200 avocats de l’aide juridique membres de la CSN ont fait une demi-journée de grève

Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne
200 avocats de l’aide juridique membres de la CSN ont fait une demi-journée de grève

MONTRÉAL — Toutes les causes impliquant des avocats de l’aide juridique dans cinq régions du Québec, mardi matin, ont été repoussées à l’après-midi, provoquant un bouchon à la suite d’une demi-journée de grève de ces juristes de l’État.

«Aujourd’hui, l’objectif était de mettre un peu de sable dans l’engrenage. Ça va déplaire à certains juges et d’autres acteurs du système judiciaire et ce n’est pas notre objectif, mais c’est la seule façon qu’on a de se faire entendre.» C’est ainsi que la présidente du syndicat des avocats et avocates de l’aide juridique de Montréal et Laval, Me Justine Lambert-Boulianne, a expliqué le geste de ses membres sur le parvis du palais de Justice de Montréal, alors que défilaient, pancartes à la main, avocats et avocates en toge.

L’arrêt de travail touchait les régions de Montréal, de Laval, des Laurentides, de Lanaudière, du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie, soit les régions où les avocats de l’aide juridique sont membres de la CSN. Ils représentent environ la moitié des quelque 400 avocats de l’aide juridique à travers la province.

Ces avocats et avocates avaient d’abordérigé des piquets de grève devant les bureaux de l’aide juridique de leur région et ontensuite convergé vers les palais de justice de leurs régionspour manifester sur l’heure du dîner.

Ils sont sans contrat de travail depuis le 31 décembre 2019 et s’insurgent contre le refus du Conseil du trésor de maintenir la parité avec les procureurs de la Couronne québécois.

«Ça fait 30 ans qu’on a la parité avec les procureurs de la Couronne. Dans certaines conventions collectives elle était carrément enchâssée par une clause-remorque. À la dernière convention collective, les échelles salariales étaient toujours les mêmes», a fait valoir Me Lambert-Boulianne. 

«Ce qu’on souhaite, c’est seulement une reconduction, on veut seulement conserver nos acquis.»

Les membres de l’aide juridique s’expliquent mal cette volte-face de la partie patronale. «Nous n’avons aucune explication. Ça fait partie des frustrations qu’on a aujourd’hui. Ils ne viennent même pas s’asseoir à la table de négociations pour nous l’expliquer. La dernière offre salariale qu’on a eue date du début de l’année.»

Cette partie de bras de fer pourrait coûter cher à l’État à long terme. Les conditions salariales des procureurs de la Couronne sont recommandées par un comité indépendant. Or, ce comité de trois personnes a remis deux rapports: l’un, majoritaire, recommandait une augmentation d’environ 20 % sur quatre ans; l’autre, minoritaire, recommandait 10 % sur quatre ans, ce que Québec a consenti.

«Les procureurs de la Couronne sont devant la Cour d’appel, a expliqué Me Lambert-Boulianne. Ils contestent le rapport minoritaire. Les procureurs sont à remonter les échelons du système judiciaire et ça pourrait se rendre en Cour suprême et ça prendrait plusieurs années.

«Dans l’intervalle, il y a une entente qui a été conclue entre les procureurs et le gouvernement à l’effet qu’ils auraient au moins le rapport minoritaire», a-t-elle détaillé.

Parallèlement, Québec a soumis aux avocats de l’aide juridique les mêmes augmentations que celles offertes à la fonction publique, soit 6 % sur trois ans.

La présidente du syndicat rappelle au passage que «le ministre (de la Justice, Simon) Jolin-Barrette a mis sur pied un paquet de chantiers en matière de justice au cours des derniers mois. Il a beaucoup de pain sur la planche, mais il n’injecte pas les sommes nécessaires sur le terrain aux acteurs principaux du régime judiciaire.»

Me Lambert-Boulianne fait valoir que ses membres sont les premiers au front dans ces dossiers pourtant qualifiés de prioritaires, tels ceux des droits de la jeunesse, de violence conjugale ou sexuelle ou de défense contre les rénovictions.

«Sans nous, une personne vulnérable n’a pas accès au système de justice.

«Et c’est complètement incohérent de penser qu’ils vont arriver à améliorer les délais dans les palais de justice, comme ils le promettent, sans mettre de l’argent là où il en faut, sans payer leurs acteurs du système de justice.»

Me Lambert-Boulianne estime que le temps est venu pour le ministre Jolin-Barrette d’intervenir, puisque la présidente du Conseil du trésor, Sonia LeBel, ne semble pas vouloir bouger.

Elle rappelle que les ministres Sonia LeBel et Simon Jolin-Barrette, tous deux avocats, se sont déjà prononcés en faveur de la parité salariale entre les avocats de l’aide juridique et les procureurs de la Couronne dans le passé.

«Me Sonia LeBel était procureure de la Couronne. Elle a toujours apprécié le travail des avocats de l’aide juridique. En 2018, quand elle était encore dans l’opposition, elle s’était prononcée en faveur de la parité. Même chose pour M. Jolin Barrette et aujourd’hui, c’est le silence radio. Ils refusent de respecter leur parole.»

Les syndiqués CSN ont unanimement voté en faveur d’un mandat de trois jours de grève et d’autres arrêts de travail ne sont donc pas exclus au cours des prochaines semaines. Ces juristes ne sont pas soumis à la Loi sur les services essentiels.

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