Revenus des églises en chute libre

Revenus des églises en chute libre
L'église Saint-Alphonse (Photo : Courrier Frontenac - Jean-Hugo Savard)

THETFORD. Avec une religion catholique qui bat de l’aile, de grands édifices vides à entretenir et des diocèses de plus en plus voraces, les revenus des fabriques ne cessent de diminuer. Au point tel où bientôt, les organisations religieuses ne pourront à elles seules défrayer les coûts pour maintenir ces édifices ouverts.

La fabrique de la Paroisse Saint-Alexandre doit d’ailleurs composer avec une diminution de près de la moitié de sa capitation ou CVA (contribution volontaire annuelle), et ce, en seulement cinq ans (voir texte en page 2). «Nous avons de la misère à imaginer que la CVA puisse remonter. Ça semble toutefois se stabiliser. La chute est moins rapide au cours des dernières années», soutient le président de la fabrique, Marcel Nadeau.

Selon lui, les raisons de cette diminution sont simples, il y a de moins en moins de pratiquants et de ce fait, moins d’argent entre dans les coffres. «Les gens qui donnaient pour la CVA, ce sont des personnes âgées et comme il en décède régulièrement, ça diminue de cette manière aussi. Les sommes perçues sont plus basses que par les années antérieures. Les gens en donnent moins qu’avant. Ils mettent moins d’importance sur la pratique religieuse que par le passé. Les nouveaux pratiquants ne sont pas nombreux non plus», explique M. Nadeau.

Sursis de huit ans

«Il y a aussi la question des fermetures d’églises. Les gens se disent : "vous avez fermé notre église, alors nous donnerons moins ou plus du tout." Même si nous ne les avions pas fermées, nos finances auraient quand même diminué. Nous aurions peut-être eu un 40 000 $ de plus, mais ce montant n’aurait pas été significatif. En fermant trois églises, nous avons diminué les dépenses de façon majeure. Nous aurions eu plus de 100 000 $ de dépenses additionnelles si nous les avions maintenues ouvertes. Même en ayant un 40 000 $ de plus en CVA, nous serions quand même encore déficitaires», ajoute-t-il.

Malgré la fermeture de quelques églises dans les dernières années, M. Nadeau affirme que ce coussin dans les finances de la fabrique est tout à fait temporaire. «Certains croient qu’en vendant des églises, nous avons fait de l’argent énormément et que nous serons capables de vivre avec cet argent pendant de nombreuses années. Ce n’est pas le cas. Au rythme où ça va, dans huit ans il n’y aura plus rien.»

La situation est tout à fait la même pour la Paroisse Saint-Désiré du Lac Noir à Black Lake. La CVA a également diminué et cela rend de plus en plus difficile le maintien des services actuels. De 2008 à 2013, la capitation est passée de 94 500 $ à 80 900 $. La diminution est moindre que pour Saint-Alexandre, mais elle est tout de même considérable. Saint-Désiré a tout de même pu conserver un budget équilibré au cours de ces années.

 

Des efforts de plus en plus contraignants

Il y a dix ans, le total des revenus de la paroisse se situait à près d’un million $. Aujourd’hui, ce nombre a diminué à 600 000 $. Afin de se maintenir à flot, la Paroisse Saint-Alexandre n’a pas eu le choix d’abaisser ses dépenses. «Au niveau du personnel, nous essayons de continuellement réduire. Ça nous prend quand même le minimum. Il y a sept ans, nous avions le double de personnel. Nous avons maintenant deux prêtres, 1,8 poste de secrétaire, un agent de pastorale et 1,8 poste de sacristains», raconte M. Nadeau.

Par ailleurs, un investissement de 300 000 $ dans le système de chauffage à l’église Saint-Alphonse a été fait en le convertissant au gaz naturel. Ce montant devrait se payer sur six ans avec les économies liées à ce changement. Par la suite, la fabrique sauvera 25 000 $ par année, une économie qui sera des plus importantes dans le futur.

Malgré tout, le président de la fabrique croit qu’éventuellement, son organisation n’aura pas d’autre choix que de prendre des décisions déchirantes. «Il faut que les choses s’améliorent en termes de revenus et dépenses sinon il va falloir prendre des décisions difficiles. Il va falloir couper éventuellement dans les services. Même en vendant l’une des deux églises, les économies ne seraient pas énormes.»

Selon M. Nadeau, il faudra être de plus en plus inventif afin d’aller chercher d’autres sources de revenus. «Les sources de financement ne sont pas énormes. Nous ne sommes pas une entreprise, nous ne pouvons pas diversifier nos sources de revenus. Saint-Alphonse est une église dispendieuse à garder ouverte. Il faudra voir avec les municipalités si elles peuvent nous aider pour l’entretien.»

Il y a aussi la question de l’église Saint-Alphonse comme objet patrimonial. «Nous souhaitons que les gens visitent l’église comme un attrait touristique et qu’ils veuillent l’entretenir comme tel. Ils doivent prendre conscience que c’est un précieux monument du patrimoine et que tous doivent faire leur part, pas seulement les catholiques, dans le but de le conserver.»

Quelques faits saillants

– De 2009 à 2013, l’argent alloué en salaires est passé de 376 700 $ à 231 000 $. Cela s’explique par le départ d’employés.

– La vente d’églises ou de mobilier a rapporté près de 745 000 $ à la Paroisse Saint-Alexandre depuis 2009.

– Les placements à long terme sont évalués à un peu plus de 800 000 $.

– L’argent amassé pour les mariages, funérailles et sacrements n’a pas diminué depuis cinq ans.

À lire: Le diocèse de Québec fait-il sa part?

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