, en particulier, sont très intéressés à voir ces chiffres, car cela leur permettra d’ouvrir des écoles là où ils manquent d’installations», a souligné M. Landry, qui s’attendait à ce que les chiffres montrent que plus de gens sont admissibles que ce que suggéraient les estimations précédentes.

Le recensement a révélé que c’est en Ontario que l’on retrouve le plus grand nombre d’enfants, 350 000, qui auraient le droit à fréquenter l’école en français, tandis que le Nouveau-Brunswick compte la plus grande proportion de tous les enfants de la province, à 36 %. Le Nouveau-Brunswick comptait également la plus grande proportion d’enfants qui fréquentent effectivement une école de langue officielle minoritaire — 80,6 %. 

L’Alberta avait le pourcentage le plus bas, à 49,6 %. Dans tout le Canada, 64,7 % des enfants d’âge scolaire admissibles fréquentaient des écoles françaises.

Le recensement a aussi révélé que Montréal, Toronto et la région d’Ottawa-Gatineau comptaient chacune plus de 100 000 enfants admissibles.

La «clause Canada» 

Au Québec, les enfants peuvent fréquenter les écoles publiques de langue anglaise si leurs parents, ou un frère ou une sœur, ont fréquenté une école primaire anglaise au Canada. En vertu de cette «clause Canada», les enfants ont également le droit de poursuivre leur éducation dans la langue dans laquelle ils ont commencé s’ils changent de province.

Les citoyens canadiens dont la langue maternelle est le français ou qui ont fréquenté une école primaire de langue française au Canada — et non en immersion française — ont le droit d’envoyer leurs enfants dans des écoles publiques de langue française. Les frères et sœurs d’enfants scolarisés en français au Canada peuvent aussi fréquenter les écoles de langue française.

Le professeur Landry souligne également que les données de Statistique Canada permettent de comprendre où vivent les personnes qui ont des «droits linguistiques minoritaires», ce qui aidera selon lui à résoudre les plus gros problèmes qui empêchent les gens d’accéder à l’éducation dans la langue officielle de la minorité: l’éloignement de l’école et le manque d’écoles.

M. Landry a ainsi rappelé qu’il avait témoigné dans une affaire judiciaire en Saskatchewan où la seule école française disponible se trouvait à une centaine de kilomètres du domicile de l’enfant, rendant l’accès à cette école pour ainsi dire impossible.

Selon Statistique Canada, plus de 90 % des enfants admissibles vivaient à moins de 15 km d’une école de langue officielle minoritaire en 2021.

M. Landry, qui est toujours chercheur associé à l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques, a souligné que ces données fourniront également un aperçu du nombre d’enfants qui quittent les écoles de langue minoritaire avant d’obtenir leur diplôme. Selon lui, des recherches antérieures ont montré que les parents retirent parfois leurs enfants des écoles de langue française dans le but de les préparer à fréquenter les universités anglaises.

Le recensement a révélé que 23,8 % des enfants d’âge scolaire admissibles au Québec n’ont jamais fréquenté une école de langue anglaise, tandis que 22,8 % des enfants admissibles hors Québec n’avaient jamais étudié en français, que ce soit dans un programme régulier ou dans un programme d’immersion.

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