«Je n’avais aucune idée à quel point ce serait difficile!»

«Je n’avais aucune idée à quel point ce serait difficile!»
L'athlète a été surpris de se retrouver sur le podium des continents.

Il est 19 h 30, le lundi 19 septembre, Éric Breton est sur la route pour rejoindre la maison à Disraeli. Il a atterri à Montréal vers 16 h, de retour des Alpes italiennes de la Vallée d’Aoste où il a participé, il y a une semaine, à l’une des courses les plus exigeantes au monde, le Tor des Géants, un ultra-trail de 336 kilomètres avec un dénivelé positif de 24 000 mètres.

Un habitué de ce type de compétition, le chirurgien-dentiste de formation n’en avait jamais vécu une aussi rude. Celui qui mentionnait avoir un peu peur la journée avant le départ souligne maintenant qu’il n’avait aucune idée de ce qu’il allait vivre. «Il y a parfois même où tu ne t’amuses plus parce que tu es tellement en douleur musculaire et mentale que tu te demandes ce que tu fais là. À quoi bon tout ce trouble? J’aurais probablement dû avoir plus peur que ça», avoue-t-il.

Selon lui, les plus grands obstacles sont le dénivellement, l’altitude, ainsi que le manque de sommeil et la difficulté de s’alimenter. Bien qu’il soit important d’avoir une bonne forme physique, la majorité de la course se passe dans la tête. «C’est très mental. Tu n’as pas besoin d’être physiquement puissant, mais plutôt très tolérant. En ayant une belle pensée positive tout le long, tu peux y avoir du succès. Ce n’est pas pour rien que les femmes ont du succès. Je crois d’ailleurs qu’elles ont eu moins d’abandons que les hommes», raconte Éric Breton.

La préparation se concentre donc beaucoup sur le mental. «Tu peux essayer de te préparer, mais tu ne peux pas planifier la course. Tu ne sais pas comment ton corps va réagir, tu ne sais pas comment ton estomac va le prendre ou comment tu vas réagir à l’altitude. Tout ce que tu peux faire c’est t’exercer à monter et descendre des montagnes, même si nos montagnes ce ne sont que des petites buttes si on les compare à celles que l’on retrouve là-bas», confie celui qui pouvait gravir le mont Adstock ou le mont Ste-Anne une vingtaine de fois par fin de semaine lors de sa préparation.

«Il est aussi important de se mettre des barrières pour ne pas ambitionner sur son corps. Certains coureurs ont des hallucinations tellement l’état de fatigue est avancé. Je ne voulais pas que cela m’arrive.»

Heureux de son résultat

À l’arrivée, malgré qu’on puisse penser que l’euphorie gagne un coureur, cela n’a pas été le cas pour Éric Breton. «Je me suis assis et c’était comme si mon système avait arrêté de fonctionner. Je ne pensais plus. Je n’avais aucune émotion. Un vide s’est installé. C’est dur à expliquer, mais c’est une fatigue tellement intense qu’il restait juste un corps et plus vraiment d’âme. Par la suite, après une bonne douche et une pointe de pizza, ça allait beaucoup mieux», rigole-t-il.

Réussir à parcourir les 336 kilomètres en 104 heures et finir 31e sur plus de 750 coureurs est un exploit dont il est évidemment fier. «Je ne peux pas demander mieux et je suis excessivement content. Les gens qui ont fini autour de moi ont été présentés comme des coureurs élites au début alors que je suis un inconnu parmi eux.»

En plus de sa 31e place, Éric Breton a aussi eu la surprise d’entendre son nom être prononcé lors de la cérémonie des médailles. «Il y avait un podium des continents et j’ai terminé au premier rang des coureurs provenant des Amériques. C’est une petite fleur. C’est même la première fois qu’on me demandait de signer des autographes! Là-bas, cet événement est très important. Les gens qui ont du succès dans cette compétition sont des vedettes.»

Ne pas abandonner

Après les premiers 50 kilomètres, Éric Breton se retrouvait deuxième au total. «Je voulais voir ce que ça faisait de courir parmi l’élite. Je suis parti trop vite et j’ai payé pour. Je suis tombé en 149e position très rapidement. J’ai souffert d’une gastrite, ça n’allait vraiment pas bien. C’est à ce moment que j’ai pensé abandonner», dit-il.

Le coureur s’est toutefois ressaisi autour du 100e kilomètre. «Je me suis dit que je n’avais pas fait tous ces sacrifices pour abandonner. Je ne voulais pas être déçu pendant des années parce que je ne l’ai pas fait. J’ai repris le contrôle de mon mental et j’ai continué.»

Il a tranquillement recommencé à rattraper des gens, mais les douleurs physiques sont rapidement apparues. «Les tendinites dans les genoux et en avant de la cheville faisaient très mal. Mes chevilles ont enflé et j’avais beaucoup de difficulté en descente. Lors des quatre derniers kilomètres, je descendais parfois de reculons parce que c’était trop douloureux.»

Malgré les difficultés, Éric Breton a adoré l’expérience humaine qu’il a vécue. «Le peuple est super accueillant est c’est très bien organisé. Au milieu de la nuit, au-dessus d’une montagne, tu pouvais rencontrer un petit groupe de personnes qui étaient là pour t’encourager. J’ai fait de belles rencontres. Par exemple, j’ai passé une nuit au complet à gravir une montagne avec un Chinois. On ne se parlait pas, mais la présence l’un de l’autre était réconfortante parce que nous étions dans une partie plus dangereuse du parcours», se remémore-t-il.

Au cours des prochains mois, le père de trois enfants a l’intention de se concentrer sur les siens et n’a pas d’autre course de prévue. «Je suis en dette envers ma famille. Ça va aussi prendre plusieurs mois pour que mon corps guérisse. Je vais m’occuper de ma famille et on verra pour le prochain défi», conclut-il.

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